Témoignages : « Nos cœurs et nos esprits sont en Syrie »

Publié le 09/10/2013
Syrie
Témoignages : « Nos cœurs et nos esprits sont en Syrie »
 

Au nord de la capitale de la Jordanie, le centre Caritas du village de Mafraq est à côté d’une école tenue par l’église latine qui ne compte que 90 familles dans les alentours. Sur place, 500 enfants jordaniens, en large majorité musulmans, sont scolarisés.

Juste derrière la cour de récréation, une longue file de Syriens est là continuellement : ils attendent d’être enregistrés. La plupart sont entrés illégalement en Jordanie et sont donc passé par le camp de Zaatari, le plus grand du pays et qui est situé à quelques encablures. Ils ont fui, ou connaissent quelqu’un ailleurs en Jordanie prêt à les accueillir. En attendant, ils font appel à Caritas Jordanie.

Chaque jour, ils sont environ 130 Syriens qui arrivent dans ce village, sans aucun moyen. Outre l’enregistrement, Caritas a donc installé un préfabriqué dans lequel se font les distributions de biens, mais également de soins.

Une rencontre entre Français et Syriens

En arrivant ce mardi 8 octobre, Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, et Mgr Marc Stenger, président de Pax Christi et évêque de Troyes – les deux représentants religieux de la délégation –, ont commencé par s’adresser aux réfugiés. Ils ont ainsi insisté sur le message de cette délégation : exprimer combien leur souffrance est connue en France, et réaffirmer leur soutien moral en cette période difficile.

Une jeune maman s’approche, elle présente fièrement sa petite fille, Rafiaah, née quatre mois plus tôt dans l’hôpital français du camp de Zaatari. Elle est arrivée seule en Jordanie avec ses quatre enfants, car son mari est en prison à Deraa, leur ville d’origine.

Ici, elle espère « pouvoir mettre [ses] enfants en sécurité ». Sa voisine est également là avec sa mère, ses quatre enfants dont sa petite fille née ici même sept mois plus tôt. Son mari est resté se battre dans l’Armée syrienne libre. Elle aussi espère « la liberté et la paix ». Sa mère confie en pleurant : « Ici, nous nous serrons les coudes mais nos cœurs et nos esprits sont en Syrie. » Une troisième confie avoir peur de l’arrivée de l’hiver...

Fawaz, 26 ans, attend un peu plus loin, il est entré illégalement un mois plus tôt et attend d’être enregistré : « Je faisais mes études à Hama mais plus rien n’était sûr. J’ai donc quitté le pays, mais mon père est resté se battre, je l’ai souvent au téléphone. La situation est chaque jour pire encore. » Pourtant, tous ici ne rêvent que de retourner dans leur pays.

Charlotte d’Ornellas

© Patrick Nicholson/Secours Catholique
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