« Au Kirghizistan, la réforme du système judiciaire et pénitentiaire est engagée »

Publié le 28/08/2014
Kirghizistan
« Au Kirghizistan, la réforme du système judiciaire et pénitentiaire est engagée »
 

En visite au Kirghizistan (Asie centrale) début juillet, Nadia Yakhlaf,  chargée de projets au pôle Asie Europe orientale du Secours Catholique Caritas France,  témoigne des réformes qui vont être engagées (code pénal, système pénitentiaire...), notamment sous la pression de Bir Duïno, association partenaire de défense des droits de l’homme.

Vous avez visité la seule prison pour mineurs du pays. Quelles sont les conditions de détention ?

J’ai été frappée par l’esprit répressif qui y règne. Aucun accompagnement social, éducatif ou psychologique n’est mis en place, même si nous avons vu une femme proposer des jeux aux détenus. Les 35 mineurs de 14 à 18 ans enfermés dans des baraquements vétustes, sous la surveillance de gardiens portant des uniformes militaires, cohabitent dans des dortoirs d’une quinzaine de lits. Ils ne disposent d’aucun meuble pour ranger leurs effets, n’ont pas de draps et ne peuvent se laver qu’une fois par semaine.

Le projet de défense des droits des mineurs en conflit avec la loi, porté par l’association Bir Duïno et soutenu par le Secours Catholique, a permis la création d’un centre de “reconstruction familiale” à Bichkek, la capitale. Quelles en sont les principales caractéristiques ?

Ce centre alternatif a accueilli depuis un an 463 mineurs. Ce sont soit des jeunes placés sous la surveillance du ministère de l’Intérieur, soit passés par la prison, soit condamnés à des peines alternatives. Comme il était prévu dans le projet, des consultations juridiques, sociales, médicales et psychologiques, des sorties culturelles et des camps d’été voient le jour. De même, des parents, des représentants du ministère de l’Intérieur, des psychologues, des éducateurs, des médecins et des jeunes bénévoles nouent des contacts dans ce lieu de dialogue.

Bir Duïno conduit depuis des années un plaidoyer pour humaniser le système judiciaire et pénitentiaire. Contribue-t-il à faire avancer ce dossier ?

Le gouvernement va présenter en septembre au Parlement un projet de réforme du système judiciaire. Depuis plusieurs mois il a mis en place des groupes de travail - auxquels participe l’association - qui réfléchissent à des réformes du code pénal, du code civil et du système pénitentiaire. Ces changements prendront du temps, à l’image de la lente mise en place de la démocratie dans le pays, mais Bir Duïno dispose de soutiens dans les ministères et au Parlement.

Dans l’immédiat, le projet prévoit la suppression des “isolateurs” pour les mineurs. Des détenus sont isolés jusqu’à cinq jours à l’intérieur de cellules non chauffées dans ce lieu - symbole de l’enfermement disciplinaire. À plus long terme, la pression exercée par notre partenaire permettra peut-être aussi d’obtenir une justice spécifique pour les mineurs et l’amélioration des conditions de détention provisoire pendant les procès.

Quel est l’état de la société civile kirghiz ?

Elle est assez dynamique et dispose d’une relative marge de manœuvre, en tout cas plus importante qu’en Russie. Mais, au vu des mesures prises dans ce pays qui réduisent la capacité d’action de nombreuses ONG, j’ai peur d’une régression similaire au Kirghizistan.

 

Triste surprise...

Nadia Yakhlaf a visité début juillet dans la région de Bichkek, la capitale, un établissement éducatif fermé ouvert officiellement aux enfants de 11 à 14 ans ayant commis des délits. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir, au milieu d’une quinzaine d’autres jeunes, un garçon âgé, au maximum, de... huit ou neuf ans ! Celle-ci n’avait ni mendié, ni volé. Son seul tort était de ne pas être désiré par son père.

Yves Casalis
Crédits photos: © Alessandro Scotti
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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