À Marseille, un lieu de répit entre femmes
Une odeur de croissants chauds, mêlée aux effluves de café, se répand dans la pièce. Les premiers petits-déjeuners sont préparés dans le calme du matin. Attablée près du comptoir, une tasse à la main, Stéphanie affiche un sourire radieux. « J’ai fait mon échographie hier. C’est une fille ». « Félicitation ! », s'exclame Amani, assise à ses côtés. Elle est la première à apprendre la nouvelle. « Tu verras, les filles c’est plus simple à élever ». Très vite, les deux jeunes femmes en viennent à parler de leurs recherches d’appartement respectives. Et les visages s’assombrissent. Amani est hébergée avec ses deux enfants par le 115. Stéphanie, elle, vit avec son compagnon dans un squat. « On n’a pas le choix. Notre dossier DALO (droit au logement opposable) est classé prioritaire mais toujours rien de nouveau, souffle la jeune femme de 27 ans, enceinte de trois mois. Une juriste nous a dit que ça risquait de durer ».
Les deux amies se sont rencontrées à Claire-Maison, le nouvel accueil de jour du Secours Catholique, ouvert il y a près d’un an, à deux pas du Vieux-Port, à Marseille. Ici, pas d’hommes : le lieu est réservé uniquement aux femmes en grande précarité. Dans une ville où près d’une personne sans-abri sur trois est une femme, il était urgent de leur proposer un espace à elles, explique l’équipe de bénévoles - exclusivement féminine -, car beaucoup ne se sentent pas à leur place dans les accueils de jour mixtes. « Entre femmes, je me sens mieux, on peut parler plus librement », témoigne ainsi Amani qui a trouvé à Claire-Maison « un soutien essentiel ». « On se comprend parce qu’on connait les mêmes difficultés, on a presque la même vie. On se donne du courage l’une l’autre ». Sur ses genoux, sa petite dernière, onze mois, se glisse hors de ses bras, pressée de se dégourdir les jambes. « Elle a grandi ici, confie sa mère. Ici, elle peut bouger en toute sécurité et il y a plein de jouets. C’est mieux que dans un parc public ».
Entre femmes, je me sens mieux.
Accompagnée par ses deux jeunes garçons, Louiza arrive à son tour. En habituée, elle claque la bise à tout le monde, échange quelques mots avec chacune puis file vers le fond de la salle d’où s’échappe le ronronnement des machines à laver. Elle tire un charriot de course. « Une semaine de linge sale ». Louiza n’habite plus le quartier. Sa famille a été relogée par le Samusocial à Vitrolles, à une vingtaine de kilomètres de là. Mais elle continue de venir à Claire-Maison. « Je m’y sens bien, les enfants aussi ».
Au fil de la matinée, une douzaine de femmes poussent la porte de ce local aux grandes baies vitrées et à la décoration soignée. Certaines viennent papoter, passer le temps ou même jouer à des jeux de société. Beaucoup cherchent surtout une écoute et des conseils. À l’écart, autour d’une table, Christiane, une bénévole, et Amel, une nouvelle venue, feuillettent un livret. Il répertorie les différentes structures d’aide de la ville. Arrivée d'Algérie il y a près d’un mois, Amel est à Marseille pour guérir son fils, Mohamed, 10 ans, atteint d’une maladie génétique qui se soigne difficilement dans leur pays d’origine. La mère de famille voudrait inscrire ses deux enfants à l’école et obtenir une domiciliation afin d'entamer les démarches pour s'installer en France. Un peu plus loin, le petit Mohamed et sa sœur Rosa, 4 ans, jouent aux cartes avec Katia, une autre bénévole. Amel les observe du coin de l’œil, soucieuse. Pascale la rassure : « On va trouver une solution. Ne vous inquiétez pas ».