Latifa : « Sans voiture, je perds mon emploi »
« J’ai passé deux ans au chômage parce que, sans voiture, j’ai dû refuser plusieurs jobs. La dernière fois c’était dans une usine à 35 kilomètres de chez moi. J’ai cherché du covoiturage dans l’entreprise mais je n’en ai pas trouvé et les bus ne correspondaient pas à mes horaires. J’ai essayé de faire un prêt auto, mon dossier a été rejeté. Je me suis sentie bloquée. Pour le travail, pour les courses, pour aller chez le médecin. Ici, on ne peut pas vivre sans voiture. Je suis tombée au RSA.
J’ai fini par trouver un poste d’agent d’entretien en intérim. On ne me confiait que des missions accessibles à pied. Je marchais tellement que je me suis fait une entorse. L’autre problème : ça faisait peu d’heures de travail donc un petit salaire.
J’ai alors fait appel à Mobitarn, un service d’autopartage du Secours Catholique. J’ai pu louer pour pas grand-chose une voiture pendant trois mois. C’est là que j’ai pu signer mon CDI et décrocher plus d’heures de travail. Quand j’ai récupéré les clefs, je me suis sentie libre. Mais il a fallu rendre la voiture. J’ai alors perdu la moitié de mes missions.
Au lieu d’épargner, je dépense mon argent dans des réparations.
Heureusement, quelques semaines après, ma fille m’a donné sa voiture, une Peugeot 206 de 2004. Mais elle a beaucoup de problèmes : j’ai changé la batterie pour 200 euros, je viens de faire réparer l’embrayage pour 1067 euros. J’ai demandé au garagiste une facilité de paiement car je ne peux pas régler d’une traite. Il va falloir changer le phare gauche aussi.
Mon salaire fluctue entre 800 et 1300 euros par mois en fonction de mes heures de travail. Je n’arrive pas à mettre de côté pour m’acheter une voiture en bon état. Tous les mois, je finis à découvert. Au lieu d’épargner, je dépense mon argent dans des réparations.
Un jour où l’autre, cette voiture va tomber en panne pour de bon. Ce jour-là, je serai vraiment handicapée. Ça me stresse de savoir que je peux perdre mon emploi à tout moment. »