Grèce : le peuple veut garder l’euro sans l’extrême rigueur

Publié le 18/05/2012
Grèce
 

Sans véritable gouvernement faute de majorité parlementaire, la Grèce s’enfonce dans la crise et attend avec angoisse les élections législatives de juin. La Caritas grecque, jusqu’ici accaparée par le problème des migrations, concentre désormais toute son énergie à aider des centaines de familles grecques précipitées brusquement dans la pauvreté et l’exclusion.

La situation est confuse. Tandis que l’hypothèse d’une sortie du pays de l’euro est de plus en plus évoquée dans les milieux financiers (avec arrêt consécutif de la perfusion monétaire de l’Union européenne), la population montre, elle, son attachement à la monnaie unique.

Les Grecs craignent une sortie de la zone euro. Cela malgré l’extrême rigueur que leur imposent les autorités européennes et le Fonds monétaire international en échange des 148 milliards d’euros prêtés à la date du 15 mai. Rigueur à laquelle les Grecs s’opposent.

Craintes pour les salaires de juillet

Devant la perspective d’une sortie de l’euro, « la population a très peur que l’État n’ait plus de liquidités pour payer les salaires et les pensions en juillet si les versements de l’UE s’arrêtent », observe Begoña Castiella Kalliga, bénévole au centre des réfugiés de la Caritas grecque à Athènes et correspondante en Grèce d’un grand quotidien espagnol. « Pire encore pour les personnes défavorisées – un Grec sur trois – ou au bord de la pauvreté : si l’État arrête de les secourir, ce sera pour elles une catastrophe », renchérit Begoña Kalliga.

Seuil de pauvreté et exclusion sociale

Jusqu’ici, la Caritas grecque concentrait ses efforts en direction des migrants et des réfugiés, même si elle aidait quelques familles dans le besoin. Aujourd’hui, devant la violence de la récession que connaît le pays, Caritas assiste des centaines de familles et de personnes âgées grecques passées sous le seuil de pauvreté et frappées d’exclusion sociale. Les raisons en sont le chômage qui ne cesse de croître, le déclin des pensions de retraite et des salaires, l’accroissement des impôts et du prix des biens et des services.

Raréfaction des dons privés

Les Caritas diocésaines de Grèce aident du mieux qu’elles le peuvent ces nouveaux pauvres avec des ressources limitées provenant de dons privés qui, eux aussi, se font plus rares. Les paroisses distribuent de la nourriture et tentent de venir en aide pour les dépenses incontournables que constituent les soins médicaux, les loyers, les factures d’électricité et d’eau…

Banques à court d’argent

Par ailleurs, « une sortie de l’euro se traduirait, précise Begoña Kalliga, par de grandes difficultés pour acheter à l’étranger les produits essentiels dont les Grecs ont besoin : médicaments, pétrole, matières premières… Et la recapitalisation des banques n’ayant pas été faite après la dévalorisation de 50 % de leurs créances (avec celles de l’ensemble des créanciers privés de la Grèce), elles sont à court d’argent. Leurs clients vident leurs comptes par crainte de tout perdre », observe Begoña Kalliga. En effet, un vent de panique souffle sur le pays : depuis une semaine plusieurs millions d’euros sont retirés chaque jour des distributeurs de billets par les particuliers.

Salaires en retard

Les Grecs n’auraient donc d’autre choix que d’étouffer pour survivre. « Toutes les familles sont confrontées à une baisse de 30 % de leurs revenus, les subventions aux jardins d’enfants sont coupées et le coût des gardes dépasse le salaire des femmes ; le salaire minimum a été réduit à 400 € et les salaires sont payés avec retard dans le secteur privé », constate Begoña Kalliga.

Mesures de croissance espérées

Lueur d’espoir, François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel se sont dits le 15 mai prêts à réfléchir à de nouvelles « mesures de croissance » pour relancer l’économie grecque écrasée par la dette et le plan de rigueur de ses sauveteurs.

« Les Grecs souhaitent, eux, que l’on ferme les entreprises d’État qui perdent de l’argent, que l’on remette en cause les professions protégées qui renchérissent le coût de la vie – taxis, transporteurs de produits pétroliers, pompes funèbres… – plutôt que d’aller à la facilité en baissant le salaire minimum », soutient la bénévole de Caritas.

François Tcherkessoff et Jacques Duffaut
crédit : Thomas Padilla/Maxppp
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