Sans-abri : 453 personnes mortes dans la rue en 2013

Publié le 20/03/2014
France
 

453 morts en 2013, déjà 51 en 2014… Le Collectif des morts de la rue, dont est membre le Secours Catholique, a rendu hommage à ces victimes le 18 mars, place de la République à Paris.

Durant une après-midi, les noms des 453 morts dans la rue en 2013 sont égrainés place de la République à Paris, mois par mois. La plus vieille de ces victimes de la rue avait 86 ans, la plus jeune seulement un jour. Sur un grand livre, leurs noms sont recensés.

Cette année, le Collectif des morts de la rue a également publié un petit fascicule avec les noms des disparus. Une manière de ne pas les oublier pour Monique Maitte, porte-parole du collectif SDF Alsace : « Ces gens sont morts dans l’indifférence, en silence. Parfois, nous ne connaissions même pas leur nom. En leur rendant hommage, on leur rend un peu de leur dignité » explique cette femme, elle-même rescapée de la rue.

La rue n’est pas une fatalité

Entre chaque chapelet de noms, cette phrase revient : « La rue n’est pas une fatalité, leur vie devait-elle s’arrêter là ? » La réponse est non, comme le prouvent les témoignages. Kevin, 30 ans, est venu spécialement d’Orléans pour raconter son histoire. Après un différend avec son beau-père, il quitte le foyer familial.

« Je suis parti en été. Au début ça ressemble à des vacances, mais quand vient l’hiver les galères commencent. » Il restera 7 ans à la rue, sombrant dans la drogue, avant qu’une association ne l’aide à se débarrasser de sa dépendance à l’héroïne, et qu’une femme, Chantal, ne le soutienne. « Elle a commencé par me parler, puis elle m’a fait confiance en me proposant de faire des petits travaux chez elle. Elle m’a remis le pied à l’étrier, et s’est même portée garante pour que je trouve un appartement ! »

Ils sont plusieurs comme Kevin à raconter leur histoire. La rue n’est pas une fatalité, même si la dégringolade peut être très rapide. Crise économique, loyers trop chers, manque d’hébergements... Une fois dans la rue la remontée est très difficile. Alcool, drogue, troubles du comportement, la rue laisse des séquelles « et ce n’est pas avec 3 ou 4 nuits en hébergement d’urgence qu’on règle le problème » s’exclame l’un de ces anciens naufragés.

La responsabilité de tous

Pour Christophe Louis, président du Collectif des morts de la rue, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, tout comme les associations. Mais c’est aussi le rôle de chacun : « Nous demandons aux citoyens d’être solidaires avec les gens dans la rue, au moins en leur disant bonjour, en leur parlant, en créant un lien. C’est primordial ! »

Un avis partagé par Attika, trois ans de rue, aujourd’hui sortie d’affaire : « La manche n’est pas une facilité, et beaucoup de SDF ne la font même plus. C’est le désespoir du pauvre que de devoir faire l’aumône. Alors, quand vous croisez quelqu’un et que vous ne pouvez rien lui donner, dites-lui simplement, en le regardant. Comme ça il reste un être humain. »

Et Christophe Louis de conclure, à quelques jours de la fin de la trêve hivernale : « En 2013, on a eu 453 morts. La semaine prochaine, 373 places d’hébergement d’urgence vont être fermées à Paris, combien d’entre eux seront dans notre faire-part l’an prochain ? »

 

Gautier Demouveaux
Crédits photos: © Christophe Hargoues/Secours Catholique
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