La Réunion : les émeutiers du désespoir

Publié le 24/02/2012
Réunion
La Réunion : les émeutiers du désespoir
 

Pour la troisième nuit consécutive, l’île de La Réunion était secouée, vendredi, par des violences contre la vie chère. Les affrontements entre petits groupes de jeunes et forces de l’ordre ont pris le pas sur les saccages et les pillages des nuits précédentes. Le Secours Catholique demande que l’on se penche sur la désespérance qui est à l’origine de ces troubles. Une table ronde sur la vie chère se tient ce vendredi à la préfecture.

En déplacement à La Réunion, Bernard Thibaud, le secrétaire général du Secours Catholique, souhaite que l’on regarde avant tout les causes du soulèvement populaire. « Avec un taux de chômage de 30 % - 50 % chez les jeunes – et la moitié des 800 000 Réunionnais sous le seuil de pauvreté –, comment assumer des loyers aussi chers à Saint-Denis que dans la région parisienne, et la hausse du coût de l’énergie et des produits alimentaires en grande majorité importés de métropole ? », questionne-t-il.

« Les voitures sont 20 % plus chères qu’en métropole », ajoute la déléguée du Secours Catholique, Germaine Bourdais. Dans ces conditions, Laurent, 34 ans, devait en juillet se rendre en bus à son travail, dans un établissement de restauration rapide situé à 30 km de chez lui. Et les horaires de ce transport ne correspondaient pas avec son emploi du temps…

Population exaspérée

L’essence sans plomb coûte 1,67 euros le litre, plus cher qu’en métropole. C’est le carburant qui a mis le feu aux poudres. Les routiers ont réclamé une baisse du prix du gazole, et bloqué le seul dépôt de carburant de La Réunion. La population elle-même exaspérée par la hausse du coût de la vie leur a prêté main-forte.

Les jeunes du Chaudron, quartier de Saint-Denis fortement touché par le chômage, ont alors déclenché les émeutes, le 21 février. Les violences se sont poursuivies au Chaudron dans la nuit de jeudi à vendredi.

Table ronde sur la vie chère

Les Réunionnais sont maintenant suspendus à la table ronde sur la vie chère qui doit réunir vendredi autour du préfet les présidents des assemblées locales et des chambres consulaires, les associations de consommateurs, les sociétés pétrolières et les professionnels de la route.

Déjà le président de la Région laisse espérer une baisse de 5 centimes du prix de l’essence et le conseil général envisage le gel des loyers des bailleurs sociaux ainsi qu’un tarif social pour l’énergie domestique et la téléphonie. Les partis politiques de gauche demandent, eux, une « prime de vie chère » de 200 euros mensuels ou l’alignement des prix des produits de consommation courante sur ceux de la métropole.

Stagnation économique

Jusqu’à présent, les hommes politiques ont prôné le développement d’une économie locale mais sans rien proposer pour la mettre en œuvre, tempérait par avance le père jésuite Stéphane Nicaise lors de sa rencontre en juillet avec l’envoyé spécial du journal Messages.

Soutien budgétaire aux familles

Le Secours Catholique de La Réunion tente de pallier cette carence auprès des plus démunis. Il aide les familles à accéder à leurs droits pour leur permettre de redresser leurs budgets écrasés entre RSA et charges locatives, notamment. Parmi ces ménages se trouvent de nombreuses familles monoparentales particulièrement fragilisées. Elles représenteraient 24,2 % de l’ensemble des familles, moitié plus qu’en métropole.

Potentiel de développement

Il existe des solutions pour un vrai développement, comme la nécessaire construction de 2 500 logements par an pour faire face aux besoins d’une population en expansion, plaide le secrétaire général du Secours Catholique. Cela créerait des emplois dans le bâtiment, notamment pour les jeunes, considère-t-il. Le développement des énergies vertes et durables est à ses yeux une autre piste.

À cela s’ajoute une nature riche en produits agricoles d’exportation : canne à sucre, vanille, huile essentielle de géranium… Mais le potentiel de développement de l’île reste malgré tout limité, ce qui risque de pousser les jeunes à quitter l’île pour la métropole ou même le Québec ou l’Australie, comme le font certains.

Les jeunes Réunionnais n’ont pourtant pas envie de partir. « Ils souffrent d’un complexe d’infériorité, ils n’osent pas s’imposer », confiait en juillet Éric Jardinot, du Secours Catholique, à l’envoyé spécial de Messages. D’où l’effort d’accompagnement aujourd’hui souhaité par le secrétaire général du Secours Catholique en faveur de ceux qui seraient contraints au déracinement.

 

François Tcherkessoff (avec AFP)
Crédits photos : ©Élodie Perriot/Secours Catholique
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