Alimentation : répondre à l’urgence et au-delà

Publié le 02/12/2014
Grèce
 

Alvina Manola est assistante sociale à Caritas Hellas, en Grèce. Elle participe à la mise en œuvre de divers programmes de réduction de la pauvreté, de l’aide matérielle d’urgence à l’accompagnement des migrants. Sur le terrain, la Caritas s’organise pour permettre l’accès à la nourriture de tous à court et à long terme.

 

Depuis quelques mois, la Grèce semble aller mieux : le pays pourrait retrouver une faible croissance en 2014 après six ans de récession. La population grecque ressent-elle ces améliorations ?

Pas du tout. Sur le terrain, nous ne constatons pas de changement. Nous avons un espoir que la situation s’améliore, mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Le taux de chômage était à 27,6 % en 2013, le plus haut de l’Union européenne. Le chômage des jeunes se situe autour de 60 %. Quant au salaire minimum, il est passé d’environ 700 euros il y a trois ans à 400 aujourd’hui.

Les petits producteurs ont-ils été particulièrement touchés par la crise ?

Oui, car le prix auquel on leur achète leurs produits n’a rien à voir avec celui auquel les produits sont vendus. La différence accaparée par les nombreux intermédiaires. Caritas est en train de réfléchir à un projet qui serait développé sur l’île de Tinos, où l’on produit du fromage. Il s’agirait d’acheter des vaches aux producteurs et de les former afin qu’ils puissent produire sur place et qu’ils évitent ainsi les surcoûts liés à l’importation du lait.

Pour faire face à l’urgence sociale, Caritas organise notamment des distributions alimentaires. Quels types de population y rencontrez-vous ?

Il y a tous les types de populations : beaucoup de gens en grande précarité bien sûr, mais aussi des personnes de la classe moyenne qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Beaucoup de Grecs n’ont plus de quoi se nourrir ni payer les dépenses en énergie. Pour vous donner un exemple, mes parents et ma sœur, qui travaillent tous les trois, n’ont pas pu chauffer leur maison l’hiver dernier : c’est intolérable !

Les migrants sont aussi très nombreux à venir à nos distributions alimentaires. Ce ne sont pas de nouveaux venus dans le pays, mais des gens qui sont en Grèce depuis plusieurs années, qui parlent le grec et sont intégrés dans la société.

Le parti néo-nazi Aube dorée multiplie pourtant les attaques contre les “étrangers”.

Oui, Aube dorée les prend systématiquement pour cibles, organise des distributions alimentaires uniquement réservées aux Grecs… Un rapport récent d’une ONG grecque a montré que les attaques répétées d’Aube dorée contre les migrants avaient fait augmenter le sentiment xénophobe dans la population. Certaines personnes accusent les migrants de leur voler leur travail : c’est évidemment faux, car ils occupent des postes que les Grecs ne veulent pas.

Face à cette situation, quels programmes Caritas a-t-elle mis en place ?

Nous avons plusieurs programmes destinés aux migrants. Au-delà de l’aide matérielle d’urgence (nourriture et vêtements), nous les aidons dans leurs démarches pour s’intégrer et faire valoir leurs droits. Nous travaillons avec plusieurs ONG spécialisés, par exemple dans le domaine de la santé ou de l’éducation.

 
Marina Bellot
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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