La traite des êtres humains, une réalité encore méconnue et sous-estimée

La traite des êtres humains, une réalité encore méconnue et sous-estimée

Publié le 05/02/2016
France
 

Pour la première fois, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a publié le 10 mars un rapport d'évaluation de la lutte contre la traite et l'exploitation des êtres humains en France. Dans ce document, la CNCDH, avec l'aide du Secours Catholique, évalue l'ampleur en France de la traite des êtres humains et l'impact des mesures mises en oeuvre en 2014 par le gouvernement pour la faire reculer et l'éradiquer. 

Dans son premier rapport d'évaluation sur la traite et l'exploitation des êtres humains en France, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) affirme que dans notre pays des femmes, des hommes, des enfants sont réduits en esclavage domestique, se retrouvent en situation de travail forcé, sont contraints à mendier, à se prostituer ou à commettre des actes de délinquance.

Le phénomène n'est pas nouveau mais il prend de l'ampleur. Aiguillonné par la société civile et notamment par le collectif Ensemble contre la traite (créé à l'initiative du Secours Catholique),  en 2014 le gouvernement a finalement mis en place un Plan d'action national. Mais deux ans après, la CNCDH juge insuffisants les moyens humains, techniques et financiers déployés pour mettre en oeuvre ce plan dont l'une des trois priorités était de faire de cette lutte une politique publique à part entière.

Les moyens financiers, estime la CNCDH, sont d'abord nécessaires pour former les personnels les mieux à même d'identifier les victimes de traite, mettre ensuite les victimes à l'abri de leurs exploiteurs et les accompagner vers une véritable réinsertion. Quant aux mineurs, insiste l'institution, tous doivent être considérés comme victimes et non comme « délinquants » ou « migrants irréguliers ».

 

Accéder au site du collectif Ensemble contre la traite des êtres humains

 

Rapport sur la lutte contre la traite et l'exploitation des êtres humains

La traite des êtres humains revêt des formes diverses : prostitution, esclavage domestique, travail forcé, exploitation de la mendicité... La CNCDH constate qu’elle reste une réalité méconnue. Évaluant la mise en œuvre du plan d’action national contre la traite des êtres humains élaboré par le gouvernement en mai 2014, l'institution juge les résultats insuffisants.
Télécharger le rapport
 

Le cas préoccupant des mineurs exploités

Alors que le 8 février l'Église catholique célèbre la Journée mondiale de prière contre la traite des êtres humains, le Secours Catholique-Caritas France s’inquiète du cas des mineurs victimes de la traite, notamment en France.

Pour Geneviève Colas, responsable de la Lutte contre la traite des êtres humains au Secours Catholique : « L'État français se dédouane de la question de la traite des mineurs en expliquant que la France a intégré dans son corpus législatif la Convention internationale des droits de l’enfant. Mais on se rend compte qu'en France, les enfants victimes de traite ne sont pas repérés ni identifiés, et encore moins accompagnés comme ils devraient l’être. »

Dans un rapport publié en février 2015 sur l’application en France de la Convention internationale des droits de l’enfant, le collectif d'associations Ensemble contre la traite des êtres humains pointe du doigt les nombreuses insuffisances françaises.

Alors que l’État a l’obligation de scolariser, d’héberger et de soigner les mineurs isolés, le collectif dénonce l’évacuation de squats ou de bidonvilles, sans proposition de relogement et de prise en charge.

Les mineurs isolés poussés à commettre des actes de délinquance sont avant tout des victimes.

Les associations accusent également les autorités de sous-évaluer le phénomène de la traite des mineurs étrangers en France.

Elles l'expliquent par deux biais : une tentation de l'administration, via l'utilisation de tests osseux - dont la fiabilité est pourtant contestée - à considérer les jeunes étrangers sans papiers comme des adultes afin de ne pas avoir à les prendre en charge ; et un choix délibéré de considérer comme délinquants, et non pas comme victimes, les mineurs étrangers isolés poussés à commettre des actes de délinquance.

