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une personne sans-abri avec des bénévoles du secours catholique

La maraude comme rempart face à l'indifférence

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La crise du logement s’aggrave en France. Des centaines de milliers de personnes, enfants et familles, vivent sans domicile. 2 043 enfants étaient privés de toute solution d’hébergement et contraints de dormir dehors, selon le baromètre 2024 « Enfants à la rue » de l’UNICEF. La maraude est l’une des actions concrètes face à cette urgence sociale. Au Secours Catholique, de nombreux bénévoles s’organisent lors de « tournées de rue » quotidiennes pour offrir une présence, une écoute et un peu de réconfort auprès des sans abris. Comprendre la maraude, c’est saisir toute son importance face à l’indifférence envers les personnes en situation de grande précarité.

Qu’est-ce qu’une maraude ?

À l’origine, marauder consistait au vol de fruits ou de légumes dans les champs. Aujourd’hui, son sens a bien changé. Il s’agit de rencontres de rue ou de tournées de rue pour aller directement à la rencontre des personnes en situation de précarité, là où elles vivent.

Comme nous l’explique Alexandre, bénévole toulousain, « les personnes sans-abri ne se rendant pas aux accueils de jour, soit parce qu’elles n’osent pas, soit par manque d’envie, les maraudeurs font le chemin inverse. »

L’objectif de la maraude est d’aller vers les personnes, même lorsqu’elles ne demandent rien, pour apporter un accompagnement ou prendre le temps de créer du lien.

« On ne cherche pas à rencontrer le plus de monde possible, précise Alexandre. On prend notre temps pour discuter avec eux pour bien comprendre leur situation et ainsi mieux les aiguiller. »

trois bénévoles du secours catholique à l'écoute d'une personne sans-abri
Une équipe de bénévoles du Secours Catholique en maraude, à l'écoute de personnes vivant à la rue. © Sébastien le Clézio

Olympe, bénévole Secours Catholique à Bordeaux, appuie sur le fait que « notre maraude donne la priorité à la discussion. Nous voyons régulièrement les mêmes personnes, ce qui nous permet d’instaurer un lien de confiance. »

Derrière ces échanges, les besoins sont bien réels. Lors des maraudes, la première demande reste souvent la discussion, avant même les besoins matériels comme la nourriture ou les vêtements.

Chiffres clés
Chiffre
330 000
Description
Personnes sans domicile ou en hébergement d'urgence en France en 2023*
Chiffre
48 %
Description
Des demandes exprimées lors de maraudes sont des besoins d'échange et de discussion*
Chiffre
44 %
Description
Des demandes exprimées lors de maraudes sont d'ordre matérielle*
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Quels sont les différents types de maraude ?

Les maraudes peuvent prendre différentes tournures en fonction des besoins des personnes à la rue rencontrées. La maraude sociale cherche avant tout à créer du lien et à redonner de la dignité à ceux qui sont trop souvent invisibles. Les bénévoles viennent écouter leurs histoires et partager un moment d’échange chaleureux, souvent en proposant un café.

Alexandre, référent bénévole au Secours Catholique à Toulouse, nous partage qu’ « en général, on sert de premier contact. On est là pour les aiguiller vers les bonnes structures, les interlocuteurs adéquats en fonction de leur situation. Et si je n’ai pas de réponse à leur apporter, je peux m’appuyer sur le guide d’urgence réalisé par le Samu social.
Beaucoup passent devant les personnes à la rue sans un regard, sans leur dire bonjour. On est souvent les seuls à qui ils peuvent parler. Dans la rue, on rencontre aussi des personnes réfractaires ou méfiantes, soit parce qu’elles n’ont pas l’habitude d’être abordées soit parce qu’elles ont été déçues par le passé. Dans ce cas-là, il faut parfois insister. Petit à petit, à force de nous revoir, elles finissent par s’ouvrir un peu. »

Les tournées de rue sont aussi l’occasion d’apporter des aides matérielles et alimentaires essentielles. Lors d’une maraude distributive de la nourriture, des vêtements chauds, des duvets ou des produits d’hygiène sont distribués.

