La difficulté d’être mère en prison

Publié le 21/09/2012
France
 

Sorti en salles le 12 septembre dernier, le film Ombline raconte le combat d’une prisonnière pour garder son fils auprès d’elle au-delà des dix-huit mois prévus par la loi. Occasion de revenir sur cette question délicate avec Manon Villeneuve, volontaire au département prison-justice du Secours Catholique. L’association accompagne les femmes pendant leur détention, et notamment dans leur maternité.

Le film de Stéphane Cazes dépeint un système pénitentiaire très brutal, qui devient même cauchemardesque pour l’héroïne. Est-ce la réalité de la prison aujourd’hui ?

L’objectif premier du réalisateur était effectivement de montrer la réalité. Il s’est inscrit dans une démarche de long terme, s’est énormément documenté, a rencontré des femmes en détention et a même tourné une partie des scènes en prison. Au final, le réalisateur dépeint une réalité brutale, mais sans tomber dans la dénonciation. Le film a le grand mérite d’aborder la question de la maternité en prison, peu connue du grand public, et de montrer les détenues mais aussi le personnel pénitentiaire avec un regard profondément humain. On y voit la complexité des relations qui s’y nouent, entre le cadre très strict qu’impose la détention et l’humanité et les émotions de chacun.

La maternité est pour Ombline un chemin vers l’apaisement et la réconciliation avec elle-même. Les conditions de vie en prison permettent-elles aux mères de nouer un lien profond avec leur enfant ?

Le cadre physique très froid et très dur de la prison n’est pas adapté à la maternité, et cela a évidemment des influences néfastes sur la construction du lien entre la mère et son enfant. Mais en même temps, la prison n’arrive pas à tout prendre de cette relation. Quand Ombline raconte une histoire à son fils, c’est un moment de douceur et d’intimité universel, que vivent toutes les femmes, en prison ou non. À la fin du film, Ombline sort de prison et retrouve son enfant qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années : le lien qu’ils ont réussi à construire en détention est intact.

Quelle aide peuvent apporter des associations comme le Secours Catholique ?

Le Secours Catholique accompagne les femmes de différentes manières. Des équipes préparent les retrouvailles de la mère avec l’enfant à la sortie de prison, en la soutenant psychologiquement pendant la détention, mais aussi en l’accompagnant dans la relation qu’elle noue avec son enfant dans les moments de permission. Le plus difficile est de lui donner confiance en sa capacité d’être mère. Le Secours Catholique s’occupe aussi de l’accueil des enfants au moment de la séparation avec leur mère, à 18 mois, en les confiant à des familles bénévoles. En ce moment, nous sommes également en train de monter en Seine-et-Marne un projet de prise en charge des enfants de moins de 18 mois, pour leur permettre de sortir ponctuellement de prison.

Marina Bellot
© ZED
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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