La précarité des travailleurs saisonniers

Publié le 16/08/2017
Landes
La précarité des travailleurs saisonniers
 

Chaque année, confrontées à la précarité, de nombreuses personnes de nationalités diverses cherchent un travail saisonnier en France pour pouvoir joindre les deux bouts. À travers ses accueils de jours et ses boutiques solidaires, le Secours Catholique rencontre et accompagne ces travailleurs itinérants.

À Castets, dans les Landes, l’accueil de jour du Secours Catholique est au centre du village, près de la mairie. À la même adresse se tient la boutique solidaire où les travailleurs saisonniers peuvent acheter des bottes, des pantalons et des cirés. Car entre avril et juin, la météo est imprévisible et la récolte des carottes et des asperges peut se faire sous la pluie.

Parmi les bénévoles de l’accueil de jour, Gregoria parle couramment espagnol. Un détail bien pratique. En effet, la plupart des travailleurs saisonniers viennent de la communauté autonome de Murcie, au sud-est de l’Espagne.

Originaires pour la plupart du Pérou, de Colombie ou d’Argentine, ils peuvent échanger dans leur langue maternelle autour d’un café chaud. « Ils viennent souvent travailler en couple, parfois seuls », constate Gregoria.

Lorsqu’ils parlent de l’Espagne, raconte la bénévole, c’est pour regretter de ne pouvoir se fixer durablement dans un emploi. Faire les saisons leur permet de joindre les deux bouts. Et venir travailler en France présente l'avantage d’être mieux payés : 10 à 11€ de l’heure contre 4 à 5€ de l’autre côté des Pyrénées.

L’Annuaire 2017 de l’emploi saisonnier dans les Landes liste les employeurs qui proposent de nourrir ou de loger leurs employés. À défaut d’un hébergement sur place, « certains travailleurs, souvent des jeunes, louent un espace où planter leur tente », précise Gregoria, quand ils ne dorment pas dans leur voiture.

Enfants

L’Association Nationale de l’Emploi et de la Formation en Agriculture (ANEFA) présente le travail saisonnier comme une activité attrayante : « un travail en plein air » ; « la possibilité de diversifier son métier en passant d’une exploitation à une autre » ; « une expérience qui peut se révéler très utile ».

Mais la réalité constatée par les équipes du Secours Catholique est moins reluisante. Le photographe Olivier Jobard avait déjà su rendre compte de la situation quotidienne de ces « Oubliés de nos campagnes » qui devaient quitter leur famille pour un exil de plusieurs mois en France.

Voir aussi : le travail du photographe Olivier Jobard, « Oubliés de nos campagnes »

À Castets, Gregoria retrouve Elena, veuve argentine, qui, faute d’un travail suffisamment rémunérateur, abandonne tous les ans ses cinq enfants à sa sœur restée en Espagne, pour venir dans les Landes.

Edwige et Kevin, un jeune couple de saisonniers Français, se déplacent eux avec leur fille de presque deux ans, Margaux. Ils vivaient dans leur voiture jusqu’à ce que le Secours Catholique leur trouve un deux pièces au rez-de-chaussée d’un immeuble au centre de Castets.

Mobilité

À Dax, les travailleurs saisonniers rencontrés à la permanence du Secours Catholique sont souvent sans domicile fixe. « Ils se tournent vers ces emplois car ceux-ci n’exigent pas de formation particulière », remarque Yvelines, animatrice au Secours Catholique. C’est aussi souvent une opportunité, pour des personnes vivant dans des conditions très précaires, d’être logées par les employeurs eux-mêmes, parfois gratuitement.

Contrairement à Castets, Dax est éloignée de plusieurs kilomètres des exploitations agricoles. Se pose alors, pour les saisonniers, le problème du coût de transport. Pour appuyer Bruno, un jeune Portugais, dans ses démarches, le Secours Catholique de Dax l’a aidé à financer ses déplacements afin qu’il puisse se rendre aux entretiens de recrutement. L’association lui a aussi donné la possibilité d’améliorer son français.

« L'idée de l'équipe est de permettre un retour vers l'emploi, aussi court soit-il, précise Yvelines. Et donc d'encourager toutes les démarches. »        

François de Laboulaye
Crédits photos : ©Olivier Jobard
Jeune homme réparant un ordinateur
Plus d'informations
Emploi, Insertion, Microcrédit
# sur le même thème