Crise syrienne : au Liban, l’immeuble refuge

Publié le 22/02/2013
Liban, Syrie
 

Alors que l’hiver sévit au Liban, le quotidien des Syriens qui ont fui la guerre est de plus en plus difficile. Reportage dans un immeuble inachevé de Saïda, où se sont installées 42 familles d’un même village, aidées par Caritas.

L’immeuble, visible depuis la route, est parsemé d’étranges rectangles bleus. En approchant, on s’aperçoit qu’il s’agit de tentes : ici vivent 42 familles syriennes ayant fui le conflit qui ensanglante leur pays. Les premiers exilés s’y sont installés il y a trois mois ; depuis, il en arrive toutes les semaines. Tous sont originaires de Hama, au nord de Homs.

Comme eux, ils sont des dizaines de milliers de Syriens à avoir rejoint le Liban voisin – 132 000 à s’être enregistrés comme réfugiés auprès de l’ONU, deux fois plus à avoir franchi la frontière en réalité, estiment les associations sur place. Leur priorité : trouver un toit. Dans cette difficile quête, tous ne sont pas sur un pied d’égalité. Certains arrivants sont hébergés au sein de familles d’accueil, notamment au nord du Liban, où les liens sont forts entre Syriens et Libanais.

D’autres louent de petites pièces dans lesquelles ils doivent parfois vivre à plus d’une dizaine. Mais alors que la crise syrienne entre dans sa deuxième année, de nombreuses familles ont désormais dépassé leur capacité d’accueil, et dans certaines villes il est devenu impossible de trouver une quelconque location.

Alors les plus défavorisés, les moins chanceux, n’ont d’autre choix que de planter leur tente sur des terrains agricoles disponibles… ou dans des endroits plus improbables, comme ce grand bâtiment ouvert à tous les vents.

Les stigmates de la guerre

Dans ce décor surréaliste, le quotidien de la communauté s’organise tant bien que mal. La vie coûte bien plus cher au Liban qu’en Syrie, et trouver du travail relève de la gageure, surtout en hiver. Là-bas, les hommes étaient agriculteurs, ouvriers, instituteurs ; ici, ils occupent de petits emplois de journaliers dans l’agriculture ou le bâtiment, rarement plus de quelques jours par mois.

Les femmes, elles, s’échinent à accomplir les tâches ménagères indispensables. Laver le linge ou cuisiner, tout devient une épuisante corvée quand un unique robinet fait office de point d’eau pour l’immeuble entier. Et puis il faut garder un œil sur les enfants. Ils sont 162 exactement, dont aucun n’est scolarisé. L’État libanais a bien accédé aux demandes des ONG d’ouvrir les écoles publiques aux élèves syriens. Mais encore faut-il pouvoir débourser les 100 dollars que coûte l’inscription, acheter les fournitures scolaires, payer les trajets en bus… De toute façon, disent les habitants, les enfants n’allaient déjà plus à l’école en Syrie à cause de la guerre, alors…

Alors le terrain au pied de l’immeuble s’est transformé en une immense cour de récréation. Sur les marelles dessinées à la craie, des bambins de tous les âges sautillent de case en case, certains sans chaussures malgré les cailloux qui menacent d’entailler leurs pieds. Ils sont nombreux à avoir des cicatrices, des hématomes, des pansements. Certains se sont blessés ici. D’autres portent les stigmates de la guerre qui ravage leur pays.

Les balafres sur le visage de Chahed, 4 ans, témoignent de la violence de l’explosion dont elle a réchappé, et qui a tué son frère et sa sœur sous les yeux de leur mère. Ils étaient plusieurs habitants de Hama à s’être réfugiés dans une maison où ils pensaient être en sécurité… jusqu’à ce qu’ils entendent un avion approcher. Nissrine, 24 ans, a perdu connaissance lors du bombardement. Quand elle a rouvert les yeux, sa fille Aïcha, 5 ans, était morte. Ses deux autres filles sont miraculées : Amani, 1 an, a réussi à ramper pour s’extraire des décombres. Rawan, 3 ans, a été touchée par des éclats d’obus. Plusieurs semaines à l’hôpital l’ont remise sur pied, mais rien ne lui a rendu le sourire. Depuis le drame, la fillette garde les sourcils froncés.

Hanté par le souvenir des atrocités de la guerre, l’immeuble bruisse de récits comme ceux-là. Les portefeuilles et les téléphones portables sont pleins de photos de ces proches disparus, enfants, parents, frères ou sœurs. Selon les derniers chiffres de l’ONU, le conflit en Syrie a fait plus de 60 000 morts. Si nul ne sait quand la guerre prendra fin, tous espèrent rentrer chez eux au plus vite, quitte à devoir tout reconstruire. D’ici là, il faut affronter l’hiver. Le vent s’engouffre partout, l’eau s’infiltre dans les tentes et, la nuit, le thermomètre descend parfois au-dessous de zéro. Mais au Liban, les bombes ne pleuvent pas.

 

Marina Bellot
© Patrick Delapierre/Secours Catholique
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