Chômage : facteur essentiel de pauvreté

Publié le 26/04/2012
France
 

Selon le rapport du Mouvement national des chômeurs et des précaires (MNCP), la majorité des chômeurs sont en dessous du seuil de pauvreté. Le Secours Catholique approuve les éléments contenus dans ce document.

Le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) affirme que « la majorité des chômeurs sont en dessous du seuil de pauvreté », dans son premier rapport sur l’état du chômage en 2011, publié le 5 avril dernier.

Dans le document, Robert Crémieux, le coordinateur du projet, conteste l’évaluation officielle du revenu moyen des chômeurs, estimé à 1 108 euros mensuels en mars 2011 par Pôle emploi.

« Les rapports et études sur le sujet sont rares et lacunaires », affirme-t-il, ajoutant que « cette absence de documentation permet des approximations qui laissent courir une rumeur tenace : les chômeurs sont des privilégiés ».

Moins de 750 euros par mois

Les auteurs du rapport soutiennent au contraire que « d’après les données qui sont disponibles, la majorité des chômeurs sont en dessous du seuil de pauvreté », fixé par l’Insee à 60 % du revenu mensuel médian, soit 954 euros (mars 2009).

Le Mouvement national des chômeurs et précaires se penche également sur la situation des travailleurs précaires : ils sont « six millions de chômeurs/salariés précaires à toucher moins de 750 euros par mois », affirme l’association en se basant sur des chiffres de l’Insee.

De plus, le MNCP constate que Pôle emploi n’a pas les moyens de suivre la situation d’emploi très mouvante de ces travailleurs. Il en résulte des dossiers « ingérables », de la « mauvaise volonté, des erreurs », qui entraînent des baisses d’indemnités.

Pas des privilégiés

Indemnisés dans leur majorité en dessous du seuil de pauvreté de 954 €, les chômeurs ne sont donc pas des « privilégiés » comme le laisse croire leur « stigmatisation » tout au long de 2011, proteste Robert Crémieux, coordonateur du rapport de l’association. Le document ne résiste d’ailleurs pas à la tentation de mentionner l’écart entre les très hauts revenus de certains PDG – 29 315 euros par jour pour le plus élevé – et les 27 euros d’indemnité quotidienne minimale du régime d’assurance-chômage.

Endettement colossal

L’association met en regard l’endettement colossal du régime d’assurance-chômage – 8,6 milliards d’euros fin 2010 -, les cotisations patronales « les moins élevées possibles » et les établissements financiers prêteurs qui « profitent » du déficit. Ce système se répercute sur les salariés qui « paient la facture dans leurs cotisations sociales » et les chômeurs qui voient leurs « conditions d’indemnisation dégradées », estime le MNCP.

Pression des agences de notation

Le déséquilibre financier risque encore de s’aggraver si l’évaluation de l’Unedic par les agences de notation se dégrade, signale l’association. Cela s’est produit en janvier avec l’agence Standard and Poor’s. L’Unedic a protesté dans un communiqué contre la méthode employée pour aboutir à la note AA+ tout en considérant que la décision de Standard and Poor’s « sera de peu d’effet dans la mesure où les marchés l’avaient anticipée ». La notation de l’agence Fitch restait d’ailleurs au plus haut niveau, celui du triple A.

Formation en berne

La formation des demandeurs d’emploi pèche quant à elle par ses lacunes, souligne le rapport. Le budget formation de 340 millions d’euros du service public de l’emploi (en baisse en 2011) ne permet qu’à un demandeur d’emploi sur quarante d’entrer en formation, estime le MNCP. De toute façon, « en période de chômage de masse et d’insuffisance des offres d’emploi, la formation n’est pas la formule magique », estime l’association qui suggère « une réelle négociation sociale sur le sujet ». Le MNCP, jusqu’à présent exclu de telles négociations, y revendique sa place.

Lieux de concertation

Sans être des lieux de négociations, des comités de liaison départementaux organisent tous les trimestres la concertation entre chômeurs et Pôle emploi (le Secours Catholique siège dans les comités du Finistère et de l’Isère). Mais le président du MNCP signale que l’existence de ces comités est quasiment « tenue secrète » et demande des efforts d’information. C’est la voie sur laquelle Pôle emploi semble déjà s’être engagé.

Statistiques contestées

Concernant la perception du chômage par la société, l’association conteste son chiffrage mensuel et son découpage en catégories. « Il y a une confusion voulue », dénonce Robert Crémieux. « Nous demandons un simple chiffre incontestable », précise-t-il, à savoir le cumul des personnes indemnisées par l’assurance-chômage, l’Allocation de solidarité spécifique de l’État (après épuisement des droits Assedic) et le RSA. M. Crémieux estime le total à 5 millions, loin du « débat sur les plus ou moins 2 millions de chômeurs ».

Émiettement des statuts

Pour Jacques Lepage, chargé des questions d’emploi au Secours Catholique, ce rapport présente l’intérêt de « mettre en évidence l’“émiettement” des statuts des chômeurs ». Par ailleurs, le fait qu’il n’y ait « pas de mise en concordance du nombre des chômeurs allocataires du RSA avec celui des inscrits à Pôle emploi et à celui des non-inscrits à Pôle emploi », avec le passage fréquent d’un statut à l’autre, tout ceci « crée une insécurité juridique sensible notamment en matière de contentieux ».

Exemple, lorsqu’un chômeur forme un recours contre une décision de Pôle emploi – qui résulte de la fusion d’un service public (ANPE) et d’un organisme de droit privé (Assedic) – il doit, selon le sujet en cause, saisir soit un tribunal de l’ordre judiciaire, soit un tribunal administratif. Cette multiplicité des statuts complique également l’accès aux actions de formation, explique encore Jacques Lepage : selon les statuts, certains peuvent bénéficier de formations financées par Pôle emploi, d’autres de formations dépendant des Régions, d’autres encore de formations organisées par les conseils généraux au titre de l’accompagnement RSA. Pour lui il est clair qu’une « unification des statuts est donc nécessaire ».

 

François Tcherkessoff
© JB Le Quere/ Maxppp
Jeune homme réparant un ordinateur
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