Allemagne : Caritas au cœur de la gare, pour retrouver son chemin

Publié le 27/02/2014
Allemagne
 

À Munich, en plein cœur de la gare principale, la Bahnhofsmission aide et conseille ceux qui en ont besoin, sans condition ni restriction. Elle est gérée conjointement par deux associations, l’une catholique, chapeautée par Caritas, l’autre protestante.

“La Bahnhofsmission aide à remettre la vie sur des rails” : tel pourrait être le slogan de cette organisation caritative qui opère dans une centaine de gares en Allemagne. Véritable institution, la première Bahnhofsmission a ouvert ses portes en 1895 à Berlin et celle de Munich deux ans plus tard.

Créée à l’origine pour orienter les jeunes filles fraichement débarquées de leur campagne natale dans l’espoir de trouver un travail en ville, cette organisation offre aujourd’hui aide et conseil à tous ceux qui en ont besoin, rapidement, gratuitement, sans restriction ni condition. « L’institution n’a jamais cessé de fonctionner, excepté sous le régime nazi, qui avait lui-même mis en place ses propres institutions “sociales” », indique Andrea, directrice de la Bahnhofsmission de Munich.

Un système d’entraide bien rodé

Environ 200 personnes poussent quotidiennement la porte de la mission locale de cette ville de Bavière parmi les plus riches d’Allemagne. Et en ce matin froid de décembre, une quarantaine d’hommes, de femmes et d’enfants attendent de recevoir ce qui constituera pour certains leur seul repas : une boisson chaude et des tranches de pain tartinées de margarine.

Ici, des bénévoles s’affairent toute la journée pour donner à chacun cette collation, matin, midi et soir. Le système d’entraide est bien rodé : chaque jour, des boulangeries situées sur le parvis de la gare cèdent leurs invendus et une grande chaîne allemande de boulangerie fait régulièrement don de sa spécialité, un pain typiquement bavarois de longue conservation.

Quant aux locaux, ici comme dans les autres Bahnhofsmission d’Allemagne, ils sont mis à disposition par la compagnie ferroviaire nationale, la DB. En contrepartie, bénévoles et salariés rendent de petits services aux voyageurs : « Nous fournissons des renseignements, des fauteuils roulants ou des chariots à bagages, et nous aidons les gens à monter dans les trains, en descendre ou en changer », explique Andréa.

Crise du logement

Dans un coin de la salle, un homme d’une cinquantaine d’années au regard doux profite d’une prise électrique disponible pour recharger son portable bon marché. Ladislau est roumain, il est arrivé à Munich en septembre 2012, après avoir travaillé dix ans en Hongrie en tant que mécanicien.

« Un jour, mon employeur m’a annoncé qu’il allait installer son entreprise en Allemagne, raconte-t-il. Il m’a proposé de le suivre, mais une fois ici, il n’a finalement pas pu me donner le travail promis. Et puis, il y a un an, j’ai eu un accident dans le métro, j’ai dû me faire opérer des hanches et aujourd’hui je ne peux pas reprendre mon métier. » À l’écart de l’agitation, il est reçu par une bénévole dans un petit bureau offrant calme et discrétion afin d’être orienté vers les services sociaux de la ville qui pourront répondre à ses besoins. Chaque jour, cinquante entretiens individuels sont réalisés.

« La majorité n’a aucune qualification »

Comme Ladislau, de plus en plus de personnes venant d’Europe de l’Est – principalement de Roumanie, de Bulgarie et de Hongrie – frappent à la porte des Bahnhofsmission. « Ceux qui sont qualifiés trouvent du travail car ici on n’en manque pas, observe Andrea. Mais la majorité n’ont aucune qualification et ne peuvent prétendre qu’à des jobs journaliers, payés au noir. Ceux-là ne peuvent pas se loger et arrivent à peine à survivre. »

Munich, comme toutes les grandes agglomérations d’Allemagne, connaît une dramatique crise du logement. De plus en plus d’étudiants et de personnes ayant droit à un logement social sont désormais contraints de vivre dans des hébergements d’urgence. Et à Munich, le problème se pose avec une particulière acuité. « C’est la ville la plus chère d’Allemagne, rappelle Andrea. Même en augmentant la construction de logements sociaux, la ville ne pourra pas loger tout le monde. »

 

Pour aller plus loin : le site de Caritas Allemagne


La mission sociale de l’Église allemande

En Allemagne, l’État délègue sa mission sociale aux institutions, religieuses ou non.

C’est par souci de se démarquer de son passé autoritaire et centralisateur que la République fédérale d’Allemagne a choisi d’appliquer le principe de subsidiarité et décidé de limiter les compétences de l’État.

Outre-Rhin, les Églises prennent donc en charge des missions que l’État n’assume pas, notamment dans les domaines social et éducatif. Elles gèrent ainsi des hôpitaux, des maisons de retraite, des crèches, des écoles maternelles, des foyers pour sans-abri ou encore des centres assurant les consultations préalables aux interruptions volontaires de grossesse. Les œuvres sociales des Églises sont financées à hauteur d’environ 30 % par les pouvoirs publics – des sommes qui ne sont pas considérées comme des subventions, mais bien comme la contrepartie de l’inaction de l’État dans ce domaine.

Il existe dans le pays deux puissantes associations caritatives : Diakonie, protestante, et Caritas, catholique. Toutes deux chapeautent une myriade d’associations allemandes. Ainsi, la Caritas allemande est structurée comme une fédération d’œuvres privées d’aide sociale, qu’elle représente au plan national. Elle coordonne de manière efficace l’aide sociale et prend part activement à la vie politique du pays en agissant, grâce à un important travail de plaidoyer, sur la prise de décisions en matière de politique sociale.

Marina Bellot
© Patrick Delapierre/Secours Catholique
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