Accès aux droits : « Ils m’ont guidée dans les démarches »

Publié le 07/05/2014
Tarn
 

Les équipes du Secours Catholique sont des partenaires privilégiés des services de santé publique. Dans le Tarn, les bénévoles sont attentifs à orienter au fil des procédures un public souvent désemparé face à la maladie et à son coût.

Jusqu’en 2009, Zelia de Oliveira était gestionnaire de compte à l’Ursaff. Des hernies discales à répétition l’ont rendu définitivement invalide, au moment où son mari, cariste de profession, subissait un licenciement économique. Le couple, jusqu’ici à l’abri du besoin, va alors traverser une période noire : incapacité à rembourser les crédits en cours, surendettement, interdiction bancaire. Zelia ajoute à son invalidité des problèmes de surpoids. « Il fallait que je me fasse soigner mais il me fallait aussi avancer les frais de soins. Or, je ne pouvais pas payer », dit cette habitante de Castres.

Zelia pense alors au Secours Catholique. Elle connaissait l’association. Elle avait elle-même été bénévole dans l’équipe de Lacaune, à quelques dizaines de kilomètres de Castres.

Des circuits de soins gratuits peu connus

À Castres, la responsable de l’équipe s’appelle Brigitte Canadas. Engagée depuis 2008 au Secours Catholique, Brigitte et les 45 bénévoles qui composent l’équipe ont pour point de ralliement le rez-de-chaussée de l’église de Laden, dans un quartier excentré de la ville. Le lieu est suffisamment grand pour accueillir plusieurs dizaines de personnes. Chaque année, 350 à 400 personnes passent ici pour se joindre à des groupes de paroles, des groupes de femmes, des ateliers informatiques ou d’alphabétisation, ou encore un accompagnement aux devoirs.

D’autres s’arrêtent le temps de demander une aide urgente. L’appel de Zelia était de ceux-là. Brigitte l’a immédiatement aidée à remplir une demande d’Aide à une complémentaire santé (ACS) et l’a mise en lien direct avec la Caisse primaire d’assurances maladie (CPAM) de Castres, qui, à son tour, a mis Zelia en relation avec les services de la Sécurité sociale. Ces derniers lui ont permis de bénéficier d’actes médicaux sans avance de frais.

« Ils m’ont guidée vers des systèmes parallèles gratuits », explique Zelia, ajoutant avec humour : « Dès qu’on a mis le pied dans l’engrenage, ils ne vous lâchent plus : dentiste, contrôle de la vue, dépistage des cancers du sein et colorectal, vaccination, diabète, arrêt du tabac, tout y passe… »

Zelia a d’abord intégré un atelier nutrition. « Cela a un peu amélioré ma situation mais il n’y a pas eu de changement radical, dit-elle. J’ai donc décidé de subir l’opération qui consiste à rétrécir l’estomac. » Opérée le 6 janvier dernier, elle a perdu 24 kilos en trois mois. « Je me sens mieux physiquement et moralement. Je suis plus dynamique. Je suis redevenue joyeuse. Ma famille, qui ne me reconnaissait plus quand j’étais obèse, m’a enfin retrouvée. En effet, je n’étais plus moi-même. »

Lutter contre le non-recours aux droits

L’accès aux soins, même quand les moyens manquent, est possible. « Beaucoup de personnes ignorent qu’elles peuvent intégrer des circuits de soins gratuits, explique Brigitte Canadas. Les personnes économiquement faibles peuvent prétendre à la Couverture médicale universelle (CMU) et à sa complémentaire (CMU-C), d’autres peuvent bénéficier, comme Zelia, de l’ACS, les étrangers ont également le droit de se faire soigner, grâce à l’Aide médicale de l’État (AME). Nous faisons en sorte que tout le monde puisse se faire soigner, quels que soient ses moyens. »

Emmanuelle Fabre est coordinatrice de la CPAM de la région Midi-Pyrénées. Elle est chargée de faire régresser les chiffres de non recours au droit aux soins. Dans la région, « 21 à 34 % des personnes qui peuvent prétendre à la CMU-C ne la réclame pas, détaille-t-elle. Et entre 57 et 70 % qui pourraient prétendre à l’ACS non plus. Même chose pour le RSA socle : en 2011, un demi-million de personnes n’ont pas demandé à en bénéficier, alors qu’elles y avaient droit ».

Les raisons ? « Des dispositifs complexes. À tous les stades, on peut perdre des bénéficiaires potentiels. Nous travaillons avec nos partenaires : établissements de soins, mutuelles ou associations. Le Secours Catholique a des contacts avec les personnes les plus fragiles de notre société, il nous permet d’avoir un maillage plus fin de la population précaire. Avec nos partenaires, nous passons une convention. Nous formons leurs membres. Nous les tenons au courant du suivi des dossiers. »

« Soigner coûte beaucoup plus cher que prévenir, explique Emmanuelle Fabre, ce sont des économies à plus ou moins long terme. Les dentistes, par exemple, disent qu’ils voient les effets bénéfiques de la CMU-C. Avec nos partenaires, nous avons une véritable volonté de sécuriser le parcours des bénéficiaires depuis le premier accueil jusqu’à la remise du dossier à la CPAM, car le but est de récupérer tout le monde. »

Jacques Duffaut
© Jacques Duffaut/Secours Catholique
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