Lourdes : Caritas Bulgarie découvre le lieu où «les plus faibles sont au premier rang»

Publié le 20/08/2014
Lourdes
Lourdes : Caritas Bulgarie découvre le lieu où «les plus faibles sont au premier rang»
 

Borislav n’en revient pas : une église souterraine [1] ! Et de Bernadette Soubirous, il n’avait jamais entendu parler : « C’est impressionnant ce qu’elle a fait alors qu’elle était si... ordinaire, s’exclame le jeune homme bulgare aux petites lunettes rondes. Ça me parle, même si je suis orthodoxe. » Borislav est le fils d’une salariée de Caritas Sofia. Avec sa mère, et un groupe d’une vingtaine de Bulgares tous engagés dans diverses Caritas locales, il a passé la seconde semaine du mois d’août à Lourdes, au milieu des fidèles venus du monde entier pour le Pèlerinage national à l’occasion de la fête du 15 août.

Processions aux flambeaux, prière devant la grotte où la Vierge est apparue, chemin de croix dans les sanctuaires, visite de la Cité Saint-Pierre du Secours Catholique… une retraite spirituelle intense pour « se ressourcer et voir l’énergie des bénévoles de Lourdes » explique Tsvetomir Doumonov, le directeur de Caritas Sofia. « Nous sommes tous engagés dans un soutien quotidien aux personnes malades et handicapées. Cela prend beaucoup d’énergie. Même travailler pour notre Caritas est un engagement en soi : nous ne rémunérons pas autant que le secteur privé, ceux qui sont salariés dans nos structures le font parce qu’ils ont un souci de l’autre chevillé au corps. »

Confier ses galères et ses joies

Depuis six mois, Gallia travaille comme infirmière pour Caritas. À Lourdes, elle a déposé dans ses prières toutes les frustrations qui l’assaillent. « Parfois on se sent impuissant : je m’occupe actuellement d’un homme seul, qui ne peut sortir de chez lui. Jusqu’à récemment, il avait un assistant payé par un projet étatique. Du jour au lendemain, les fonds n’étaient plus disponibles, l’assistant n’est plus venu. Cela fait mal à voir. » Mais cette quadragénaire pétillante et vive, ajoute aussitôt : « J’ai confié aussi notre joie : nous faisons du bien à ceux que la société oublie. Nous nouons de vraies amitiés avec eux. »

Devant les enfants qui distribuent l’eau aux fidèles pendant la messe, face aux adolescents qui tirent des chariots bleus avec une personne âgée installée sous la nacelle, les pèlerins bulgares ont été interpelés. « Le don, la gratuité ne sont pas très développés dans les anciens pays communistes, rappelle Daniel Gillier, prêtre français installé à Plovdiv, deuxième plus grande ville de Bulgarie, qui accompagne le groupe. Surtout chez les jeunes, qui ont un avenir incertain. »

Les plus faibles sont rois

Tania et Maria ont été particulièrement marquées par la place des personnes faibles à Lourdes. « Kinésithérapeute auprès d’enfants handicapés, je suis habituée à les voir cachés par leur famille, sortant peu. Quelle n’a pas été ma surprise de les découvrir aux premiers rangs ! » confie la première. Ce sont les personnes âgées traitées comme des rois qui ont surpris la seconde : « En Bulgarie, beaucoup vivent isolées, l’accessibilité n’est pas une priorité et très peu de services leur sont proposés. »

Comme plusieurs pèlerins du groupe, Maria se rend régulièrement chez quelques vieux habitants de sa ville pour leur prodiguer des soins, les conduire chez le médecin, leur faire des courses et leur acheter des médicaments. L’érosion des liens entre générations amène une grande partie des personnes âgées à se retrouver dans un grand isolement. « Et avec le système de santé bulgare peu développé, certains tombent vite dans la précarité », souligne Tsvetomir Doumonov.

La réponse de Caritas Sofia a été de mettre en place des groupes de bénévoles pour faire des visites à domicile dans plusieurs villes de l’est de la Bulgarie. Une inspiration venue… de Lourdes déjà : en 2001, c’est une paroissienne de Plovdiv, de retour d’un pèlerinage dans la cité mariale, qui a proposé ce soutien.

Cette année, outre les petites fioles d’eau et nombreuses photos, Maria rentre elle aussi au pays avec une nouvelle idée : « J’aimerais organiser une journée paroissiale avec des jeunes qui aideront les personnes âgées à venir faire la fête avec nous. C’est ce que je retiens de ce pèlerinage : la force de l’entraide intergénérationnelle. »

Sophie Lebrun


Caritas Sofia

La Caritas du diocèse de Sofia rassemble les équipes des paroisses de Sofia, Plovdiv, Kuklen et Bourgas, situées dans l’est du pays. Ces bénévoles et salariés sont principalement impliqués dans la lutte contre la solitude et dans l’aide aux personnes âgées, handicapées ou malades. Plusieurs centres d’écoute ont été ouverts récemment pour offrir plus de lieux de dialogue.

Enfin, l’accompagnement des jeunes est une priorité pour Caritas Sofia : qu’ils soient suivis dans des centres pour enfants handicapés ou qu’ils soient accueillis pour un soutien scolaire et des jeux quand il s’agit d’“enfants à risque” (souvent issus de la minorité rom).

Pour aller plus loin : www.caritas.org

Notes:

[1] La basilique Saint-Pie X a été construite sous l’esplanade des sanctuaires de Lourdes et peut accueillir près de 25 000 personnes.

© Sophie Lebrun/Secours Catholique
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