Égypte : deux ans après la révolution, le pays est divisé

Publié le 25/01/2013
Egypte
 

Deux ans après la révolte populaire qui a contraint Moubarak à quitter le pouvoir, le pays est en proie aux divisions et subit une grave crise économique.

Alors que l’Égypte célèbre vendredi le deuxième anniversaire du début de la révolte populaire qui fit chuter Hosni Moubarak, les appels à manifester contre le président islamiste Mohamed Morsi se sont multipliés. Les mots d’ordre sont les mêmes qu’il y a deux ans : « pain, liberté, justice sociale ».

Vingt-quatre mois après la révolution, le pays est profondément divisé entre un pouvoir qui se prévaut de la légitimité des urnes et ses adversaires qui dénoncent l’émergence d’un système autoritaire dominé par les Frères musulmans.

Mohamed Morsi est le premier chef d’État égyptien issu d’un scrutin libre, et le premier islamiste à présider le pays. Dès son arrivée au pouvoir, il a promis de consolider la démocratisation. Ses adversaires l’accusent de privilégier l’idéologie islamiste sur l’intérêt général. « Les réformes attendues sur l’administration, la corruption, la police, la fiscalité, l’enseignement, la santé se font toujours désirer. Le gouvernement donne l’impression de passer plus de temps à asseoir son pouvoir qu’à autre chose », résume Bernard Flichy, bénévole au département Moyen-Orient du Secours Catholique.

Constitution controversée

C’est en novembre dernier que les principales forces d’opposition ont commencé à se structurer en créant le Front du salut national. L’objectif : protester contre le projet de nouvelle Constitution voulue par le président Morsi. Le texte, soumis à référendum en décembre, a finalement été approuvé par 63,8 % des voix exprimées, sur fond de crise politique.

Le bras de fer entre le gouvernement et ses opposants portait notamment sur les liens entre islam et État. Les auteurs du texte ont conservé la formulation de la précédente Constitution, selon laquelle les principes de la charia sont la principale source du droit… tout en précisant que ces principes doivent être interprétés selon la doctrine sunnite, ce qui limite toute autre interprétation plus progressiste.

Le statut de la femme connaît un réel recul avec l’annulation de toute référence à « l’égalité hommes-femmes » au profit de la notion plus vague d’« égalité entre tous les Égyptiens ». « Nous sommes également inquiets concernant la liberté d’association et la place de la société civile, dont rien n’est dit dans la Constitution », souligne Séverine Laville, responsable adjointe du département Moyen-Orient au Secours Catholique.

Pour autant, « il ne faut pas oublier que la révolution n’a que deux ans et que le pays sort de soixante ans de régime autoritaire, rappelle Séverine Laville. L’Égypte a avancé sur la voie de la démocratie, et les citoyens se sont saisis de la liberté d’expression : ils manifestent, protestent, s’opposent. »

Au-delà des tensions politiques, les Égyptiens subissent une grave crise économique : le tourisme est en berne, les investissements étrangers se sont effondrés, et le déficit budgétaire s’est dangereusement creusé. Quant à la monnaie nationale, elle est à son niveau le plus bas face au dollar.

Des discussions avec le Fonds monétaire international sont en cours pour l’obtention d’un prêt de 4,8 milliards de dollars. Mohamed Morsi va devoir adopter les mesures d’austérité exigées par le FMI – notamment la baisse des subventions d’État aux carburants ou à des produits alimentaires – au risque de s’aliéner encore davantage une partie de la population.

 

Marina Bellot
© Jonathan Rashad/Secours Catholique
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