Pascale : « La rencontre me rend plus forte »

Publié le 26/09/2017
Ardennes
Pascale : « La rencontre me rend plus forte »
 

Bénévole depuis près de dix ans au Secours Catholique, Pascale Hureaux accueille les personnes autour d’un café à Rethel, dans les Ardennes, avec un credo : combattre les solitudes. Elle puise son envie d’aider dans son histoire et les difficultés qu'elle a réussi à dépasser.

 

Un mercredi après-midi comme un autre à la permanence du Secours Catholique de Rethel. Une dizaine de bénévoles s’activent au vestiaire, à la permanence d’aides et à l’accueil café.

Assise à une table avec deux femmes, Pascale échange gaiement. Les relations avec les propriétaires, le caractère des enfants, les problèmes dus aux divorces : les sujets sont variés et Pascale n’hésite pas à parler d’elle.

« Ce n’est pas facile de franchir notre porte, alors on essaie de mettre les gens à l’aise avec le café. Ça leur permet de passer un bon moment et de ne pas être seuls. »

La solitude, Pascale la connaît bien. « Elle mène à beaucoup de situations dramatiques : l’alcool, la dépression… On se sent seul au milieu de gens qui ne vous voient pas, on a l’impression d’être invisible, alors qu’on aurait besoin d’appui. »

D’où son envie insatiable de tendre la main à ceux qui souffrent (« une personne qui boit, c’est qu’elle a mal ») et de montrer qu’on peut sortir de situations impossibles, comme elle… Car Pascale revient de loin.

 

J’ai réussi à émerger grâce au travail. Des gens m’ont fait confiance, m’ont prise comme j’étais, ça a été une reconnaissance…

 

De son enfance à Reims, elle parle peu, si ce n’est d’une éducation stricte et d’une jeunesse durant laquelle elle a fait les 400 coups. Elle donne naissance à deux enfants, à l’âge de 18 ans, puis de 23 ans. Sans formation, elle enchaîne les petits boulots, les périodes à la rue ou chez des copines, avant de rencontrer son futur mari.

Une fille naît en 1982, puis le couple s’installe à la campagne, à Juniville, dans les Ardennes. Commence alors ce qu’elle qualifie de « descente aux enfers » : le chômage de son mari, l’accumulation des dettes avec l’achat de la maison, et surtout la solitude. Tous deux se mettent à boire.

L’aide à l’enfance intervient, suivie d’une mise sous tutelle avec des mesures éducatives : « On était une famille lourde. Avec le recul, ça nous a apporté, mais j’étais aussi vexée qu’on croit que je n’étais pas une bonne mère, alors que je faisais tout pour bien gérer la scolarité de mes enfants. Les jours de réunion à l’école, je ne buvais pas, j’étais bien. »

 

S’ajoutent des violences domestiques (« il me frappait et je ne disais rien, par honte, je buvais alors de plus en plus ») et un rejet de la part de sa famille et de sa belle-famille. Après plusieurs tentatives de suicide, Pascale touche le fond en 1989 : elle est hospitalisée à de nombreuses reprises à l’hôpital psychiatrique de Bélair, pour dépression.

« J’ai finalement réussi à émerger grâce au travail, en commençant des ménages, comme me l’avait conseillé l’aide familiale. Des gens m’ont fait confiance en me donnant du boulot, ils m’ont prise comme j’étais, ça a été une reconnaissance. »

Une cure d’un an et la naissance de ses deux dernières filles en 1989 et 1990 lui permettent d’entamer une période d’abstinence.

 

J’ai tout raconté, mes problèmes, mon histoire, et ils m’ont donné une chance. Ça m’a sauvée !

 

Après plusieurs années et des galères financières (Pascale se remémore la honte d’aller aux Restos du cœur), elle décide de se séparer de son mari en 2005. Elle s’installe à Rethel, la ville voisine, en 2008, mais un accident au talon l’empêche désormais de travailler, elle touche une pension de personne handicapée.

« Je me suis de nouveau sentie seule et le mal-être fait qu’on replonge vite. Un seul petit verre et c’était reparti ! Je suis devenue agressive. » Nouvelle hospitalisation à Bélair et nouvelle cure.

C’est au cours de cette période difficile qu’apparaît soudain devant elle une affiche du Secours Catholique qui recherche des bénévoles pour une braderie.

« Je cherchais une solution pour m’en sortir, alors je me suis dit : pourquoi pas ? J’ai tout raconté, mes problèmes, mon histoire, et ils m’ont donné une chance. Ça m’a sauvée ! Si je n’avais pas ouvert cette porte à ce moment-là, peut-être que je ne serais plus là. J’ai été prise comme j’étais, sans jugement, ni rejet. Ça a été une leçon de vie et j’ai eu envie de combattre mes démons. »

 

Je suis la preuve qu’on peut remonter du bas de l’échelle.


D’où le désir désormais de donner ce qu’elle a reçu, d’aller à son tour vers ceux qui souffrent, par l'intermédiaire du bénévolat. Elle est d’ailleurs membre de l’équipe d’animation territoriale du Secours Catholique et la porte-parole des personnes accueillies. « Je transmets leurs besoins et leurs attentes. Je m’enrichis à chaque rencontre que je fais avec l’association, ça me rend plus forte », témoigne-t-elle.

Aujourd’hui, Pascale est toujours suivie dans un CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie), elle se sait fragile et suit des traitements « pour les nerfs », elle est sur ses gardes.

Elle regrette aussi la perte de contact avec ses deux aînés, même si elle sait qu’elle les a fait souffrir, et se dit en tout cas fière que ses cinq enfants aient tous fait des études.

Tout en pansant ses blessures, elle voit l’avenir avec sérénité : « Je sais d’où je viens et ce que je dois au Secours Catholique. J’ai grandi avec lui. Je suis la preuve qu’on peut remonter du bas de l’échelle. Les gens qu’on accompagne peuvent y croire en me voyant ! »

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © Steven Wassenaar/Secours Catholique-Caritas France
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