Présidentielle : Quelle société voulons-nous construire ?

Publié le 24/04/2017
Présidentielle : Quelle  société  voulons-nous  construire ?
 

Le Secours Catholique-Caritas France s'associe à la prise de parole de la Conférence des Évêques de France à l'occasion de l'élection présidentielle pour rappeler les éléments de discernement portés par l'Enseignement social de l'Église catholique.

 

À l’issue du résultat du premier tour des élections présidentielles, la Conférence des évêques de France rappelle différents points évoqués à de nombreuses reprises au cours des derniers mois. 

Sur le rôle de l'église catholique

À la lumière de l’Évangile qui inspire son Enseignement social, l’Église catholique veut éclairer les consciences en donnant des éléments pour le discernement. 

Ainsi,  n’appelle-t-elle pas  à  voter  pour  l’un  ou  l’autre  candidat  mais, en  rappelant  les  enjeux de l’élection, elle souhaite donner à chacun des éléments pour son discernement propre.  Elle redit l’importance du vote : acte citoyen, acte responsable dans une démocratie.

Elle replace ce scrutin présidentiel dans un processus démocratique qui ne s’y limite pas mais qui se prolongera  dans les législatives  (juin) et les sénatoriales  (septembre) ; qui se traduit aussi dans d’autres formes de participation à la démocratie (démocratie participative locale, fonctionnement associatif) ; et qui s’accompagne enfin de l’engagement des citoyens dans la vie sociale. 

Les fondamentaux pour aider au discernement

Dépositaire du message de l’Évangile qui inspire l’Enseignement Social, l’Église catholique en rappelle certains principes fondateurs comme la recherche du bien commun, la destination universelle des biens, la mise en œuvre de la fraternité, l’attention aux plus fragiles, la dignité de la personne humaine et la subsidiarité.Un an avant le scrutin présidentiel, en juin 2016, dans une déclaration, le Conseil permanent avait souligné 7 points, autant de critères, dans le cadre de cette élection, pour exercer un discernement.
 
Pour que notre démocratie ne se transforme pas en société de violence, il faut favoriser un véritable  débat  national sans  posture,  petite  phrase,  ni  ambition  personnelle ;  un  débat favorisé  par un rôle ajusté  des médias,  qui n’amène  pas à l’hystérisation ; un débat  dans lequel le fait religieux a une place et les religions ont un rôle.  
 
Quelle  société  voulons-nous  construire ?  À  quel  projet  de  société pouvons-nous  aspirer ? Nous   croyons   en   une   société   où   l’être   humain   est  plus  qu’un  élément   du  processus
économique  ou  technologique.  La  dignité  de  notre  société  se  reconnait  au  respect  des  plus faibles de ses membres depuis le début de leur vie jusqu’à leur fin naturelle.

 

L’État doit intégrer la solidarité dans la construction du projet de société


 
C’est par un véritable pacte éducatif que les familles et l’école se rapprocheront alors qu’un climat  de concurrence  ou de méfiance  ne peut  que les éloigner.  Et c’est  en soutenant  la famille,  tissu  nourricier  de  la  société,  en  respectant  les  liens  de  filiation,  que  l’on  fera progresser la cohésion sociale.  

Une société vivante repose nécessairement sur la recherche du bien commun et la mise en œuvre de moyens de solidarité efficaces. L’État doit intégrer la solidarité dans la construction du projet de société et mettre en œuvre concrètement sa préoccupation des plus pauvres, des personnes âgées, des personnes handicapées, des chômeurs.

Négliger les plus fragiles revient à diviser la société. L’État doit donc gérer positivement la tension entre un libéralisme sans contrôle et la sauvegarde des mécanismes de protection sociale.

Concernant  les  migrants,  l’accroissement  du  phénomène  migratoire,  dû  à  de  nombreux facteurs,  est  un  constat,  pas un combat.  Quand  certains  pays  accueillent  des millions  de réfugiés,   comment   notre   pays   pourrait-il   reculer   devant   la  perspective   d’accueillir   et d’intégrer quelques dizaines de milliers de ces victimes ? Notre volonté de solidarité ne peut pas se réduire au cadre restreint de notre pays.

 

Nous avons une responsabilité commune envers l’humanité et les générations à venir sur le plan écologique

 

La    solidarité    doit    aussi    s’exercer    au    niveau    européen :    l’Europe    doit    s’engager courageusement  dans des politiques d’accueil. Elle doit, parallèlement, mettre en œuvre de véritables programmes de soutien dans les pays d’origine des migrations. C’est une véritable adhésion des peuples d’Europe au projet européen qu’il faut favoriser. Et cette adhésion suppose de respecter davantage le fait historique et culturel des nations qui composent le continent. Enfin, il faut définir et entrer dans une véritable pratique de la subsidiarité où chaque niveau (États, Europe) exerce les responsabilités qui lui incombent.

Enfin, ainsi que l’a rappelé le Pape François dans son encyclique Laudato Si (mai 2015) ainsi que les états participants à la Cop 21 à Paris (décembre 2015), nous avons une responsabilité commune envers l’humanité et les générations à venir sur le plan écologique.

La sagesse nous invite à revoir urgemment nos modèles de consommation et à inventer un monde moins destructeur et plus juste.

Aujourd’hui, le risque principal serait de renoncer à lutter pour l’avenir et de céder à la tentation du fatalisme. Notre foi chrétienne nous appelle à l’Espérance : les difficultés que nous rencontrons ne sont pas un appel au renoncement. Au contraire, elles nous invitent à investir toutes nos capacités pour construire une société plus juste, plus fraternelle dans ses diversités et plus respectueuse de chacun.

Mgr Olivier RIBADEAU DUMAS
Secrétaire général et Porte-parole de la Conférence des Évêques de France

Crédit Photo : ©PHOTOPQR/VOIX DU NORD / PASCAL BONNIERE / MaxPPP
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