Peindre pour s’évader quelques heures du quotidien

Publié le 08/04/2016
Essonne
Peindre pour s’évader quelques heures du quotidien
 

Sous l’impulsion de deux bénévoles de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), une dizaine de femmes se retrouvent deux fois par mois au sein d’un atelier créatif qui offre d’autres manières de s’exprimer et d’être solidaire.

Le rez-de-chaussée des immeubles de la rue Holbach, à Sainte-Geneviève-des-Bois, est entièrement occupé par diverses associations et par la Caisse d’allocations familiales. L’équipe locale du Secours Catholique y dispose d’un bel espace pour recueillir les dons en nature (triés puis redistribués) et accueillir ceux qui veulent sortir de leur solitude.

Tous n’ont pas besoin d’aide matérielle. Beaucoup recherchent une oreille attentive, une activité en commun, un lieu pour s’évader quelques heures de leur quotidien. Marie-José et Marie-Juliette, l’actuelle et l’ancienne responsables de l’équipe, l’ont bien compris. Deux fois par mois, elles organisent un atelier créatif.

Débuté en décembre dernier, cet atelier propose de goûter aux plaisirs de l’aquarelle et de la gouache. Sur la table, des cartes postales témoignent des travaux effectués durant les dernières semaines. Mais ce lundi, fixée au mur, une grande feuille de papier recueille les travaux réalisés.

« Certains disent que ce qu’ils ont fait n’est pas beau, mais c’est faux ! Nous pouvons découper une partie de ce travail et nous en servir comme d’une touche de couleur », explique Marie-Juliette qui dirige la confection de ce qu’elle appelle « la fresque ».

Tandis que Mirette découpe des canards dans un magazine et que Micheline et Madeleine collent les éléments d’une palissade devant des parallélépipèdes représentant des immeubles, Marie-Thérèse, assise et silencieuse, suit l’opération. Arrivée il y a six mois en France, cette Congolaise en demande d’asile vient à l’accueil du lundi pour trouver « de la compagnie, une nouvelle famille, une assistance ».

Un refuge

Arrive ensuite Véronique qui s’aide de béquilles et entonne une chanson de son Togo natal en guise de bonjour. « C’est l’amour et la foi qui comptent », traduit-elle à ses amies. À 59 ans, Véronique vit seule dans un studio du quartier et sa visite hebdomadaire au Secours Catholique est sa seule sortie. Ici, elle oublie ses problèmes de santé et les trois opérations dont elle récupère lentement.

Enfin arrive Assimini, jeune Mahoraise élevant seule ses quatre enfants. Cet accueil du Secours Catholique est le lieu où elle se réfugie pour cacher fatigue et déception à ses enfants. Elle n’a pas encore le cœur à peindre. Mais cela viendra peut-être puisque, comme le dit une des artistes en herbe, « quand je peins, j’oublie tout ».

 

Créer : une autre voie pour s'exprimer

Le point-de-vue de Lucie Canart, animatrice à la délégation de l’Essonne

« L’atelier créatif de Sainte-Geneviève-des-Bois est le plus développé des ateliers artistiques de la délégation. Il y en a d’autres sur notre territoire, mais les activités artistiques entrent dans le cadre d’autres ateliers plus ponctuels, comme ces ateliers de tricot où sont réalisés des écharpes et des bonnets offerts aux détenus de la prison de Fleury-Mérogis. D’autres ateliers artisanaux confectionnent des bougeoirs ou des objets vendus sur les marchés de Noël pour financer les projets des équipes.

Dans les ateliers créatifs, les personnes s’expriment par un autre biais, en parlant de ce qu’elles aiment, des artistes, des techniques qu’elles connaissent, de leur culture, de sujets sur lesquels elles sont à l’aise. Cela met chacune en valeur. Les discussions sont plus légères que dans les démarches de logement ou d’obtention de papiers. On traite de ce qui est beau, de ce qui fait plaisir.

J’ai récemment rencontré une personne qui me disait qu’on l’avait durant toute sa vie considérée comme “bête” parce qu’elle ne savait pas lire. Elle a connu une vie très dure, où tout ce qui était du domaine du loisir ou de l’art lui était interdit. On lui faisait sentir que cet univers n’était pas fait pour elle. Et elle s’imaginait qu’elle n’était pas faite pour s’essayer à des pratiques manuelles ou artistiques. Ces ateliers démontrent tous les jours  le contraire. »

Jacques Duffaut
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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