Précarité : débat du Secours Catholique à Évry

Publié le 16/11/2012
Évry
 

À la suite de la parution du rapport statistique du Secours Catholique, le 8 novembre dernier, la délégation de l’Essonne a tenu une conférence, à Évry, sur l’évolution des pauvretés ces dix dernières années. Des élus locaux étaient invités à se prononcer sur les perspectives de la lutte contre la pauvreté dans le cadre de deux tables rondes.

Invitée de la première table ronde, sur le thème de l’éradication de la pauvreté, Marjolaine Rauze, vice-présidente du conseil général de l’Essonne en charge des solidarités et de la santé, a invoqué l’accaparement de la richesse par un petit nombre de personnes comme cause majeure de la pauvreté. « La misère des uns fait l’opulence des autres, a-t-elle affirmé. Il est possible de faire autrement et il me semble que la première condition pour cela est de ne pas se soumettre à la loi de l’argent. »

Christiane Saget, adjointe au maire d’Évry, a, quant à elle, alerté sur le nombre croissant de personnes ne pouvant plus vivre de leur retraite. Après avoir cité une multitude d’actions réalisées par la mairie à destination des plus pauvres, elle a toutefois affirmé que « les initiatives des institutions ne sauraient suffire à résorber la pauvreté. C’est la raison pour laquelle le Secours Catholique et les autres associations sont essentielles. Seule l’union de tous permettra de lutter contre la pauvreté. » Interpellée par le public sur la question des Roms, l’édile a toutefois botté en touche, affirmant qu’il s’agissait d’un problème à traiter au niveau européen.

« L’Île-de-France rassemble 20 % de la population française. Elle compte plus de 30 % des demandes de logement mais ne bénéficie que de 10 % de la production de logements », a lancé Étienne Primard, cofondateur de Solidarités nouvelles pour le logement (SNL), invité de la seconde table ronde sur le logement. Ce dernier a dénoncé le manque de construction de logements et interpellé le gouvernement pour un engagement plus fort. Jacques Bresson, président de l’Association des Cités du Secours Catholique (ACSC), a quant à lui insisté sur la nécessité de maintenir les personnes dans leur logement afin de prévenir les situations de ruptures. « Il faut instaurer un moratoire sur les expulsions locatives ! »

Une conférence nationale pour bâtir un plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté

Une mesure que la ministre du Logement, Cécile Duflot – qui n’a pu se joindre à la conférence –, a affirmé vouloir prendre dans un discours, lu par Seymour Morsy, préfet délégué pour l’égalité des chances auprès du préfet de l’Essonne. « Les terribles constats [faits par le Secours Catholique dans son rapport annuel] sont le résultat d’une crise porteuse de chômage mais également d’une politique trop passive face à la montée et à la complexification de la précarité, écrit-elle. Il faut des réformes structurelles. C’est l’objet du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale qui sera bâti lors de la Conférence nationale du 10 et 11 décembre. Les propositions déjà formulées dans notre groupe de travail [sur le logement] coïncident déjà avec nos ambitions. » La ministre a entre autres cité la nécessité de développer une politique en matière de prévention des expulsions locatives « pour anticiper et éviter les ruptures. » Cécile Duflot a également annoncé « une simplification des démarches pour accéder aux droits », une des mesures que le Secours Catholique avait revendiquées.

« La participation des personnes en situation de pauvreté dans les espaces de réflexion est essentielle »

« Le Secours Catholique assistera à cette Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale et y portera ses recommandations, a affirmé le secrétaire général du Secours Catholique, Bernard Thibaud. Ce dernier a toutefois insisté sur la nécessité, avant de prendre toute nouvelle mesure, de « s’attaquer à la racine même de l’exclusion » en promouvant la participation des personnes en situation de pauvreté dans les espaces de réflexion qui les concernent. « Cette revendication constitue le seul levier possible pour éradiquer en profondeur la pauvreté, car les personnes vivant ces situations ont une véritable expertise, estime Bernard Thibaud. En les laissant à la périphérie, notre société se prive des membres les plus nécessaires pour se réformer en profondeur. » Le secrétaire général du Secours Catholique a également enjoint au gouvernement de considérer le soutien aux plus pauvres comme un véritable investissement sur les capacités des personnes dans le long terme. « Une personne qui s’enfonce dans la précarité aujourd’hui peut dépendre de la solidarité nationale et peser sur les budgets sociaux pendant de nombreuses années, a-t-il affirmé. Il nous paraît important que certaines dépenses d’investissement social puissent être calculées au regard d’économies potentielles sur plusieurs années. De très nombreuses capacités sont aujourd’hui inexploitées et pourrait contribuer à la vitalité de notre société si nous nous donnions les moyens d’un accompagnement de qualité dans la durée. »

 

Clémence Véran-Richard
crédit : Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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