Fin 2024, le cyclone Chido balayait Mayotte, ravageant la forêt tropicale et dévastant les cultures et élevages qui permettent aux familles de se nourrir dans le plus pauvre des départements français. Pour répondre à l’urgence et relancer cette économie de subsistance, le Secours Catholique s’est mobilisé auprès d’agriculteurs, de petites associations et de coopératives.
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À Dembéni, Philippe accuse le coup : 70 000 euros de dégâts, dont sa serre bâchée, ses arbres et ses cultures bio perdus. « Tout l’écosystème a été secoué. Même la terre souffre », déplore-t-il. Les plantations sont exposées aux vents et au soleil, privées de la fraîcheur de la canopée étêtée par le cyclone. « Aujourd’hui, j’ai une “vue mer” », grimace l’agriculteur, désignant l’horizon désormais dégagé. Maigre consolation : neuf mois après Chido, il récolte ses premières bananes.
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Philippe a pu compter sur un soutien matériel d’urgence de la part du Secours Catholique : une tronçonneuse pour déblayer sa parcelle, une tarière pour replanter papayers et cocotiers. C’est aussi le cas d’Attoumani, qui a rapidement reconstruit sa ferme en tôle à flanc de colline. Ce Comorien de 63 ans a perdu la quasi-totalité de son élevage de canards. À une heure de trajet à pied, il cultive pour sa famille manioc, bananes, mangues et citrons. Mais depuis Chido, les repas sont surtout composés de vermicelle et de macaronis. « On recommence tout à zéro », traduit pour lui son fils aîné.
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Pour aider 1 500 familles à remplacer leurs arbres fruitiers perdus avant la saison des pluies, 30 000 plants (dont le familier arbre à pain) issus de pépinières locales ont été financés par le Secours Catholique et remis lors de distributions en partenariat avec le Modef, syndicat défendant un modèle d’agriculture familiale et agroécologique. Comme beaucoup de Mahorais, Selemani, 42 ans, a une double activité : agent de collecte de déchets pour la collectivité, il cultive un lopin pour sa consommation et la vente sur les marchés. Malgré les pertes, il ne se voit pas faire autre chose : « Je suis né ici, je cultive ici, impossible de partir. »
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À Kawéni, dans la banlieue de Mamoudzou, des maraîchers prennent grand soin de salades et d'oignons. « On a reçu les semences en avril, on a semé aussitôt, et on a déjà eu plusieurs récoltes », témoigne Mohamed Zaki, président d’une association qui réunit sept cultivateurs sur un petit hectare. « Cela nous a permis de vendre et d’avoir un peu de trésorerie pour acheter d’autres semences, et pour subsister. » Les productions sont principalement vendues au marché couvert et à des restaurateurs. Le Secours Catholique a ainsi financé 3 600 semences (des variétés à cycle court) pour environ 200 maraîchers.
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Philomène nourrit les 500 poules reçues à l’état de poussins six mois après Chido. Avec son mari, elle est membre d’une petite coopérative de production d’œufs. Pendant et après le cyclone, le couple est resté au milieu de la ferme dévastée. « C’était vraiment difficile, sans téléphone, sans électricité, on passait nos nuits sous le manguier. Aujourd’hui, ça soulage d’en parler. » Le Secours Catholique a financé l’import de 11 500 poussins pour relancer la coopérative.
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« Ça fait du bien de pouvoir dire à nouveau “oui” aux clients », dit en souriant Marion Pannequin, vice-présidente de la coopérative Uzuri Wa Dzia, à Combani, qui collecte, transforme et commercialise du lait caillé, prisé des Mahorais. Ce matin-là, des particuliers viennent chercher leur commande de pots directement à la coopérative. Créée en 2019, la coopérative regroupe dix éleveurs. Après Chido, la production est tombée à 10 %, le cyclone ayant détruit les abris et les arbres ligneux dont se nourrissent les animaux.
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Depuis juillet, la production reprend, atteignant 50 % de son niveau initial. Pour assurer la nourriture des animaux jusqu’à la fin de l’année, le Secours Catholique a financé des ballots de fourrage, dont la luzerne qui augmente la production de lait. « Cette aide est venue ressouder le groupe, témoigne Marion. Elle a été une bouffée d’oxygène. Sans cela, certains éleveurs auraient vendu leurs bêtes. » Ourfani, éleveur et technicien de la coopérative, attend désormais pour sa vingtaine de bovins (des zébus croisés montbéliarde) l’arrivée d’un des six abris anticycloniques financés en partie par le Secours Catholique.
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Sur la colline de Kawéni, le parc agricole du même nom – né en 2023 sur une parcelle municipale – permet à 40 éleveurs et/ou cultivateurs de subsister, tout en luttant contre l’érosion via le reboisement et la sensibilisation aux pratiques durables. Le parc a été ravagé par Chido : 98 % des plants ont été détruits, tout comme les courbes de niveau et la parcelle pédagogique, qui est aussi un chantier d’insertion pour des jeunes sans emploi. Outre de l’outillage et des semis en urgence, le Secours Catholique a financé l’étude de faisabilité d’un forage, l’enjeu de l’accès à l’eau étant, comme partout à Mayotte, décisif pour l’avenir du site.
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« Permettre au territoire de retrouver une capacité d’autonomie »
Par Florence Bercovici, responsable Urgences France au Secours Catholique
« Soutenir l’agriculture est une priorité car un tiers des ménages mahorais vit de cette activité. Le cyclone a dévasté plantations et vergers, anéanti la quasi-totalité du cheptel avicole et la moitié de l’élevage bovin.
Ces dégâts menacent la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de nombreux foyers. Notre soutien (semences, plants, fourrage, matériaux pour abris…) vise la sécurisation alimentaire, la relance des productions locales, la stabilisation économique des petits agriculteurs et entrepreneurs et le retour rapide à leur autonomie.
Nous avons par ailleurs apporté une aide d’urgence à plus de 500 familles vulnérables et contribué à l’expérimentation d’une première “Ideas box”, médiathèque mobile. Grâce à notre mobilisation rapide (à hauteur de 1,1 million d’euros) et à une stratégie d’intervention tournée vers une relance durable, le Secours Catholique poursuit un travail essentiel : accompagner les foyers sinistrés (3 000 ont été soutenus au total), reconstruire une agriculture familiale indispensable à la sécurité alimentaire de Mayotte et participer à la restauration de l’accès à l’éducation.
L’enjeu est majeur : permettre au territoire de retrouver une capacité d’autonomie et de résilience après une catastrophe sans précédent. »