Église : la diaconie en marche

Publié le 29/09/2014
 

Un an et demi après la rencontre nationale Diaconia 2013, qui avait rassemblé à Lourdes plus de 12 000 personnes, où en est dans les diocèses de France, le développement de la diaconie – ce troisième pilier de la vie chrétienne, qui appelle les communautés à s’organiser pour que la solidarité fraternelle fasse partie intégrante de leur vie ? Plus d’une vingtaine d’antennes locales du Secours Catholique se sont réunies les 25 et 26 septembre pour dresser un état des lieux.

La démarche Diaconia 2013 voulait changer la vision que l’Église et les paroisses ont de la place et de la parole des plus faibles en leur sein ainsi que l’accueil et le soutien qu’elles doivent mettre en œuvre pour ce faire. Ainsi, le 11 mai 2013, Mgr Bernard Housset, alors président du Conseil de la solidarité à la Conférence des évêques de France appelait de ses vœux : « Ensemble, osons le changement d’attitude au sein des communautés chrétiennes pour que les pauvres y tiennent toute leur place. » Il semble avoir été entendu.

Une prise de conscience

Après Diaconia, de nombreux diocèses ont fait évoluer leur Conseil de la solidarité, qui rassemble traditionnellement les acteurs de la charité. De fait, la démarche Diaconia avait pour objectif de faire prendre conscience que les associations caritatives, “expertes”, ne sont pas les seules en charge de la solidarité dans l’Église : c’est l’affaire de tous et les plus faibles doivent pouvoir participer à toutes les actions des communautés paroissiales.

Certains conseils de la solidarité sont donc devenus des “Conseils de la diaconie” comme à Bourges. « Le changement s’est aussi traduit dans la composition, souligne Odile Méreau, vice-présidente du Secours Catholique du Berry. Chaque membre est invité à venir avec une personne en précarité. »

En Saône-et-Loire, le prochain synode, assemblée qui réunit tous les fidèles du diocèse, sera placé sous le signe de la fraternité. Pour sa préparation, un groupe diocésain “Place et parole des pauvres”, sur le modèle de celui créé pour la démarche Diaconia 2013, a été mis en place : des personnes en précarité se retrouvent régulièrement pour que cette grande rencontre prenne en compte la place et la parole des plus faibles, jusque dans son organisation.

Pour Delphine Bichon, bénévole du Secours Catholique d’Indre-et-Loire, cette reconnaissance officielle de la valeur de leurs propos et de la richesse de leurs idées est fondamentale : « Tant que j’étais “personne accueillie”, on n’écoutait pas ce que j’avais à dire. Mais dès que j’ai été bénévole, dès que j’ai eu une place, ma voix a compté. » Elle s’est alors sentie « exister au même titre que les autres, ceux qui ne sont pas précaires comme moi ».

Faire communion

Dans plusieurs diocèses, le souvenir du grand rendez-vous de trois jours à Lourdes en 2013 a marqué. Certains veulent renouveler l’idée d’un temps fort où paroissiens de tout horizon et personnes en précarité se rencontrent et dépassent les préjugés pour “faire Église”. Le diocèse de Savoie avait déjà mené l’expérience en 2012 à travers un voyage de l’espérance : ce concept initié par le Secours Catholique consiste à partir en groupe avec des personnes en difficulté et inviter les participants à exprimer ce qui pèse dans leur vie pour envisager, ensemble, l’avenir.

Le Morbihan, ainsi que l’Essonne et la Haute-Garonne, préparent à leur tour, un voyage de l’espérance diocésain. Pour le Père Hervé Perrot, nouveau délégué épiscopal à la diaconie du diocèse de Vannes, « cela permet de mobiliser tout le monde ». Ainsi, il ne s’agit pas d’inviter les partenaires du diocèse que sont les associations caritatives catholiques à amener “leurs pauvres”, mais envoyer le message à toutes les paroisses que la diaconie, l’attention aux plus pauvres, relèvent de leur mission, qu’elles peuvent mener avec le soutien des associations.

À Tours, Brigitte Bécard a été nommée déléguée épiscopale à la solidarité en 2009. « Après avoir été “en visitation” à la Diaconie du Var, nous avons créé des pôles de solidarité au niveau local. La démarche Diaconia a bien pris grâce à une journée diocésaine organisée dès juin après le rassemblement national de 2013. Aujourd’hui nous espérons “colorer” l’année Saint-Martin, le saint patron du diocèse, en 2017, par les démarches de diaconie qui se vivent sur le territoire. » Par exemple, en organisant des marches proposées aux personnes en précarité comme celles que proposent le Secours Catholique.

1 %

Enfin, plusieurs diocèses ont mis en place un engagement financier pour soutenir la solidarité. En Dordogne, tout comme en Isère, l’évêque affecte 1 % des recettes du denier du culte pour des actions d’aide aux personnes subissant la pauvreté. Et à Belfort-Montbéliard, c’est 2 % !

Pour aller plus loin

-  Quand l’Église se fait fraternité, Patrice Sauvage, préface de François Soulage, Éditions franciscaines, 15 euros. Patrice Sauvage, aumônier du Secours Catholique en Bourgogne et administrateur de la Fondation Jean Rodhain (lien) a animé le comité de suivi théologique de Diaconia. Dans cet ouvrage, il appelle à remettre les pauvres et les souffrants au cœur de la vie spirituelle pour faire face à la crise du vivre ensemble qui traverse notre pays.

-  Église : quand les pauvres prennent la parole, groupe Place et parole des pauvres, avec les méditations de Mgr Bernard Housset, Éditions franciscaines, 13 euros. Ce livre restitue la réflexion et les propositions du groupe Place et parole des pauvres, lancé en 2010 par les animateurs de la démarche Diaconia, afin de donner la parole à des personnes exclues de la société – et souvent de l’Église – pour qu’elles partagent non seulement leur expérience de vie, mais aussi leur pensée et leur spiritualité.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Xavier Schwebel/Secours Catholique
Procession de Lourdes
Plus d'informations
Spiritualité
# sur le même thème