Mali : les Caritas préparent leur aide humanitaire

Publié le 25/01/2013
Mali
 

Appuyées par leur réseau mondial auquel le Secours Catholique appartient, quatre Caritas sahéliennes s’organisent pour apporter leur aide d’urgence aux populations touchées par la guerre au Mali.

« Conflit sans images », « guerre à huis clos », autant d’expressions pour dire la quasi impossibilité de collecter des informations dans les zones où soldats maliens et français combattent les rebelles qui s’étaient emparés du nord du Mali l’an dernier.

Les quelques informations qui nous parviennent indiquent le déploiement progressif des militaires français et africains et le repli simultané des groupes rebelles vers les zones montagneuses de la région de Kidal. Ce repli entraine le déplacement des populations fuyant les affrontements. La mobilité, en toute sécurité, des équipes Caritas est cruciale pour avoir accès aux populations, d’une part afin de mener à bien les évaluations de besoins et leur fournir une aide d’autre part.

La Caritas du Mali se prépare à intervenir, car l’imminence d’un accès à certaines zones se fait sentir, au regard des appels de détresse lancés par les leaders communautaires et les autorités de ces zones. A l’instar du maire de Konna qui, ces derniers jours, lançait un appel à la télévision nationale « … il faut ouvrir la route Mopti-Konna pour permettre le ravitaillement de notre ville… Nous sommes coincés. » Dans les pays voisins, au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal, les Caritas sont déjà mobilisées auprès des réfugiés, et se préparent à de nouveaux afflux. Les Nations unies font état de 147.000 réfugiés dans les pays voisins du Mali, dont quelque 38.000 au Burkina.

La situation humanitaire était déjà précaire au Mali. Depuis 2011, l’insécurité alimentaire rend vulnérables des familles toujours plus nombreuses. Les femmes, les enfants, les malades et les personnes âgées déjà fragiles risquent pour leur vie si l’aide n’intervient pas de toute urgence. Avant l’intervention militaire française du 11 janvier, les chiffres officiels faisaient état de 400 000 personnes déplacées ou réfugiées. On considère à présent que le déplacement pourrait concerner 1,2 million de personnes au total.

« J’ai le teint clair et j’ai peur »

La Caritas Mali a commencé à recenser les besoins de personnes déplacées par le conflit et rapporte les paroles de ceux qu’elle a rencontrés. Comme Alice Dembele, déplacée à Molodo à une cinquantaine de kilomètres de Diabali où elle vivait. « Les rebelles étaient derrière notre maison, raconte-t-elle. Ils étaient en train de tirer avec des fusils ou d’autres armes lourdes. Nous étions cachés dans nos chambres, nous avions peur. A un moment, mes enfants et moi avons pu sortir pour aller de l’autre côté du pont. Nous avons passé deux jours là-bas avant que nos parents ne viennent nous chercher pour nous amener à Molodo. Nous n’avons rien emporté. Aujourd’hui, j’ai appris que notre maison avait été pillée par des bandits, des gens mal intentionnés qui profitent de ces moments pour prendre nos biens. »

Ou encore le témoignage de Mamadou Diarra : «  Il était environ 7 heures, lundi matin. J’ai entendu des coups de fusil partout. J’ai vu des rebelles assis devant chez nous. Ma femme, mes enfants et moi nous sommes cachés dans la chambre. Un peu plus tard, je suis sorti pour voir la situation. J’ai vu un rebelle mort devant ma porte et mon enfant, qui était aussi sorti pour voir ce qui se passait, a été victime d’une balle perdue. Des voisins nous ont aidés à fuir la ville. Je compte rester ici, à Molodo, pour l’instant, parce que j’ai le teint clair et j’ai peur qu’on me confonde avec les rebelles. »

Nourriture, ustensiles de cuisine, vêtements, aides médicales : tels sont les premiers besoins recensés auprès des personnes déplacées par la Caritas Mali qui a distribué à ceux qu’elle rencontrait, lors de cette première évaluation, vivres, nattes, couvertures et vêtements.

 

Jacques Duffaut (avec le secrétariat national de Caritas Mali)
©NIC BOTHMA/EPA/MAXPPP
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