Aboubacar, bénévole : « L'écriture soigne nos blessures »
Une fois par semaine, Aboubacar organise une séance d’écriture au « GR1 » - prononcé « grain » -, un accueil de jour situé à Marseille, ouvert aux jeunes migrants en attente de reconnaissance de leur minorité et coanimé par le Secours Catholique. Le jeune Guinéen de 23 ans, féru de littérature, a cofondé ce club d’écriture convaincu que l’expression écrite peut aider à surmonter des difficultés. Poésie, rap, récit, lettre ouverte... Les membres du club sont libres d’employer la forme rédactionnelle et la langue de leur choix.
[Début de la retranscription]
« Je m'appelle Aboubacar, je suis né le 28 mai 2003 en Guinée-Conakry. Je suis arrivé à Marseille il y a 7 ans. J'ai vécu au squat Saint-Just, j'ai été hébergé par des bénévoles à tour de rôle. Je suis bénévole au GR1. Je suis venu au GR1 pour aider parce que j'ai été aidé. Pourquoi ne pas rendre la pareille en aidant des jeunes qui sont dans la même situation dans laquelle j'étais il y a quelques années. Je me suis dit : on a tellement subi d'injustices, on a été tellement invisibilisé, on a tellement vécu de choses qu'on ne souhaitait pas. Ça me faisait mal de voir des jeunes subir la même chose. Je me suis dit que j’allais les aider à surmonter ça, que j’allais les rassurer, les épauler, leur faire savoir qu'il y a un de leurs frères qui a traversé la même chose et qu’il n’a jamais baissé les bras. Je voulais leur faire savoir que je serai toujours là pour me battre à leurs côtés, qu’ils peuvent me faire confiance, qu’ils peuvent s'ouvrir s'ils ont besoin de discuter, qu’ils peuvent ne pas me considérer comme un bénévole mais comme leur frère d'armes.
Quand je suis venu au GR1, on a lancé l'atelier d'écriture. Au début, c'était un peu difficile d'approcher les jeunes parce qu'ils trouvaient un peu douloureux de raconter leur histoire car on ne les écoute jamais ou on les prend pour des menteurs. D'autres avaient peur de revivre ce qu'ils ont vécu. Je leur ai dit : vous n'êtes pas obligés d'écrire en français, je comprends plusieurs langues, je peux traduire. Je leur ai aussi dit : vous pouvez emprunter un pseudo ou écrire à la troisième personne, vous pouvez omettre quelques détails qui vous gênent. Mais ce sera votre histoire, votre vie, votre vécu. (...) »