« Exploiter les ressources naturelles péruviennes en respectant l’environnement et l’homme »

Publié le 29/05/2014
 

Premier producteur mondial d’argent, deuxième pour le cuivre et le zinc, cinquième pour l’or, le Pérou est l’un des plus importants fournisseurs de minerais dans le monde. Une manne extraordinaire, source de conflits entre des multinationales et des habitants souvent traités comme des sous-citoyens, s’insurge Sintha Marché, chargée de projets Colombie/Pérou au pôle Amérique latine et Caraïbes du Secours Catholique.

Vous revenez d’une mission au Pérou où vous avez abordé, entre autres, la question des industries extractives. Pour la population, quels sont les défis à relever dans ce domaine ?

Le droit à la consultation préalable des peuples indigènes – loi promulguée en septembre 2011 par le président Humala – est le premier défi à relever. Car il n’est pas du tout appliqué dans le pays, aussi bien, par exemple, dans les communautés andines, au sud, que dans les communautés amazoniennes, au nord. Quelle déception ! La société civile fait pression auprès des autorités pour que ce droit devienne effectif.

Une organisation territoriale permettant de distinguer des zones agricoles, des zones minières et des zones “protégées” est le second défi. La société civile n’est pas hostile à l’exploitation des ressources naturelles. Mais elle demande que cela se fasse en respectant l’environnement et les hommes (c’est-à-dire en partageant les revenus issus des richesses du sous-sol).

Les conflits sociaux liés à l’exploitation de l’or, du cuivre… semblent se multiplier. L’avez-vous constaté sur place ?

Oui. À l’image de ce qui se passe à Morococha, une mine de cuivre à 140 kms à l’est de Lima (officiellement ouverte depuis décembre 2013) exploitée par l’entreprise chinoise Chinalco. Celle-ci a fait pression sur les habitants de la ville de Morococha en leur délivrant, en somme, ce message : « Vous quittez les lieux et nous vous offrons une nouvelle cité, de nouvelles maisons et des emplois. » De fait, le nouveau site est bâti à plus de 4 000 m d’altitude dans une zone marécageuse. Il n’offre aux familles ayant déménagé qu’un urbanisme terne où domine le béton et des maisons toujours identiques - malgré les tailles différentes des familles - à côté desquelles il est impossible d’avoir une basse-cour et un jardin potager, activités essentielles à l’alimentation des ménages.

Plus préoccupant : tous les habitants auxquels l’entreprise avait promis un emploi n’en ont pas… Pendant ce temps, dans l’ancienne ville, l’électricité a été coupée et la terre tremble tous les jours en raison du chantier minier tout proche.

La loi oblige aujourd’hui les entreprises à réaliser une Étude d’impact environnemental et social (EIES) avant de lancer des exploitations gazières, pétrolières, ou minières. Dans quelle mesure la loi, là encore, est-elle respectée ?

Ce sont souvent les entreprises elles-mêmes qui réalisent l’étude ! Le problème est là. Cela signifie que, la plupart du temps, la mesure de ce double impact n’est pas effectuée de manière approfondie et transparente. On n’avance donc pratiquement pas sur cette question. Les autorités péruviennes ne prennent pas vraiment conscience de l’urgence environnementale et du besoin d’un développement durable accessible à tous.

Yves Casalis
Crédits photos: © Elodie Perriot/Secours catholique
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