Bidonville Porte de Clignancourt : «L'expulsion met en danger les familles»

Publié le 02/02/2016
Paris
un camp de Roms
 

300 à 400 Roms vivant sur un bidonville situé sur les rails désaffectés de la petite ceinture, dans le 18e arrondissement de Paris entre la Porte de Clignancourt et le Pont des Poissonniers, sont expulsés ce mercredi 3 février. La Préfecture de police et la ville de Paris estiment que le bidonville est dangereux notamment en raison du risque d’incendie dans les cabanes en bois. Le Secours Catholique, qui accompagne ces familles principalement roms et roumaines, s’oppose à cette expulsion. Hannah Yous est animatrice « Familles à la rue » à la délégation de Paris.

Dans quelle situation vivent ces personnes ?

Hannah Yous : 80 familles dont de nombreux enfants vivent sur ces rails désaffectés depuis le printemps 2015. La plupart sont en fait en France depuis 10 ans mais elles ont subi expulsion sur expulsion.

Ici, Porte de Clignancourt, ces familles ont réussi à se stabiliser : elles vivent certes dans des conditions de vie rudimentaires, mais elles se sont organisées pour se mettre à l’abri de la rue. Elles ont construit des cabanes de 9 m2 et elles les ont aménagées avec des meubles.

Elles ont aussi demandé à la mairie de Paris d’installer des bennes à ordures et des extincteurs contre les risques d’incendie. On voit qu’elles ont la volonté d’améliorer leur quotidien, malgré leurs conditions de vie difficiles.

Comment le Secours Catholique accompagne ces familles roms ?

Nous travaillons en partenariat avec plusieurs associations pour accompagner les familles vers le droit commun (inscription des enfants à l’école, obtention d’une couverture maladie, etc.)  

Deux fois par semaine, les bénévoles du Secours Catholique se rendent sur place pour aider les familles roms à faire leur domiciliation, à demander l’Aide médicale d’État, ou encore à faire des démarches d’insertion professionnelle.

Notre présence régulière a permis de nouer des liens de confiance.

La Préfecture de police et la mairie de Paris démantelent ce bidonville. Que vont devenir ces familles ?

Récemment, la préfecture et la mairie se sont mises d’accord sur l’expulsion, avançant l’argument de l’insalubrité et de la dangerosité du terrain.

En échange, les autorités proposent à ces familles de les héberger deux semaines en hôtel avec des contrats qui pourraient être renouvelés. Cette solution est trop incertaine.

D’une part, les familles refusent d’être séparées, et d’autre part elles ont peur de retourner à la rue. Cela mettrait fin à leurs projets en cours comme l’ouverture de leurs droits, la scolarisation des enfants, et l’accompagnement par les associations.

Par ailleurs, il faut noter que les habitants du bidonville s’étaient organisés en association pour proposer à la mairie des projets alternatifs de logement, à savoir la construction de baraques sur un terrain. Aujourd’hui, ils demandent à être entendus.

Pourquoi le Secours Catholique-Caritas France s’oppose à cette expulsion ? Que répondez-vous à ceux qui disent que ces personnes sont en danger ?

La rue est bien plus dangereuse que ce bidonville. Si l’État n’a pas de solutions adéquates de logement, il ne doit pas détruire les efforts des personnes de se mettre à l’abri.

Sur ce terrain, ils se sont posés et ils se sont projetés dans une démarche d’insertion. En démantelant le campement, on met fin à cette dynamique. Ce bidonville est la moins pire des solutions tant qu’on n’a pas d’autres solutions pérennes.

Par ailleurs, il me semble important d’entendre la voix de ces familles roms qui formulent elles-mêmes des projets de logement. Elles souhaitent vivre dans des conditions sanitaires décentes. Il faut que les pouvoirs publics les entendent !

De manière générale, les politiques d’expulsion coûteuses et inutiles qui sont la règle depuis 25 ans en France ne font que disperser la pauvreté et ne s’attaquent pas aux véritables problèmes. La preuve en est avec ces familles qui vivent depuis plusieurs années en France, qui ne sont toujours pas logées et qui ont vu des dizaines de fois leurs parcours d’insertion brisés.

Retrouvez la campagne « 25 ans de bidonville » soutenue par le Secours Catholique

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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