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Un homme dans un accueil du Secours Catholique

Pauvreté : les visages d'une réalité complexe

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Plus de 9 millions de personnes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté en France en 2025. C’est un chiffre qui interpelle et révèle une réalité souvent invisible. La précarité, c’est l’instabilité quotidienne, avec le manque de ressources, d’emploi ou encore de sécurité, qui empêche de vivre dignement et d’exercer ses droits. Face à cette situation, des acteurs comme le Secours Catholique alertent et agissent auprès des personnes en grande précarité. Pour s’engager dans cette lutte contre la pauvreté, il est important d’en comprendre ses mécanismes, ses évolutions récentes et les solutions possibles.

La pauvreté au-delà du simple manque monétaire

La pauvreté ne se résume pas à un chiffre sur un compte bancaire. Nous parlons de pauvreté monétaire relative lorsqu’une personne dispose de revenus bien inférieurs au niveau de vie médian européen. À l’inverse, la pauvreté absolue renvoie à l’incapacité de répondre aux besoins essentiels comme se nourrir, se loger ou se soigner.

En France, les seuils sont des indicateurs : en 2024, une personne en CDI à temps plein est considérée comme pauvre si elle gagne moins de 1 316 € par mois. Pour une personne en emploi précaire, ce seuil descend à 764 € par mois.

une femme en rendez-vous avec des bénévoles du secours catholique
Dans les permanences du Secours Catholique, les bénévoles proposent un accompagnement social. © Elodie Perriot

Mais la pauvreté est d’abord une réalité vécue. Dès 1987, Joseph Wresinski (fondateur d’ATD Quart Monde) rappelle qu’elle correspond avant tout à un manque de sécurité (emploi, logement, santé ou liens sociaux). Quand ces fragilités s’accumulent et durent, elles empêchent de vivre dignement et d’accéder pleinement à ses droits fondamentaux.

Des recherches récentes ont permis de révéler des dimensions souvent invisibles de la pauvreté comme les privations matérielles, la dégradation de la santé physique et mentale ou encore la dématérialisation des services publics. Des situations qui causent une forme d’exclusion, voire de maltraitance institutionnelle.

Clémence, travailleuse sociale en région parisienne, observe les difficultés du non-recours aux droits. Elle décrit un système où les usagers attendent surtout de l’écoute et du temps, mais où les professionnels sont eux-mêmes contraints. Elle témoignage également la complexité des relations entre institutions. « Lorsque je cherche à joindre la Caisse nationale d’assurance vieillesse, la préfecture, Pôle emploi ou la Caisse d’assurance maladie pour avoir des explications sur un dossier que je suis, ou pour tenter de le débloquer, je dois passer par la même plateforme que les usagers. »

Découvrez également les témoignages d’Aïssata, Maria-Christina et Larbi, qui partagent leur lutte face à la dématérialisation dans le podcast « Les oubliés du numérique ».

Il devenait donc important de comprendre tout ce que signifie réellement être pauvre aujourd’hui. Dans cette continuité, ATD Quart Monde, le Secours Catholique et l’Insee travaillent depuis 2021 à mieux intégrer cette multi-dimensionnalité dans la nouvelle mesure de la pauvreté en France.

En France, un travail mené avec le Secours Catholique a permis d’identifier les dimensions essentielles :

  • Les privations matérielles et de droits,
  • Les peurs et souffrances,
  • Les dégradations de la santé physique et mentale,
  • La maltraitance sociale et institutionnelle,
  • L’isolement,
  • Les contraintes de temps et d’espace,
  • Les compétences acquises et non reconnues.

«Éliminer la pauvreté sous toutes ses formes » est l’un des engagements pris par la France en 2015 dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies.

Anita, 67 ans, en situation de précarité, s’est progressivement retrouvée seule après le décès de son mari. « Te rendre chez le médecin devient impossible et ta santé se dégrade. C’est un cercle vicieux. L’argent ne peut pas grand-chose contre ça. »

La situation de la pauvreté mondiale et française en statistiques

Vivre avec moins de 3 dollars par jour et par personne (seuil de l’extrême pauvreté dans le monde) concerne moins de 10 % de la population mondiale. La pauvreté mondiale a reculé sur plusieurs décennies. Elle se concentre très largement en Afrique subsaharienne, qui rassemble la majorité des personnes les plus touchées.

On constate que la pauvreté relative et les inégalités augmentent dans de nombreux pays, même lorsque leur niveau de vie progresse. C’est le cas de la France. Près de 9,1 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, soit environ 14,5 % de la population. Parmi elles, 2,1 millions sont en grande pauvreté, avec des revenus encore plus faibles (sous le seuil des 40 %).

Les chiffres du rapport du Secours Catholique sur l’Etat de la pauvreté en 2025 rappellent que la pauvreté ne disparaît pas dans les pays développés, elle prend simplement d’autres formes.

