Mgr Blaquart : « Devenons des chrétiens à part entière »

Publié le 02/04/2014
 

Depuis septembre dernier, Mgr Jacques Blaquart est président du Conseil pour la solidarité au sein de la Conférence des évêques de l’Église catholique (CEF). Il revient sur la démarche Diaconia 2013 et les initiatives actuelles de solidarité dans l’Église.

Il y a un an, la démarche Diaconia achevait sa phase de lancement. Quel bilan général en faites-vous ?

Il en est né un bouillonnement dans les diocèses, qui se manifeste de diverses manières selon les lieux. L’objectif, c’était le terrain, le local. Le Secours Catholique sait l’importance de vivre l’accompagnement au plus près des gens. Le rassemblement de 2013 a permis d’engranger des idées, de souligner les atouts et inconvénients de nos actions caritatives, d’appeler à une véritable place et à la parole des pauvres dans nos communautés chrétiennes. Nous sommes maintenant dans la phase de mise en œuvre.

Pour l’instant, nous n’avons pas fait de bilan, pour laisser le temps aux projets de naitre et de se mettre en place. L’objectif de Diaconia n’était pas mince : nous souhaitions que l’Église tout entière réalise que la charité chrétienne n’est pas l’affaire des organisations ou spécialistes – qui font par ailleurs un bon travail – mais celui de chaque communauté, de chaque chrétien, où qu’il soit.

Le 27 septembre prochain, nous aurons à Paris un rassemblement de tous les délégués diocésains à la diaconie, à la solidarité, etc., afin de faire le point sur les réalités vécues sur le terrain, les initiatives prises. Il est important que les diocèses partagent leurs expériences pour se donner des idées, s’encourager et poursuivre ainsi l’élan suscité par Diaconia.

Quels genres d’initiatives avez-vous déjà pu repérer ?

Plusieurs diocèses ont commencé à organiser des journées autour de thèmes portant sur la solidarité. Par exemple, à Saint-Brieuc, 200 personnes se sont retrouvées autour de la figure de saint Yves, patron des avocats qui s’est beaucoup occupé des pauvres. Les organisateurs avaient fait attention d’inviter à participer des personnes en précarité.

Au niveau des structures, comme les maisons de la diaconie, les conseils de la solidarité, etc., les diocèses font en fonction de leur réalité. Ils n’ont pas les mêmes capacités ni les mêmes façons de vivre.

Quelles initiatives menez-vous dans votre diocèse d’Orléans ?

Nous préparons une grande rencontre, l’an prochain, autour du thème “Famille et pauvreté.” À la suite de Diaconia, nous cherchions avec le Conseil de solidarité une manière de poursuivre l’élan entrepris. C’est la responsable locale du Mouvement du Nid qui a proposé le sujet. Pour moi, c’est un signe que ce soit celle qui s’occupe des femmes en détresse qui nous amène à relier famille et pauvreté. Jusque-là, ces deux réalités étaient plutôt abordées en parallèle. La tentation est que certains chrétiens s’occupent de l’une et d’autres de l’autre. Or, quand la famille va mal, la pauvreté s’accentue, et quand il y a davantage de personnes en précarité, ce sont les familles qui en pâtissent.

Pensez-vous qu’aujourd’hui les chrétiens considèrent les personnes en précarité comme des paroissiens qui ont leur place à la messe et dans l’organisation de l’Église ?

Il reste encore beaucoup de travail à faire. Je le note notamment dans les rencontres de la Pastorale des migrants auxquelles je peux participer : il est loin d’être acquis qu’ils soient accueillis comme des frères à part entière. Nous suivons les pas de Jésus qui a aussi eu du mal à faire accepter les pauvres par les pratiquants de son temps.

Pour autant, dans une société très individualiste, il y a de beaux exemples de fraternité, il faut les faire connaître car sans la fraternité vécue, nous ne sommes pas des chrétiens à part entière, nous devenons des chrétiens au rabais, ce qui est contraire à l’Évangile.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © DR
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