« Ces mineurs forcés à commettre des délits sont, la plupart du temps, exploités par des réseaux, et donc victimes de la traite des êtres humains, précise Geneviève Colas. Il faut faire la différence entre victime et délinquant, ce que ne fait pas le gouvernement français. »

« La traite des êtres humains et en particulier la traite des mineurs est très mal connue du grand public, regrette la responsable du Secours Catholique. Il faut mobiliser et sensibiliser. » Parmi les outils efficaces : le Festival international du Film des droits de l’Homme qui se déroulera du 5 au 8 avril à Paris et en Île-de-France.

Pour aller plus loin 

Voir les films : Retour à la vie, de Guido Freddi  et Ilaria Borrelli, et Toto et ses sœurs, d’Alexander Nanau.

 

48% des victimes de traite à des fins de prostitution sont des enfants. Ils sont chaque année 1,2 million.

 

La traite des enfants dans le contexte français

Rapport du collectif Ensemble contre la traite des être humains, de février 2015, sur l'application en France de la Convention internationale relatives aux droits de l'enfant et de ses protocoles additionnels.
Lire le rapport
 

Ce que dit le pape François

Initiateur en 2015 de la Journée mondiale de prière contre la traite des êtres humains, le pape François a dénoncé à de nombreuses reprises, depuis le début de son pontificat, les nouvelles formes d’esclavage qui affligent notre monde, comme le travail forcé, la prostitution, le trafic d’organes ou la drogue.

« Le monde réclame avec force de tous les gouvernants une volonté effective, pratique, constante, des pas concrets et des mesures immédiates, pour préserver et améliorer l’environnement naturel et vaincre le plus tôt possible le phénomène de l’exclusion sociale et économique, avec ses tristes conséquences de traites d’êtres humains, de commerce d’organes et de tissus humains, d’exploitation sexuelle d’enfants, de travail d’esclave – y compris la prostitution –, de trafic de drogues et d’armes, de terrorisme et de crime international organisé. L’ampleur de ces situations et le nombre de vies innocentes qu’elles sacrifient sont tels que nous devons éviter toute tentation de tomber dans un nominalisme de déclarations à effet tranquillisant sur les consciences. Nous devons veiller à ce que nos institutions soient réellement efficaces dans la lutte contre tous ces fléaux ».

Discours à l’Organisation des Nations unies à New York, le 25 septembre 2015.

« Aujourd’hui, les 193 États qui adhèrent à l’ONU ont un nouvel impératif moral pour combattre la traite des personnes, authentique crime contre l’humanité. La collaboration entre les évêques et les autorités civiles, chacun selon sa mission et sa nature propres, dans le but de découvrir les meilleures pratiques pour la réalisation de cette tâche délicate, constitue un pas décisif pour s’assurer que la volonté des gouvernements touche les victimes de façon directe et immédiate, constante, efficace et concrète. Vous, autorités ecclésiastiques et civiles, êtes appelées à être auprès des victimes et à les accompagner sur leur chemin de dignité et de liberté. Ainsi, nos nombreux frères et nos nombreuses sœurs victimes de la traite humaine doivent le sentir. »

Message lors de la conférence sur la traite des êtres humains, le 28 octobre 2015.

« La personne humaine ne devrait jamais se vendre ou s'acheter comme une marchandise. Celui qui l'utilise et l'exploite, même indirectement, se rend complice de ce mépris. »

Message pour la campagne de fraternité 2014 de l'Église au Brésil, le 25 février 2014.

« La traite des personnes est un crime contre l'humanité. Nous devons unir nos forces pour libérer les victimes et arrêter ce crime de plus en plus agressif, menaçant non seulement les personnes mais les valeurs fondamentales de la société et aussi la sécurité et la justice internationales, ainsi que l'économie, le tissu familial et la vie sociale. »

Conférence de presse de présentation du message pour la Journée mondiale de la paix 2014, le 12 décembre 2013.

message pour la Journée mondiale de la paix 2014jeudi 12 décembre 2013
Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Elodie Perriot/Secours Catholique
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