Plan de lutte contre la pauvreté : des engagements pour 2014

Publié le 27/01/2014
France
 

Jeudi 23 janvier, un an après l’annonce du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, Jean-Marc Ayrault a dessiné les perspectives de l’action de l’État dans ce domaine. Pour Bernard Schricke, directeur de l’action France et Europe du Secours Catholique, le Premier ministre et son gouvernement maintiennent leur engagement sans proposer de nouvelles mesures.

Un an après l’annonce du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté, le gouvernement a reçu le rapport de François Chérèque jeudi 23 janvier et a annoncé les actions qu’il compte mettre en œuvre en 2014. Cette réponse aujourd’hui vous semble-t-elle à la mesure de l’enjeu ?

Non, je ne crois pas. L’inversion de la courbe du chômage ne s’est pas réalisée, ce qui veut dire que davantage de personnes sont en dehors de l’emploi. Et finalement, un an après, le plan interministériel pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale se met en place mais n’a pas été nourri de nouvelles mesures pour ce premier bilan.

Il faut néanmoins noter la volonté affirmée du Premier ministre d’avancer sur le chantier du Revenu de solidarité active-complément d’activité (RSA-activité) et de la Prime pour l’emploi (PPE). Jean-Marc Ayrault s’est engagé à faire revenir la proposition de fusionner les deux lors des discussions sur la réforme de la fiscalité, prévue dans les prochains mois. Ce changement permettra à des ménages qui travaillent mais ne dégagent pas de revenus suffisants pour vivre d’avoir un soutien financier.

Cette mesure est importante pour toucher ceux qui ont encore un pied dans le travail mais qui ont besoin d’aides. Pour l’instant, le RSA-activité n’est pas efficace car près de deux tiers des personnes qui pourraient en bénéficier n’y ont pas recours.

L’accès aux droits est-il toujours un axe fort de la mise en œuvre du plan ?

Il y a une vraie envie de la part du gouvernement d’avancer dans ce domaine. La généralisation des “rendez-vous des droits” a été annoncée. On sent un changement de conception de l’action sociale : au lieu d’instruire uniquement le droit versé par son organisme, l’acteur social est appelé à vérifier l’accès à tous les droits de celui qu’il reçoit.

En outre, des États généraux du travail social devraient être organisés prochainement, toujours dans cette logique de remettre du dialogue dans l’action sociale, au service de la personne en difficulté.

Quel aspect de la lutte contre la pauvreté a été, selon vous, laissé de côté par le gouvernement dans ce bilan annuel ?

Le gouvernement manque d’audace pour les jeunes. Depuis un an, il propose en expérimentation une “garantie jeunes” pour les 16 ou 18 – 25 ans qui sont hors du travail ou qui ont des périodes de travail peu stables. Cette mesure, installée dans une dizaine de territoires (cantons ou intercommunalités), touchait 10 000 personnes en 2013 et doit en toucher 20 000 de plus cette année. Mais le nombre de jeunes concernés, qui ne peuvent bénéficier du RSA-activité et qui alternent temps de formations et périodes d’emploi, est de l’ordre de 750 à 800 000 personnes.

L’expérimentation de cette “garantie jeunes” est donc utile mais ne va pas assez vite au vu des besoins. Il faut avancer plus vite car l’entrée dans la vie active est de plus en plus difficile et, si l’on démarre sa vie active par une galère trop forte, rebondir est beaucoup plus compliqué après.

Pour aller plus loin

- Lire le bilan du Secours Catholique, avec le collectif ALERTE, un an après le lancement du plan interministériel pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale.

- Lire le bilan du gouvernement un an après le lancement du plan interministériel pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale.

Sophie Lebrun
© Christophe Morin/IP3 Press/MaxPPP
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