« La lutte contre la désertification et la transition écologique juste vont de pair »

Entretien avec MARTA LA PLACA, CHARGÉE DE PLAIDOYER INTERNATIONAL au Secours Catholique.
Quels sont les enjeux de la 17è Convention des Nations Unies consacrée à lutte contre la désertification et la sécheresse qui se tient jusqu’au 28 août à Oulan-Bator en Mongolie ?
Marta La Placa : L’une des décisions les plus attendues, notamment par les pays africains qui en font la demande depuis plusieurs années, est l’adoption d’un protocole juridiquement contraignant sur la gestion des sécheresses et le financement de la lutte contre la désertification. Nous appelons à la signature d’un tel protocole car il permettra de mettre en place un cadre transparent, avec des engagements clairs et des outils de suivi, et de garantir ainsi des avancements significatifs et mesurables dans la lutte contre la désertification.
170 pays dans le monde sont affectés par la désertification.
Aussi, nous saluons la création du Caucus des peuples autochtones à l’occasion de la COP 17. C’est une bonne chose de rendre possible une participation active, directe et structurée des populations indigènes, souvent les plus impactées par les changements climatiques, et une meilleure prise en compte de leurs connaissances et de leurs pratiques traditionnelles dans les solutions de lutte contre la désertification. La participation aux espaces décisionnels des communautés directement affectées est essentielle pour mettre en œuvre des mesures justes, inclusives et fondées sur le respect des droits humains.
Le processus de désertification ne se limite pas aux pays désertiques, il concerne tout le monde.
M. L. P. : Exactement. En 2024, la France a rejoint la liste des pays affectés par la désertification avec 1,4% de son sol touché. Partout dans le monde, ce processus s’accélère sous l’effet du dérèglement climatique. En tout, 170 pays sont concernés.
La désertification a des conséquences sur les systèmes agricoles et alimentaires.
Si la désertification est causée par des phénomènes climatiques comme la baisse des précipitations et les canicules à répétition, elle est aussi accentuée par une surexploitation des sols, liée à l’activité agricole et minière intensive. Il est utile de distinguer la désertification de la sécheresse. La désertification se définit par une dégradation des sols laquelle entraîne une perte de fertilité. Elle produit des effets permanents. Dans un cas de sécheresse, il est encore possible de restaurer les terres dégradées et de relancer une production agricole. Il est donc essentiel d’agir maintenant pour éviter que d’autres territoires n’atteignent un point de non-retour.
Car les conséquences pourraient être dramatiques…
M. L. P. : Complètement ! La désertification a des conséquences sur les systèmes agricoles et alimentaires et plus largement sur les économies locales. Le manque de ressources et l’insécurité alimentaire qu’elle engendre peut générer des tensions voire des conflits et pousser des personnes à migrer soit parce qu’elles n’ont plus les moyens de vivre dignement chez elles soit parce qu’elles n’y sont plus en sécurité.
La migration environnementale est jusqu’ici abordée comme un problème sécuritaire. Le Secours Catholique plaide pour qu’elle soit reconnue comme une conséquence du changement climatique et pour créer des voies légales et sûres de migration centrées sur les droits humains et qui n’affectent pas la dignité de la personne.
Lutter contre la désertification et contre le changement climatique relève-t-il du même combat ?
M. L. P. : En effet, ces luttes vont de pair avec une transition écologique juste. Nous devons veiller à ce que toute décision relative à la lutte contre la désertification et le changement climatique intègre pleinement les dimensions de justice sociale et économique. Dans cette perspective, nous militons pour que le nouveau cadre stratégique qui va être adopté durant la COP 17 inclue des objectifs explicites en matière de justice climatique, avec la publication d’indicateurs de suivi clairs, transparents et accessibles aux communautés locales.