Citoyenneté : une Europe enfin à l’écoute des plus pauvres ?

Publié le 26/02/2014
Europe
 

Alors que les élections européennes approchent (22 au 25 mai), la Commission européenne s’est lancée dans une campagne d’information sur les droits des citoyens de l’Union. Elle s’est, entre autres, rendue à l’accueil de jour du Secours Catholique de Saint-Denis le 11 février pour interroger les personnes précaires sur leurs attentes.

Kheira regarde l’objectif sans ciller. Sur l’ardoise qu’elle soulève, ces simples mots, sans ambages : « Je suis citoyenne française, je suis à la rue. Que fait l’Europe ? » La photographe qui lui fait face saisit son appareil et immortalise sa demande.

Kheira fait partie de cette dizaine de personnes accueillies par le Secours Catholique de Saint-Denis (93) qui ont exprimé, le matin du 11 février, leurs attentes vis-à-vis des institutions européennes. Une photographe s’est chargée de capturer leurs requêtes improvisées, inscrites sur des ardoises. Elles sont toutes consultables en ligne sur un site créé par la Commission, qui finance cette campagne citoyenne.

« Que peut faire l’Europe pour les SDF ? »

Dans l’accueil de jour de Saint-Denis, les préoccupations sont avant tout d’ordre social. Tino, bénévole au Secours Catholique et espagnol d’origine, questionne : « Que peut faire l’Europe pour les SDF ? » La question le préoccupe directement. De plus en plus de sans-abri poussent en effet les portes de l’accueil de jour de Saint-Denis, « une dizaine de plus que les années précédentes » selon lui.

Lui qui est arrivé il y a cinquante ans à Saint-Denis pour travailler à l’usine rêve de voir émerger une Europe plus solidaire. Mais il n’y croit guère : « Regardez ce qu’il vient de se passer en Suisse, avec le succès du référendum contre l’immigration. Ils veulent fermer leurs frontières. Et pourtant, il n’y a même pas de chômage là-bas. »

Kecskes et Maria, un couple roumain, demandent quant à eux un « droit aux allocations familiales universelles dans tous les pays de l’Union ». Arrivés en France en 2009, ils sont parents de six enfants qu’ils élèvent en France. « Ils parlent français, hongrois et roumain », détaille Maria avec fierté.

Interrogée sur ses exigences vis-à-vis de l’Europe, son regard s’assombrit : « Ce qu’on demande, c’est d’être respectés ! Un jour, j’avais une minute de retard pour un rendez-vous et le fonctionnaire français m’a dit : “Vous n’êtes pas en Roumanie, ici.” On nous regarde comme si nous étions des bombes sur le point d’exploser. »

« L’Europe, pour nous, c’est pourtant la liberté, ajoute Kecskes. À l’époque de Ceausescu, nous étions réduits en esclavage. Nous ne pouvions pas sortir. Je rêvais de voir la France. J’adorais les films d’Alain Delon ! » Kecskes s’épanche longuement sur l’Europe. Il finit par s’attirer le regard courroucé de sa femme. Elle a un autre rendez-vous et craint d’être en retard.

Travail d’information indispensable

Alors qu’ils se dirigent vers la sortie, les équipes employées par la Commission leur proposent un petit guide pédagogique détaillant les droits d’un citoyen européen et – plus anecdotique – un petit porte-clés aux couleurs de l’Europe.

Pour la Commission, ce travail d’information apparaît indispensable. Dans son second rapport sur la citoyenneté européenne publié en 2013, elle relevait que 68 % des citoyens de l’Union se disaient insuffisamment informés sur les affaires européennes. Combien savent qu’ils ont des droits garantis par les institutions européennes, comme celui de résider librement dans un État membre, de recourir au Médiateur européen ou de se faire assister d’un traducteur si l’on commet une infraction dans un autre pays de l’Union ? Très peu.

Même si des progrès peuvent être notés – la Commission liste par exemple tous les droits des citoyens européens sur une section de son site – ils restent insuffisants.

Faire vivre la citoyenneté européenne

Les institutions européennes paient ici leur retard dans le développement d’une citoyenneté européenne, une notion qui n’est apparue qu’en 1993 dans le traité de Maastricht. José Manuel Barroso, le président de la Commission, le reconnaissait lui-même en 2012 dans son discours sur l’état de l’Union : « L’Europe doit être toujours plus démocratique. »

Pour y remédier, l’Union européenne a proclamé 2013 « Année européenne des citoyens ». Exceptionnellement, la campagne sur ce sujet a été rallongée d’un an, pour coïncider avec les élections parlementaires européennes de 2014.

La Commission s’est engagée à répondre à tous les thèmes évoqués par les citoyens lors de cette campagne d’information. Elle le fera dès demain 27 février, à l’occasion d’une rencontre organisée aux Docks de Paris. Pour que le citoyen européen soit, enfin, au cœur de la construction européenne.

 


Débat avec le commissaire Michel Barnier le 27 février

La campagne de la Commission sur la citoyenneté européenne se clôturera en France par un débat qui se tiendra le 27 février aux Docks de Paris, à La Plaine Saint-Denis (93). Elle réunira le commissaire européen Michel Barnier, le ministre français des Affaires européennes Thierry Repentin et des citoyens qui se sont exprimés lors de cette campagne, dont des personnes accueillies par le Secours Catholique de Seine-Saint-Denis. Les personnes désireuses d’y assister peuvent s’inscrire en ligne.

Pierre Wolf-Mandroux
© Christophe Hargoues/Secours Catholique
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