Caritas Germany : à Munich, la maison des sans-abri

Publié le 29/01/2015
Allemagne
Caritas Germany : à Munich, la maison des sans-abri
 

 À Munich, une grave crise du logement plonge les plus modestes dans la précarité. Seule solution pour nombre d’entre eux : vivre dans des foyers. Visite d’un centre géré par Caritas Germany, où 180 hommes sans-abri sont accompagnés pour retrouver leur autonomie.

À 56 ans, Michaël a les yeux tristes et les traits fatigués. Il y a quelques années, il a quitté Leipzig pour rejoindre l’entreprise Siemens, basée à Munich. Quand il a perdu son emploi, il lui est devenu impossible de garder le petit appartement qu’il occupait, explique-t-il en soupirant. Alors, sans autre solution, il a posé ses valises dans un centre pour sans-abri géré par Caritas Germany.

Troisième ville allemande en termes de population, capitale de la puissante région de la Bavière, Munich attire. « De plus en plus de gens viennent tenter leur chance ici, qu’ils viennent de Bavière ou d’ailleurs en Allemagne », indique Adelheid, chargée de la communication à Caritas Allemagne.

Mais Munich a beau être un important pôle économique et afficher un taux de chômage parmi les plus faibles du pays, la ville ne tient pas toutes ses promesses. Car c’est aussi la plus chère en matière d’immobilier. Quand l’engrenage de la précarité se met en route, il suffit de peu pour se retrouver à la rue : des étudiants, des chômeurs et de plus en plus de travailleurs sont désormais contraints de vivre dans des hébergements d’urgence.

Le centre pour sans-abri géré par Caritas a été fondé par la municipalité il y a soixante ans. Comme Michaël, ils sont 180 hommes à être hébergés ici, pour quelques semaines ou quelques mois – trois au maximum – le temps de reprendre pied et de retrouver l’autonomie perdue. Le même centre existe pour les femmes.

Conçu comme un tremplin, le lieu, propre et fonctionnel, offre des chambres individuelles ou collectives, selon le profil des hommes accueillis. Le règlement est le même pour tous : à moins d’être malade, chacun doit quitter sa chambre à 8h, et peut la retrouver à partir de 14h.

Convivialité

Une dizaine de travailleurs sociaux rémunérés par la ville écoutent, conseillent, rassurent ces hommes séparés de leurs proches ou, pour certains, en rupture avec leur famille. Il s’agit bien souvent de les aider à percevoir leurs allocations – beaucoup ignorent les aides auxquelles ils peuvent prétendre – ou de les orienter vers des structures adaptées (établissements pour personnes âgées ou malades, structures professionnelles…). « L’objectif est de leur apprendre à mener de nouveau leur vie par eux-mêmes », explique l’un des travailleurs sociaux.

Cafétéria, salle de télé, salle de jeux, soirées communes… Pour lutter contre la solitude de ces hommes et favoriser la rencontre et le partage, plusieurs salles communes ont été aménagées. Derrière le petit bar de la cafétéria, l’un des pensionnaires du centre sert thé et café à des amis rencontrés ici. Il exerce ce que l’on appelle en Allemagne un “1 euro job” : un emploi réservé aux chômeurs, payé un ou deux euros de l’heure, en plus de l’allocation chômage.

Un peu plus loin, dans la salle du self, un homme lit un journal local : sur l’une des pages étalées devant lui, il montre la photo de son propre visage illustrant un article sur les SDF. Son histoire est tristement banale : après la disparition de sa femme, Hubert s’est mis à boire et a perdu son emploi. Il a alors quitté la petite ville où il habitait pour suivre une thérapie à Munich. « Une fois guéri j’ai décidé de rester ici parce que je savais que je pourrai facilement retrouver du travail : j’ai été embauché dans une société de transport de marchandises. Mais avec ce que je gagne, je ne peux pas louer d’appartement… ».

Dans ce pays où le salaire minimum n’existe pas et où les mini-jobs se multiplient, Hubert fait partie de la masse grandissante des travailleurs pauvres allemands. 8 millions de salariés gagnent moins de 8 euros bruts de l’heure en Allemagne.

« Quitter Munich et risquer de me retrouver au chômage ou travailler ici et vivre dans des foyers ? Je ne sais pas quelle est la meilleure solution », conclut Hubert.

Marina Bellot
Crédit photo : © Patrick Delapierre/Secours Catholique-Caritas France
Logement
Plus d'informations
Sans-abri et mal logés
# sur le même thème