Chiffres clés
Chiffre
1 316 €
Description
par mois, c'est le seuil de pauvreté en France
Chiffre
9,1 millions
Description
De personnes vivent sous le seuil de pauvreté soit 14,5% de la population française.
Chiffre
2,1 millions
Description
De personnes sont en grande pauvreté soit 3,7% de la population française
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Les visages de la pauvreté et leurs causes profondes

La précarité s’est aujourd’hui installée dans des parcours de vie très différents. Ce sont des jeunes, des familles monoparentales, des mères célibataires, des enfants pauvres, des individus en situation de handicap, des étrangers, mais aussi des seniors aux pensions trop faibles pour vivre dignement qui sont touchés.

une mère et son enfant dans un accueil du Secours Catholique
Une mère et son enfant dans un accueil du Secours Catholique. © Elodie Perriot

Avoir un travail ne joue plus ce rôle de « protection » contre la pauvreté de manière systématique. Environ 2,2 millions de personnes en emploi vivent sous le seuil de pauvreté en France. Les emplois sont souvent instables, fragmentés ou mal rémunérés.

C’est ce que montre l’enquête du Secours Catholique sur les travailleurs pauvres. Gestaline, auxiliaire de vie à Grenoble et maman solo, en témoigne. Elle travaille tôt le matin, tard le soir, parfois le week-end, avec des plannings changeants. « En septembre j’ai touché 700 euros, 600 en octobre… », explique-t-elle. 

Malgré ses efforts, elle ne peut pas vivre de son salaire et a longtemps eu recours aux Restos du cœur. Une aide qu'elle a pourtant dû arrêter, car les longues heures d’attente empiétaient sur ses horaires de travail.

Le non-recours aux droits sociaux est aussi un phénomène inquiétant. En 2024, 38 % des personnes éligibles au RSA ne le demandent pas. Le manque d’information, les démarches complexes, le sentiment de honte ou le découragement face aux administrations en sont les multiples raisons.

Le Secours Catholique et ses partenaires expérimentent des dispositifs d’“aller vers” dans le cadre du programme “Territoire zéro non-recours”, lancé en 2021 et testé à Vénissieux, Bastia et dans le 10e arrondissement de Paris.
L’idée est de ne plus attendre que les personnes dans le besoin fassent les démarches, mais aller directement à leur rencontre. À Paris, des SMS, mails ou courriers sont envoyés aux personnes qui ont cessé de demander un droit.
Pourtant, sur le terrain, les blocages persistent. Célia, au Havre, en fait l’expérience. Elle a envoyé dix fois l’acte de naissance de sa fille à la Caisse d’assurance maladie, sans succès. « On me répond à chaque fois qu’il manque son extrait d’acte de naissance », raconte-t-elle, piégée dans une boucle administrative sans issue.

Suite aux réformes, l’assurance chômage a également durci les conditions d’accès. En 2023, la part des chômeurs non indemnisés de moins de 6 mois a augmenté de 19 points.

Agir au côté du Secours Catholique contre la pauvreté

Agir avec les personnes concernées, et non à leur place est l’approche choisie du Secours Catholique. Les personnes en situation de précarité ne sont pas seulement bénéficiaires. Elles participent, s’expriment et contribuent à construire des solutions adaptées à leurs besoins.

Claire en témoigne. Accompagnée par le Secours Catholique à Montpellier, elle représente aujourd’hui l’association au conseil d’administration du CCAS. Elle rappelle combien il est important d’écouter les premiers concernés. « La pauvreté n’est pas seulement une facture impayée, c’est un combat quotidien où tout est lié ». Elle décrit des choix impossibles, comme devoir renoncer à se soigner ou à se mettre en précarité alimentaire.

une bénévole du secours catholique et une personne accompagnée par l'association
Agir avec les personnes concernées par la pauvreté. © Christophe Hargoues

Ce changement de regard est aussi partagé par les bénévoles. Bernard Nicoud, au Secours Catholique de Sallanches, insiste sur « le fait d’être dans une relation plus horizontale, plus égalitaire avec les personnes accueillies, contribue à nourrir un regard nouveau sur elles ».

Car pour agir efficacement, il faut aussi déconstruire les idées reçues. Non, les personnes pauvres ne sont pas des profiteurs ou des personnes incompétentes.

Comme nous l’explique Nicolas Duvoux (Président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale) la précarisation du travail, les débats sur l’immigration et certains discours publics nourrissent les préjugés de la pauvreté qui fragilisent la solidarité. Il appelle à repenser les politiques sociales dans une logique plus universelle, pour éviter de diviser les populations entre “assistés” et “non assistés”.

Sur le terrain, l’engagement change aussi des vies.

« Je me suis découvert des qualités » : ce sont les mots de Mélanie, mère seule au RSA, qui a retrouvé confiance en elle grâce à une épicerie solidaire de l’association.

Chacun peut agir concrètement grâce à un don, en rejoignant les bénévoles du Secours Catholique ou en relayant nos actions de solidarité.

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La pauvreté progresse et touche des profils de plus en plus variés. Elle n’est pas une fatalité économique, mais un défi collectif que nous pouvons relever ensemble. Chacun peut agir, à son niveau, pour faire reculer durablement la précarité.

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