Droits de l’homme : un festival cinéma pour créer du débat

Publié le 10/03/2014
France
 

Le Festival international du film des droits de l’Homme (FIFDH), évènement soutenu par le Secours Catholique, se tiendra du 11 au 22 mars à Paris et en région parisienne. Pour cette douzième édition, Jonathan Vaudey, responsable de la programmation, explique les choix de la sélection et les nouveautés du festival.

Comment sélectionnez-vous les documentaires que vous présentez lors de ce festival ?

Quelques mois avant le début du festival, nous lançons un appel pour qu’on nous envoie des films : des centaines nous arrivent par ce biais. Ensuite, nous faisons aussi un travail de recherche et nous sollicitons directement des producteurs et réalisateurs. Cette année, nous avons reçu 700 films long métrage et en avons sélectionné 22 pour le festival. Nous avons également cinq courts métrages. Sur l’ensemble nous présentons 13 films inédits en France.

Nous sélectionnons des productions autour de thématiques qui nous semblent importantes, thèmes que l’on retrouve notamment dans l’actualité. Cette année, nous avons voulu mettre l’accent sur la situation sociale et politique de l’Europe. La construction de la programmation, ainsi que les nombreux débats organisés autour, s’affine ensuite en fonction des films que l’on découvre : on s’adapte aux histoires ou situations que l’on ne connaissait pas et qui nous marquent lors des visionnages.

Pourquoi avoir choisi ce thème de la situation sociale et politique en Europe ?

L’actualité parle régulièrement de la crise économique, de crises sociales, d’une montée des xénophobies… On voulait reconnecter tous ces événements et ces débats avec la question des droits de l’homme. À quel moment la question des droits de l’homme surgit dans les réflexions sur ces actualités ? Alors qu’en France, on revendique un héritage spécifique avec ces droits, le discours des politiques correspond-il à cela ?

Là est le cœur du FIFDH : par les films documentaires et les rencontres-débats qui les accompagnent, interroger les droits de l’homme et questionner s’ils sont une notion figée ou évolutive aujourd’hui. On ne donne pas de réponse, on chercher à pousser à la réflexion.

Quel message voulez-vous faire passer ?

Le but initial du festival est de poser que le cinéma documentaire permet d’aborder des thèmes autrement que le font les médias. Nous n’avons pas seulement eu une attention sur le fond des sujets mais aussi sur la forme : avec un objet cinématographique réfléchi et pensé, on arrive vraiment à créer un intérêt, un échange.

Cela se ressent-il dans les chiffres de fréquentation ?

Sur les cinq dernières années, nous observons une augmentation constante d’édition en édition d’environ 5 à 10 %. L’an dernier, environ 4 600 personnes sont venues. Nous espérons rester sur cette lancée en travaillant à créer un maximum de dynamisme, faire venir des réalisateurs, mettre en place des propositions enrichissantes autour du festival.

Quelles sont les nouveautés du festival cette année ?

Pour la première fois, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) est partenaire de notre événement. Il offre un prix UNHCR – doté de 1 000 euros – qui sera décidé par un jury composé du représentant de l’organisme Philippe Leclerc, de la journaliste Caroline Brothers qui travaille pour l’International New York Times et du documentariste Jonathan Millet. Cinq films qui abordent la question des réfugiés et des demandeurs d’asile que nous avons sélectionnés sont en lice.

Depuis quelques mois, nous sommes aussi en relation avec un centre pour mineurs demandeurs d’asile, à Bussy-Saint-Georges. Nous avons rencontré les jeunes à trois reprises pour leur proposer des initiations à la technique documentaire et discuter de la programmation. Pendant le festival, ils rencontreront deux réalisateurs pour les interviewer et les filmer. Enfin pour la première fois, l’association Belleville en Vue(s) est partenaire. Grâce à elle, un documentaire sera projeté dans un centre accueillant des personnes en précarité.

Enfin nous avons surtout essayé de renforcer les dispositifs déjà présents lors du festival. Le projet avec la maison d’arrêt de Fleury-Merogis, qui permettait d’avoir un jury de détenus jusque-là, a pris de l’ampleur : nous avons montré dix films dans trois bâtiments de la prison, dont un réservé aux femmes. Les jurés, cinq hommes et deux femmes détenus, deux conseillers de probation et deux surveillants ont assisté à toutes les projections. Ils étaient accompagnés de 30 à 50 détenus qui pouvaient venir librement. À chaque fois, un débat avait lieu à la fin. On a l’impression parfois que c’est presque un festival à part entière. Et on espère que, comme l’an dernier, les jurés auront la permission de sortir pour venir remettre leur prix au Nouveau Latina.

Quelles ambitions pour l’avenir ?

Nous aimerions que le festival, tout en restant un rendez-vous fixe annuel, puisse travailler plus régulièrement durant l’année dans différents lieux. Depuis mai 2013, on a projeté un film par mois au Nouveau Latina, pour continuer à proposer des débats sur les droits de l’homme à travers un documentaire. On espère que cela essaime dans d’autres villes de France, comme cela peut se faire dans certaines délégations du Secours Catholique.

Nous avons aussi plusieurs projets internationaux qui se sont mis en place. En décembre 2012 à Madagascar et en mars 2013 en Tunisie, nous avons organisé des FIFDH. Les prochains pourraient être en Côte d’Ivoire et en Turquie. Chaque festival a alors son identité propre mais nous essayons de créer des ponts avec celui en France.

Note: L’affiche a été réalisée à partir d’un dessin original du caricaturiste syrien Ali Ferzat. Considéré comme l’un des plus grands dessinateurs de presse du monde arabe, Ali Ferzat a été récompensé par le prix Sakharov pour la liberté de pensée en 2011.

Sophie Lebrun
Homme levant les bras
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