Réforme pénale : réinsérer pour prévenir la récidive

Publié le 01/04/2014
France
Réforme pénale : réinsérer pour prévenir la récidive
 

« Croire que c’est en prison que l’on est dans les meilleures conditions pour s’amender et changer est aussi naïf que dangereux. » Dans une tribune publiée dans Les Échos, le 11 mars, François Soulage, président du Secours Catholique, rappelait qu’il ne suffit pas « d’enfermer les gens et leurs problèmes dans une boîte pour ne la rouvrir que quelques années plus tard, comptant sur l’enfermement pour les résoudre ».

Alors que se discute la réforme pénale contre la récidive, portée par la garde des Sceaux, Christiane Taubira, le président du Secours Catholique entendait ainsi insister sur le besoin de réinsérer les personnes détenues.

« Le projet de loi actuel porte une grande ambition : mettre en place une individualisation de la peine pour favoriser une prévention de la récidive », explique Jean Caël, responsable Prison-Justice au Secours Catholique.

Les dispositifs proposés sont divers : des budgets pour assurer un suivi accru, des aménagements de peine afin de permettre un retour progressif dans la société…

Pour autant, Jean Caël regrette que suffisamment de moyens ne soient pas au rendez-vous. « Comme le disait un juge d’application des peines, on a créé une voiture de course dont on a bridé le moteur. Malgré la proposition d’une “peine de probation” – un retour progressif à la liberté sous contrainte pénale – celle-ci n’est pas présentée comme une vraie alternative à la prison. Le carcéral reste la sanction principale proposée. »

Or « si une personne sort de prison plus dangereuse qu’elle n’y est entrée, tout le monde y perd », insiste Jean Caël. C’est pourquoi le Secours Catholique appelle les législateurs et les parlementaires à aller plus loin dans la réforme pénale.

« Il faut que tous les acteurs de l’insertion s’investissent auprès des personnes détenues. Aujourd’hui, quand l’une d’entre elles prépare sa sortie en renouvelant ses papiers, en essayant de s’inscrire à Pole emploi ou d’avoir un logement social, parfois, les organismes ne traitent même pas la demande. Ils considèrent qu’elle relève du “territoire prison”, comme si elle était “hors-sol”. Or un détenu ne perd pas sa citoyenneté, il doit garder un accès aux droits auxquels il peut prétendre. »

Pour Jean Caël, « une personne qui sort de prison est particulièrement fragile. Que les organismes publics et les associations comme la nôtre soient présents à ce moment-là est fondamental pour réellement lutter contre la récidive ». Et quand on voit que, de 2001 à 2012, le nombre de personnes détenues a augmenté de 35 %, l’urgence de ce combat prend tout son sens.

Sophie Lebrun


Deux chiffres clés

70 %

Sur 67 000 personnes détenues en France, 70 %* d’entre elles le sont pour des peines inférieures à trois ans de prison. La plupart d’entre elles sont de jeunes hommes, sans emploi ni formation, qui vivaient déjà dans l’exclusion et la précarité avant d’être incarcérés.

63 %

Plus les personnes détenues bénéficient d’un aménagement de peine, moins elles récidivent. En effet, le taux de récidive après une peine alternative est de 45 %, alors qu’il va jusqu’à 63 %* après emprisonnement ferme sans aménagement, soit 18 points de plus. Il est de 39 % après une libération conditionnelle. C’est pourquoi le Secours Catholique défend les aménagements de peine : ils luttent efficacement contre la récidive.


Sanctionner autrement

L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), partenaire du Secours Catholique, vient de publier une brochure sur l’emprisonnement : Et si la prison n’était pas toujours la solution ? Elle est accessible sur le site internet www.acatfrance.fr et téléchargeable en document PDF ci-dessous.

* Sources : « Les risques de récidive des sortants de prison », étude du ministère de la Justice, A. Kensey, A. Benaouda, 2011.

© Thierry Creux/PhotoPQR/Ouest-France
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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