Communautés : restaurer la confiance, pas à pas

Publié le 09/10/2014
Centrafrique
 

« Ce conflit n’est pas en soi un conflit entre musulmans et chrétiens, c’est une crise humanitaire grave provoquée par une instabilité politique et militaire chronique. » Cette phrase, extraite d’une tribune publiée dans Le Monde et rédigée conjointement par l’archevêque de Bangui Dieudonné Nzapalainga et l’imam Omar Kobine Layama, ses deux auteurs l’ont répétée et répétée, inlassablement, d’interview en rencontre politique.

Leur crainte ? Que la guerre qui déchire actuellement la République centrafricaine (chrétienne à 80 %, musulmane à 15 %) ne soit réduite à un affrontement communautaire et que cela n’amenuise encore davantage les chances de ressouder une population qui aujourd’hui se regarde avec méfiance alors qu’elle vivait jusqu’ici en bonne entente.

Besoins en vivres et en médicaments criants

De fait, le sentiment qui domine les Centrafricains, actuellement, est l’inquiétude. « La population vit dans la peur, observe Pétula Malo, chargée de communication à la Caritas Centrafrique. Beaucoup ont fui leurs habitations et ne se sentent pas assez en sécurité pour y retourner. »

Les exactions commises sur d’autres civils – qu’il s’agisse d’hommes, de femmes ou d’enfants– par les rebelles de l’ex-Seleka ou par leurs ennemis des milices d’auto-défense Anti-Balaka, et la volonté de vengeance aveugle animant ces combattants ont contraint plus d’un million de personnes (soit 1/5 de la population totale) à fuir l’endroit où elles vivaient.

Certaines se sont réfugiées dans les missions catholiques ou les écoles des villes. D’autres se sont éparpillées dans la brousse. Le long des routes cahoteuses du pays, villages désertés et maisons brûlées témoignent des atrocités récentes et de la crainte qu’elles suscitent. Sur les sites de déplacés parfois surpeuplés (100 000 personnes, par exemple, sur l’aéroport de Bangui), les besoins en vivres et en médicaments sont criants.

Des programmes de réconciliation

Sans oublier les risques en matière de sécurité, sur ces sites et dans les villes : « La situation est volatile, résume Quentin Peiffer, chargé du projet urgences Centrafrique au Secours Catholique. On peut passer d’un état de calme à des explosions de violence et des exactions. » Pillages, agressions et meurtres dont les premières victimes sont les plus fragiles.

Les relations restent tendues. Car si le conflit n’est pas réductible à un affrontement entre chrétiens et musulmans, les tensions communautaires et religieuses en sont néanmoins partie intégrante. Les chefs religieux et les Caritas sur place font tout pour les calmer. À travers des messages d’appel à l’apaisement, d’une part. Mais aussi par des programmes beaucoup plus concrets visant à la réconciliation pour favoriser le vivre-ensemble, soulager le traumatisme des populations et restaurer la confiance entre anciens voisins.

« Cela peut se faire par des groupes de parole, en présence des leaders religieux, où les griefs entre communautés sont mis sur la table et discutés », détaille Quentin Peiffer. Ou encore par la distribution de vivres et d’aide impliquant les deux communautés afin de favoriser le travail collectif. Un pas après l’autre, en attendant des projets plus conséquents.

Julien Fournier

© Sam Phelps/CRS
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