Certaines associations sont tournées vers les maraudes médicales. Dans ce cas, les bénévoles interviennent, généralement suite aux appels 115, auprès de personnes ayant besoin de soins d’urgence ou d’être orientées vers du personnel médical.

Comment se déroule une maraude auprès des sans-abri ?

des bénévoles du secours catholique en maraude
Les maraudes sont l'occasion d'apporter une aide matérielle et alimentaire mais aussi de l'écoute. © Sébastien le Clézio 

Les tournées de rue peuvent se dérouler de jour comme de nuit. Elles ont lieu toute l’année, sans interruption, car les besoins restent constants. Durant l’été, les personnes sans abri souffrent de la chaleur et en hiver, notamment durant le plan grand froid, les situations d’urgence sont renforcées. La maraude ne s’improvise pas. Elle se fait généralement en équipe de 3 à 4 personnes prêtes à marauder. Cela demande une bonne organisation entre les équipes pour garantir à la fois la sécurité des personnes dans le besoin et l’efficacité de l’aide apportée.

Une logistique minutieuse avant la rencontre

Avant chaque tournée, du matériel et de la nourriture sont rassemblées et préparées par les bénévoles, notamment :

  • des thermos de boissons chaudes (café, thé, soupe) ;
  • de la nourriture prête à consommer ;
  • des dons de vêtements adaptés aux conditions météo ;
  • des couvertures pour la nuit ;
  • des kits d’hygiène de base.

Une attention particulière est portée aux femmes sans-abri, avec l’inclusion de protections périodiques, souvent oubliées.

L'approche humaine indispensable pour recréer du lien

Adopter une approche humaine est indispensable pour créer du lien lors d'une maraude. © Christophe Hargoues
Deux bénévoles du Secours Catholique lors d'une tournée de rue © Christophe Hargoues

Sur le terrain, l’approche fait toute la différence face à une personne à la rue. Il est important de se mettre à la même hauteur, notamment si la personne est assise, pour éviter toute position de supériorité. Le dialogue doit se faire avec douceur, sans tutoyer d’emblée, en respectant le rythme et la volonté de chacun.

Guillemette, engagée en tant que bénévole au Secours Catholique de Toulouse et qui part marauder pour la deuxième fois, nous raconte : « J’ai appris qu’il ne faut pas réveiller une personne qui dort car le sommeil est précieux. Il est difficile de s’endormir dehors à cause du bruit et des lumières ».

Alexandre, un ex-sans-abri aujourd'hui référent bénévole, partage les codes de la vie à la rue. Avoir dormi dehors aide à aborder les personnes fragiles, même « les plus réfractaires. Je sais quelle posture adopter car j’ai été à leur place. Par exemple, quand ils sont par terre, je me mets accroupi pour être à leur hauteur ».

Si la personne refuse de dialoguer par méfiance ou pudeur, son choix doit être respecté. Il ne faut ni attendre de reconnaissance, ni faire de promesses irréalisables.

Les bénévoles prennent le temps d’échanger, d’écouter et parfois proposer une orientation vers des centres d’hébergement d’urgence, mais toujours sans insister.

Comment s’engager dans les maraudes auprès du Secours Catholique ?

Depuis 1946, le Secours Catholique lutte contre toutes les formes de pauvreté et d’exclusion. Partout en France, ses équipes locales organisent des tournées de rue pour aller à la rencontre des personnes les plus isolées. Leur objectif est de recréer du lien, d’écouter et de proposer leur accompagnement.

Faire un don 

Rejoindre une maraude est accessible à tous. Il suffit de contacter une équipe de bénévoles près de chez vous pour commencer. Chacun peut aussi soutenir ces actions par un don, afin de financer le matériel indispensable aux tournées de l’association.

Devenir bénévole 

Car au-delà des repas ou des couvertures distribuées, l’essentiel des maraudes reste la présence humaine.

*Source : Fondation pour le logement