Disparition : hommage au Père Pedro Meca

Publié le 18/02/2015
 

Le père Pedro Meca, fondateur, à Paris, du lieu d’accueil de personnes sans-domicile “La moquette”, est décédé mardi 17 février. Le Secours Catholique Caritas-France souhaite rendre hommage à un homme dont la vie au service des plus pauvres aura été un exemple d’humanité et de fraternité. À cette occasion, nous republions le portrait de Pedro réalisé par Pierre Wolf Mandroux en mars 2014. Une façon de faire vivre pour toujours son souvenir et son engagement.

De retraite, il n’en est pas question. Le père Pedro Meca a beau avoir 78 ans, il a conservé toute sa vigueur et son énergie. « J’ai beaucoup joué au rugby », révèle le prêtre basque. On se prend à l’imaginer au poste de pilier, lui qui a passé sa vie au plus près des autres et n’a pas hésité à bousculer les dogmes.

Le 24 janvier, le remuant dominicain se trouvait en Navarre où il a reçu des mains de journalistes un prix pour son engagement social. « J’ai accepté de m’y rendre, à condition que l’on parle des gens avec qui et pour qui je travaille et non de moi. » Il suit en cela les préceptes de l’abbé Pierre, dont il était proche, et qui lui a dit un jour : « Passe la moitié de ta vie à être avec les gens, et l’autre à dire ce que tu fais. »

Tout au long de son existence, ce natif de Pampelune a co-fondé ou animé un nombre impressionnant d’associations pour les plus démunis. À partir de 1977, il travaille au Cloître, un bar parisien racheté par l’abbé Pierre et revendu en 1984. Il crée avec des amis InterLibros Solidarité France, une association qui envoie des livres à des enfants d’Amérique latine qui n’ont pas accès à la culture.

D’association en association

En 1992, il ouvre à Paris son emblématique “Moquette”. Dans ce lieu de convivialité et d’échanges, les “paumés” peuvent jouer le soir aux cartes, lire des journaux ou parler avec des intellectuels venus présenter leur dernier livre.

Pedro s’implique dans Dyna’MO, association d’insertion par le travail de personnes en difficulté, ou encore dans celle des Amis du bus des femmes, qui vient en aide aux prostituées. Son cheval de bataille reste la question du logement, qui l’a marqué dans sa chair lorsqu’il était enfant.

Né en 1935, il a été élevé jusqu’à ses 12 ans dans un logement sans eau courante ni toilettes par sa nounou, « ma maman ». Son père est mort quelques mois après sa naissance. Sa mère biologique, opposante à Franco et condamnée à mort, s’est réfugiée en France.

Garçon turbulent, Pedro fuit l’Espagne à 17 ans pour la France, où il rejoint sa mère et rencontre le monde des réfugiés républicains en situation de grande précarité. Le choc est terrible. « En Espagne, on nous enseignait qu’ils étaient pires que le diable, qu’ils avaient le couteau entre les dents. J’ai vu qu’on m’avait menti. » Il adopte dès lors cette liberté de pensée et de ton qui ne l’a plus jamais quitté.

Le militant contre Franco

Sa vie bascule à nouveau en 1956, lorsqu’il rencontre un soir un frère dominicain. « Il allumait sa pipe. Je me suis arrêté pour lui demander du feu. » Pedro discute avec lui, le revoit souvent. Et se décide à devenir prêtre, lui qui était jusqu’alors contrebandier et vivait de trafics de cigarettes ou d’alcool.

Pedro a depuis continué de flirter avec l’illégalité, au nom de la justice. « Je devance la future légalité », nuance-t-il avec un sourire. Son militantisme en faveur des Basques, persécutés sous Franco, lui vaudra d’être condamné à soixante-dix ans de prison. Mais il vit alors déjà en France.

Il sera amnistié à la mort du dictateur, puis de nouveau condamné en 1978 après la publication d’un dessin satirique faisant écho à son histoire. Pedro le décrit : « Une femme se penche sur le berceau d’un bébé. Elle lui demande : “Qui est ta maman ?” Il répond : “L’Espagne.” “Qui est ton papa ? – Franco.” “Que voudras-tu être plus tard ? – Orphelin !” »

Il ne se retrouvera qu’une fois derrière les barreaux, avant sa première condamnation et par accident. « La police m’avait confondu avec quelqu’un d’autre ! » s’esclaffe-t-il.

Interpeller le gouvernement sur le droit au logement opposable

La fibre révolutionnaire de cet homme marqué par les idées sociales du XIXe siècle, « et les Évangiles », ajoute-t-il, ne s’est pas usée. Dans les années 2000, il occupera des immeubles pour interpeller le gouvernement sur le droit au logement opposable. « Mettre des familles à la rue, c’est criminel. Et en plus c’est idiot : leur prise en charge ultérieure coûte plus cher à la collectivité. »

Pedro est également actif au sein des Morts de la rue, dont le Secours Catholique fait partie. Ce collectif s’engage à inhumer dignement les SDF décédés et à conserver leur souvenir. « La manière dont une société traite ses cadavres en dit beaucoup sur sa considération pour l’être humain », dit sombrement Pedro.

Lui-même sait qu’il continuera à se battre jusqu’à son dernier souffle. Cette perspective ne lui fait pas perdre son goût de la plaisanterie. Lorsqu’il croise la responsable des sœurs du couvent des dominicaines situé rue de Vaugirard à Paris, il lui lance : « Savez-vous pourquoi on a inventé la vieillesse ? Pour ne pas mourir jeune ! »

 

Repères biographiques :
- 1935 : naît à Pampelune, dans le Pays basque espagnol
- 1952 : fuit l’Espagne franquiste pour Bordeaux
- 1962 : est ordonné prêtre
-  1992 : fonde la “Moquette”

Pour aller plus loin

Contrebandiers de l’espoir, éd. Grasset et Poèmes de la nuit, éd. Cana 1997. Premier ouvrage, écrit par Pedro Meca, il narre ses rencontres avec les marginaux de la “Moquette”.

Pierre Wolf-Mandroux
Crédits photos: © Xavier Schwebel/Secours Catholique
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