Journée mondiale : « Il n’y a pas de droit à l’alimentation en France »

Publié le 17/10/2014
France
Journée mondiale : « Il n’y a pas de droit à l’alimentation en France »
 

Le problème de l’accès à l’alimentation en France est-il réglé ?

Il n’existe pas de "droit à l’alimentation" en France. La loi de modernisation de l’agriculture de 2010 fait seulement référence à l’aide alimentaire et à son organisation. Mais le concept d’aide alimentaire est bien en deçà d’un droit à l’alimentation, et est insuffisant en l’état.

L’aide alimentaire permet au mieux de fournir un repas par jour, mais certainement pas trois. Et sous sa forme distributive, elle ne tient pas compte de la dignité de la personne ni du choix de son alimentation. Avec l’l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss), nous sommes en train de rédiger un document destiné au gouvernement qui appelle à “dépasser l’aide alimentaire”. Nous y rappelons que s’alimenter, c’est plus que satisfaire un besoin biologique.

Nous rappelons aussi à l’État que la garantie de l’accès à l’alimentation de tous ne peut pas s’appuyer uniquement sur les associations. Aujourd’hui, il y a une délégation de responsabilité aux associations, qui sont habilitées par l’État à gérer leFonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD). Mais l’État doit lui aussi s’engager sur le terrain. En France, 12,2 % des adultes vivent en situation d’insécurité alimentaire, ce qui représente plus de 6 millions de personnes. Or l’aide alimentaire bénéficie à 4 millions de personnes environ.

Comment l’État peut-il agir ?

Aujourd’hui, l’alimentation est une variable d’ajustement budgétaire : certaines personnes sont contraintes de s’endetter pour pouvoir se nourrir correctement. L’insécurité alimentaire est d’abord financière : il faut donc augmenter les ressources des bénéficiaires de l’aide alimentaire.

C’est pourquoi le Secours Catholique demande 25 % d’augmentation sur les minima sociaux, notamment le RSA, et appelle à une vraie politique de lutte conte le travail précaire. Car la première ressource pour un ménage, c’est l’emploi. Le Secours catholique est engagé, avec le collectif Alerte, dans le suivi du plan national de lutte contre la pauvreté qui doit revaloriser le RSA de 10 % sur la période du quinquennat.

Quelles actions le Secours Catholique mène-t-il dans le domaine de l’accès à l’alimentation ?

Au Secours Catholique, nous sommes contre les distributions de produits alimentaires. Nous voulons favoriser des démarches qui permettent d’accompagner la personne vers son autonomie.

Concernant nos actions, nous proposons aujourd’hui des aides financières sous formes de chèques services pour appuyer temporairement les budgets des familles rencontrées. Ces aides veulent respecter la dignité des personnes dans leur accès à l’alimentation en leur permettant de consommer dans les lieux communs de distribution.

Le Secours Catholique a également mis en place, notamment, des épiceries et des jardins solidaires, qui permettent aux personnes de choisir leur nourriture, et de la payer à hauteur de leurs revenus. En Drôme Ardèche, le Secours Catholique a mis en place, avec le CCAS et les Jardins de Cocagne, des “paniers solidaires”. Chacun paie en fonction de ses revenus et a ainsi accès à des produits locaux de qualité.

Au-delà de l’aide alimentaire, ces lieux permettent d’accompagner les personnes. C’est l’inverse de la logique distributive pure. Nous sommes dans une logique contributive. Nous mettons aussi en place des repas partagés : les gens se retrouvent le matin avec des bénévoles, vont faire les courses, cuisinent et au final mangent ensemble. Ils redécouvrent ainsi la joie de l’alimentation dans son ensemble. Un atelier cuisine permet aussi aux personnes d’apprendre à cuisiner ces produits.

Ce genre d’activités collectives et conviviales est essentiel pour que les personnes retrouvent le plaisir de manger. Car pour une personne en grande précarité, l’alimentation est souvent une source d’angoisse.

Au niveau individuel, comment chacun peut-il agir ?

Chacun peut soutenir les démarches institutionnelles engagées par le Secours Catholique aux niveaux local, national et international. Il faut dans la mesure du possible privilégier les circuits courts, moins consommateurs d’énergie, et en soutien d’agriculteurs et de producteurs de proximité. Il faut également repenser nationalement nos pratiques d’accès à l’alimentation, qui produisent trop de gaspillages. Enfin, au niveau international, nous proposons à chacun de rejoindre la campagne Food for all.

Cette question de l’accès à une alimentation locale se pose aussi au niveau mondial.

À l’international, 60 % des agriculteurs sont en état d’insécurité alimentaire. Le problème vient bien souvent du fait que leur production ne leur est pas destinée. C’est pourtant aux habitants, et non aux lobbys, qu’il revient de décider ce qu’il faut cultiver dans leur pays.

Le réseau Caritas contribue à faire entendre leur voix. Que ce soit en France ou à l’international, si l’on écoute les personnes concernées, cela peut changer la donne.

Plus largement, il faut réaffirmer que la nourriture est un bien commun à tous, et pas une marchandise.

Propos recueillis par Marina Bellot


Pour aller plus loin

Retrouvez notre dossier sur notre Campagne internationale pour nourrir la planète.

Crédit photo : © Xavier Schwebel / Secours Catholique-Caritas France
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