Jacques, bâtisseur de pont entre les hommes

Publié le 07/12/2012
Paris
 

Jacques a vingt-cinq ans de présence au Secours Catholique. Ce bénévole dans un accueil de jour du 17e arrondissement de Paris fut bâtisseur de ponts. Aujourd’hui, il bâtit des liens avec les plus démunis. Bénévoles, salariés, personnes accueillies… Régulièrement, des acteurs du Secours Catholique prennent la plume et témoignent de leurs histoires, passées ou présentes.

Ça se passe en 1986, à l’heure de la retraite. Après quelques après-midi sur le canapé, Jacques ne tient plus en place : « Il faut que je fasse quelque chose ; ça ne peut pas durer. »

Une opportunité, le Secours Catholique organise une journée « portes ouvertes » et Jacques s’intègre dans une équipe chargée du montage d’un accueil social à Paris, rue Ballu, avec tous les éléments nécessaires : formation, installation, communication…

Une bonne expérience pour cet ancien travailleur dans le bâtiment, qui lui permet à la fin de 1987 d’intégrer l’accueil de jour de Compassion, créé en 1985, ouvert deux jours par semaine. Il en assume finalement la responsabilité avec une équipe de quatre bénévoles, le mardi, de 8 heures à 16 heures. Ce lieu reçoit en moyenne une trentaine de personnes par jour pour un moment de réconfort.

« Ici, tout le monde fait quelque chose », déclare Jacques. L’espace dispose d’équipements permettant de retrouver un minimum de confort matériel : machines à laver le linge et sécheuses, douches avec serviettes, rasoirs jetables, téléphone, jeux de société… Les personnes accueillies préparent les repas, font la vaisselle, entretiennent les locaux. Et puis à 16 heures, tout le monde repart vers sa destinée : squat, petite chambre… ou jardin public.

Les victuailles des repas sont fournies par des bénévoles comme les paroissiens de l’église voisine et du temple de l’Étoile, ainsi que les filles du lycée Sainte-Marie de Neuilly sur leurs propres économies.

Au-delà du repas partagé, que se passe-t-il ?

Les bénévoles aident ces visiteurs d’un jour dans leurs démarches administratives : déclaration relative à l’impôt sur le revenu, conseil juridique, accompagnement chez l’assistante sociale, visite à l’hôpital, accompagnement, et parfois jusqu’à la fin de vie. Les bénévoles sont aussi à l’écoute des problèmes des accueillis par des échanges informels. « On leur donne, ils nous donnent beaucoup, déclare Jacques. Il faut capter leur confiance. S’ils ne viennent plus, le plus souvent, c’est qu’ils sont recasés. Ils nous donnent de leurs nouvelles. De plus, ils tissent des liens entre eux. »

Le profil des accueillis : très peu de jeunes, des hommes de 50-55 ans, divorcés, célibataires… « On les aide à vivre en leur apportant chaleur et amitié, explique le bénévole. Comment voulez-vous qu’ils trouvent du boulot à leur âge ? »

Jacques se souvient de quelques personnes « accueillies » pendant ces longues années :

Michel, 30 ans, huit ans de prison. Un autre accueilli lui trouve un emploi saisonnier en Corse dans la restauration. À son retour en région parisienne, il trouve un travail de serveur sur les bateaux-mouches.

Mohamed, venant de Strasbourg, sans papiers. Pendant trois mois, il vient sans parler… Son métier, comptable. Un jour, il disparaît. Puis, un appel téléphonique : « Je travaille, puis-je venir ? Vous m’avez bien soutenu et aidé. » Il vient nous rendre visite la semaine d’après, avec une cartouche de cigarettes !

Jean, 56 ans, au chômage après la fermeture de son entreprise de gardiennage. Un bénévole qui apporte des repas lui trouve un emploi temporaire de veilleur dans une usine d’Ivry, juste le temps d’attendre l’âge de la retraite… et de devenir bénévole à son tour.

Pas étonnant que certains, au hasard de leurs déplacements, viennent prendre un café à la Compassion, « pour prendre un peu de chaleur et repartir chercher du boulot », raconte Jacques. Malheureusement, il constate aussi des échecs. Il existe des gens qui retombent systématiquement : jeu, alcool.

Et pourtant notre bénévole de 84 ans, qui ne pense pas à raccrocher, simplement à se faire épauler, garde la foi : « On reste vif ; le mardi matin, je me lève tôt et quand je repars dans l’après-midi, jamais on ne pourrait penser que trente personnes ont séjourné et déjeuné ici. On voudrait tellement qu’elles puissent réintégrer le milieu social. »

Retrouvez toutes les actions du Secours Catholique de Paris sur son site web et devenez, à votre tour, bénévole aux côtés de Jacques.

crédit : Xavier Schwebel/Secours Catholique
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