Après une peine d’emprisonnement, l’espoir d’une vie meilleure

Publié le 30/03/2015
Puy-de-Dôme
 

Face au manque d’accompagnement des sortants de prison, les associations se mobilisent et tentent d’y pallier. Témoignages de personnes placées sous main de justice et qui ont bénéficié de cette aide.

Un sac dans chaque main et la liberté devant lui. C’est l’unique bagage que possédait Nour lorsqu’il a été libéré après deux ans d’incarcération à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.

Comme 80 % des sorties de prison, celle de Nour n’a pas été préparée. Il n’a ni logement, ni emploi, ni famille pour l’accueillir – sa femme a demandé le divorce. Heureusement, Nour, âgé d’une cinquantaine d’années, lui avait demandé de ne pas vendre sa voiture. « J’ai été bien inspiré car j’ai dormi dedans pendant près de trois mois », raconte-t-il avec un sourire.

« J’ai failli recommencer mes conneries, faire n’importe quoi pour m’en sortir »

Dans l’espoir de trouver au moins un logement, il se tourne vers le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) mais il se heurte à un refus. « J’avais froid, j’étais en galère. Sincèrement, j’ai failli partir en vrille. J’ai failli recommencer mes conneries, faire n’importe quoi pour m’en sortir. »

Mais la foi qu’il a en lui-même et son amour pour ses trois enfants le dissuadent de récidiver. Il se démène et finit par être hébergé pendant quinze mois en hôtel par l’Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale (Apcars). En juin dernier, il se voit attribuer un studio en attendant d’obtenir un logement social où il pourra recevoir ses enfants le week-end.

« Le travail que nous proposons aux sortants de prison renforce leur sentiment d’utilité sociale »

Connaissant son passé d’ambulancier, l’Apcars lui fait part de la création d’une entreprise de transport de personnes qui recrute des sortants de prison, Transport Challenger. « Il y a des gens qui ont des capacités encore vivaces après une incarcération. En revanche, les lourds préjugés de la société à leur égard les éloignent de l’emploi, ce qui peut être cause de récidive, explique Marc Boitel, cofondateur de l’entreprise. Le travail que nous proposons renforce leur sentiment d’utilité sociale. » Nour est embauché en contrat unique d’insertion à mi-temps en mai 2013. « J’apprécie à nouveau les valeurs de la vie : me lever le matin, aller travailler, voir mes enfants le week-end... », confie-t-il.

Se sentir soutenu

« Il faut se battre pour s’en sortir, mais c’est très important de se sentir soutenue dans ce combat », déclare Jacqueline [1], condamnée à une peine de cinq ans de prison ferme et placée sous bracelet électronique au bout de deux ans et demi. C’est le rôle que se sont donné des associations comme le Secours Catholique pour pallier le déficit d’accompagnement des personnes sortant de prison.

L’équipe prison du Secours Catholique de Riom, dans le Puy-de-Dôme – comme des dizaines d’équipes à travers toute la France – s’est assigné cette tâche. Les treize bénévoles s’efforcent de rendre la réalité carcérale moins difficile. Une camionnette garée sur le parking de la maison d’arrêt permet aux familles de détenus d’attendre l’heure du parloir sans devoir rester dehors par n’importe quel temps et supporter le regard désapprobateur des passants.

Cet accueil favorise le maintien des relations du détenu avec sa famille, pilier de sa réinsertion. L’équipe accorde également des aides financières aux personnes détenues dont les ressources ne leur permettent pas d’assumer les frais induits par la constitution d’un dossier pour la sortie ou encore ceux liés à une permission (transport, hébergement, nourriture…). « Les détenus peuvent ainsi avoir des contacts humains, se réapproprier du vocabulaire, voir qu’ils ne sont pas les derniers des derniers. En détention, les personnes sont infantilisées. Il faut les resocialiser », affirme Jacques Arnaud, bénévole du Secours Catholique à Riom.

L’espoir de retrouver une vie normale

Avec Monique et Éliane, deux autres bénévoles, il organise l’accompagnement des personnes à la préparation de leur sortie. Ils cherchent ensemble un logement, fournissent une aide financière complétant celle donnée par l’administration pénitentiaire à la sortie ou encore assurent le suivi de personnes en liberté conditionnelle, comme Jacqueline.

« En prison, on vous rabaisse comme une petite fille de cinq ans, dénonce celle-ci. Grâce au Secours Catholique, à Habitat et Humanisme et au Spip, je me suis sentie soutenue. Je n’étais pas étiquetée, je pouvais me refaire une image. » Après sa sortie en janvier 2014, Jacqueline a travaillé deux jours par semaine comme bénévole dans chacune des deux associations. « La confiance qui m’a été accordée au cours de mon bénévolat m’a aidée à me réinsérer dans la société », témoigne-t-elle. Depuis le mois de mars, elle a commencé une formation d’assistante-secrétaire dans l’espoir de trouver un travail ensuite. L’espoir de retrouver une vie normale après avoir payé son dû à la société.

 

Pour aller plus loin

La vie après la peine de Serge Portelli et Marine Chanel, Grasset, février 2014.

En France, près de 80 000 personnes sortent chaque année de prison. Sont-ils des étrangers ou des citoyens à part entière ? Faut-il les aider ou les surveiller ? Peuvent-ils commencer une autre vie ? Ce livre expose les réponses que la société française apporte aujourd’hui à ces questions mais avant tout il donne la parole aux intéressés, quatorze anciens détenus qui racontent leur vie après la peine : un texte indispensable pour qui s’intéresse aux débats actuels sur la réforme pénale ou pour qui veut comprendre ces femmes et ces hommes qui tentent de reprendre vie parmi nous.

Notes:

[1] Il ne s’agit pas du prénom véritable.

Clémence Véran-Richard
Crédits photos: © Christophe Hargoues/Secours Catholique
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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