Jeunes : à la rencontre de l’interreligieux dans le monde

Publié le 28/04/2014
 

Ces huit derniers mois, cinq jeunes Français ont fait le tour du monde des initiatives interreligieuses, soutenus par le Secours Catholique. Victor l’athée, Josselin l’agnostique, Ismaël le musulman, Ilan le juif et Samuel le chrétien sont allés à la rencontre de 400 personnes et, comme l’annonce Samuel, ils se préparent à un tour de France pour partager leurs rencontres.

Quel était le but de ce tour du monde interreligieux ?

Nous voulions rencontrer des gens actifs dans l’interreligieux. Engagés dans l’association française Coexister, nous souhaitions découvrir cette réalité dans d’autres pays. Mais être “actifs dans l’interreligieux” ne se vit pas de manière uniforme : ainsi, nous avons rencontré des membres de la société civile rassemblés en association, des salariés de gouvernement, des religieux… Tout comme nous avons été en contact avec des personnes mobilisées dans une multitude de domaines : la santé, le développement, l’éducation, la théologie… Plusieurs Caritas ou partenaires de celles-ci nous ont d’ailleurs reçus.

À chacune de nos rencontres (plus de 430 en tout !), nous commencions par expliquer que nous n’étions pas là pour mettre en avant nos idées mais bel et bien pour les écouter et connaître leur vision. L’échange pouvait durer une heure durant laquelle nous les filmions en leur posant des questions.

Que ressort-il de ces nombreux échanges ?

Le premier trait caractéristique est qu’à l’exception des pays européens sécularisés, il existe un champ interreligieux. C’est-à-dire que partout ailleurs que chez nous, c’est un domaine d’activité, un aspect de l’action sociale, un thème de société et un enjeu débattu dans les journaux ou sur les chaînes TV par les hommes politiques.

Ensuite, le concept de “tolérance” est unilatéralement condamné, jugé insuffisant, passif, mou, au profit de termes comme le respect, la coexistence active, le vivre-ensemble ou encore la cohésion sociale.

Enfin, j’ai été marqué de constater un désintérêt croissant pour le dialogue interreligieux stricto sensu, c’est-à-dire le dialogue de fond sur la théologie, la spiritualité. À la place, la majorité lui préfère l’action commune. Cela m’a d’autant plus étonné qu’il n’y a quasiment pas d’athée dans l’interreligieux au-delà de quelques pays d’Europe.

Le rôle des athées a-t-il été un aspect important des discussions ?

En effet, c’est d’abord l’un des points divergents entre deux courants de l’interreligieux. Les athées peuvent-ils être engagés dans un dialogue interreligieux ? Pour les uns, ils ont leur place car l’interreligieux est perçu comme un levier de dialogue social. Être athée est alors vu comme une identité religieuse à part entière. Pour les autres, l’interreligieux doit permettre de dialoguer sur la foi et la croyance. Or les athées n’ayant pas de vision transcendantale, ils ne peuvent avoir leur place que dans le dialogue extra-religieux.

Les deux associations phares sur cette question au niveau mondial reflètent ces deux visions, même si elles ont la même finalité (une unité dans l’action) : United Religions Initiative, fondée par des groupes locaux soucieux de se coordonner, fait une place aux athées ; Religion for Peace, qui rassemble des leaders religieux, très peu.

Comment Victor, votre voyageur athée, a-t-il été reçu ?

Tous nos interlocuteurs, quasiment, rencontraient un athée pour la première fois. Hors de quelques pays d’Europe, de l’Uruguay et de l’Australie, c’est un paradigme de société que “Dieu est”. Josselin, agnostique, a eu moins de questions car son positionnement est “je ne sais pas qui est Dieu”. Mais dire “Dieu n’est pas” est pour certains inconcevable, même si cela n’a jamais suscité de malveillance.

Quelle vision de la France vos interlocuteurs avaient ?

Dans nos conversations, deux sujets revenaient constamment : la laïcité à la française, et surtout une vision très partagée que notre pays est islamophobe. Très souvent, les gens étaient convaincus que les musulmans n’avaient pas le droit de porter le voile dans la rue. Ismaël témoignait alors de sa pratique de l’islam en France. Nous ne manquions pas quand même de souligner les discriminations que nous constatons.

Comment voyez-vous l’avenir de l’interreligieux ?

La progression actuelle est flagrante ! Les associations que nous avons rencontrées sont très dynamiques, et pour la plupart récentes, souvent créées dans les dix dernières années. Elles sont tellement jeunes et nombreuses que les chercheurs les connaissent peu. Pourtant, elles sont la manifestation visible que l’interreligieux est un champ à part entière. Maintenant, l’enjeu à l’avenir est de rassembler les forces vives et de mieux nous mettre en lien. Ensuite, il faut que les instances mondiales – l’Onu, l’Unesco – positionnent officiellement l’interreligieux comme une problématique internationale incontournable. En reconnaissant l’Interfaith Harmony Week, les Nations unies ont déjà fait un premier pas.

Quelles ont été vos plus grandes surprises lors de ce voyage ?

Mon principal choc des cultures a été en Asie. Rencontrer des gens convaincus par la réincarnation, cherchant à connaître leur “vie d’avant” m’a déconcerté. Leur vision du monde, leur façon de penser me sont apparues très éloignées de moi. J’ai compris à quel point le monothéisme nous unit.

Mon meilleur souvenir reste avec l’association All Together en Bosnie. De jeunes serbes bosniaques et croates, dont les parents se sont entretués pendant la guerre, mènent des projets d’action sociale ensemble. J’ai été décontenancé par ce jeune Bosniaque, musulman, qui a vu son beau-frère et son père tués sous ses yeux par des Serbes, travailler aujourd’hui avec eux. Il nous a dit : « Je n’ai pas assez de place dans mon cœur pour avoir de l’amour pour Dieu et de la haine pour les hommes. »

La proximité géographique, historique – j’étais né pendant cette guerre qui a fait 200 000 morts – et culturelle a peut-être joué mais je pense que si la Bosnie arrive à se sortir de cette lutte fratricide, elle peut être un exemple pour le monde entier.

Quels sont les projets pour faire vivre l’Interfaith Tour maintenant ?

Nous allons faire un tour de France du 5 mai au 29 juin, avec 60 conférences dont plusieurs dans des délégations locales du Secours Catholique. Nous partons en bus avec une exposition photos et des activités sur l’interreligieux pour tous les publics, notamment les jeunes. Nous allons aussi sortir un livre commun sur les 100 initiatives qui nous ont le plus marqués.


Conférences d’Interfaith Tour prévues dans le réseau du Secours Catholique :

- Jeudi 8 mai à Évry, à la délégation du Secours Catholique de l’Essonne.
- Vendredi 20 juin à Nîmes, à la délégation du Secours Catholique du Gard.

>> Pour retrouver tout le programme du tour de France d’Interfaith Tour ainsi que les nombreux articles et vidéos de leur voyage, rendez-vous sur www.interfaithtour.com

Sophie Lebrun
© Interfaith Tour
Procession de Lourdes
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