Roms : nouvelle expulsion en Essonne

Publié le 12/03/2013
Essonne
 

Lundi matin à Vigneux (91), environ 500 personnes ont été expulsées par les CRS à la suite d’un arrêté préfectoral. Les bénévoles et les salariés du Secours Catholique qui épaulent les Roms rappellent que les évacuations ne sont pas la solution.

On a du mal à imaginer une telle misère aux portes de Paris, et pourtant… En Essonne, à Vigneux-sur-Seine, les forces de l’ordre ont expulsé, lundi 11 mars à l’aube, une cinquantaine de Roms originaires de Roumanie.

Vers 7 heures du matin, les CRS leur ont demandé de quitter le terrain vague, coincé entre une voie de RER et une usine, sur lequel ils s’étaient installés. La majorité des 500 personnes qui habitaient sur ce champ boueux l’a délaissé le week-end dernier à la suite d’un arrêté préfectoral. À 24 km de la capitale, sur les terres d’élection de Manuel Valls, ancien maire d’Évry et actuel ministre de l’Intérieur, les Roms n’ont pas eu d’autre choix que de partir.

On court à la catastrophe humanitaire !

Partir, mais où ? C’est bien ce qui inquiète un couple de Roms et leur fille de 8 ans tout juste sortis de la parcelle abandonnée avec un balluchon de vêtements. « Où vont-ils nous emmener ? Que va-t-on devenir ? », s’interroge la jeune femme de 26 ans à la sortie du bidonville. « C’est une chimère de croire qu’ils vont retourner dans leur pays puisque 75 % d’entre eux sont là depuis cinq ans et la moitié depuis dix ans… », commente Laurent Lurton, délégué départemental du Secours Catholique. « On ne fait que repousser le problème puisqu’on ne sait pas où ils vont aller après, aucune solution n’a été trouvée ! », renchérit François-Marie, un salarié de l’association occupé à distribuer de la nourriture aux Roms. « Bientôt, ce sera la fin de la pause hivernale alors que 1 000 personnes sont sous le coup de décisions d’expulsion dans le département et qu’il y a des tensions avec la population, on court à la catastrophe humanitaire ! », avertit Laurent Lurton.

Au moment de l’évacuation du camp, la tension est palpable. Lorsque le bénévole d’une association accuse les CRS d’avoir lancé à terre la valise d’un Rom, on frise l’incident diplomatique. « Je ne fais que mon travail ! », rétorque le policier mis en cause. Plus loin, un autre éclate de rire en voyant un bénévole du Secours Catholique glisser et tomber dans la boue : « On vous a pris en photo ! Vous l’auriez fait aussi, c’est ce que vous faites d’habitude, comme les journalistes, non ?! » D’autres se montrent cependant plus courtois et républicains en proposant leur aide aux Roms.

Ils sont nombreux à ne pas aller à l’école

Globalement, l’évacuation s’est faite dans le calme. Mais le conseil général n’a pu gérer l’afflux de Roms à la Maison des solidarités de Draveil. Et cela ne doit pas, non plus, faire oublier les conditions dans lesquelles vivent ces Roms. La boue et l’humidité sont omniprésentes, les cabanes ne sont constituées que de vulgaires planches, de tôles et de bâches. Les enfants jouent parmi les débris de machines à laver, de téléviseurs et autres matériaux récupérés. Et ils sont nombreux à ne pas aller à l’école. Tout citoyen européen a pourtant le droit à l’éducation, à la santé, au travail et au logement. Le 18 janvier 2013, le Sénat a d’ailleurs adopté une résolution portant sur « l’intégration des Roms, un défi pour l’Union européenne et ses États membres ». On pouvait espérer que le gouvernement allait préciser la mise en œuvre de la circulaire du 26 août 2012 et que le législateur allait enfin définir la politique de la France quant à son action envers les populations roumaines, bulgares et hongroises plus particulièrement d’origine rom. Mais, il n’en est rien…

Le Secours Catholique veut travailler avec les pouvoirs publics

Le Secours Catholique de l’Essonne dénonce vivement cette situation, il propose aussi une première série de mesures concrètes qui ne sont pourtant pas reprises à ce jour :
- Création d’une structure départementale d’information et de concertation autour du préfet et du correspondant du délégué interministériel (DIHAL) ;
- Réunion en urgence de l’Union des maires de l’Essonne (UME) ;
- Application, dans toutes les communes, des droits inconditionnels de domiciliation et de scolarisation des enfants ;
- Application stricte de la circulaire du 26 août 2012 relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites ;
- Après concertation avec les autorités locales et départementales, stabilisation de certains bidonvilles le temps de mettre en œuvre des solutions pérennes ;
- Développement d’expérimentations autour de microstructures d’insertion du type « Montreuil » (structures modulaires).

Le Secours Catholique de l’Essonne insiste sur l’urgence de la situation et rappelle sa volonté de travailler, en vérité, avec les pouvoirs publics, les communes, les services sociaux départementaux et les associations.


Les hôtels sociaux, une fausse solution !

« Héberger les Roms dans des hôtels sociaux est une fausse solution ! » Victor trouve cette prise en charge « aberrante ». Le référent « migrants » du Secours Catholique en Essonne détaille : « Cela coûte 100 euros par nuit et certaines familles y restent pendant six mois alors qu’elles y sont souvent moins bien que dans les bidonvilles car elles n’ont pas d’endroit où cuisiner et que ces chambres sont à l’écart. » Ce salarié doit, à la fois, répondre aux journalistes venus pour l’expulsion et gérer la situation d’une famille avec cinq enfants scolarisés à Vigneux-sur-Seine. Il dénonce encore : « Cette fausse solution coupe le lien avec les associations locales et il n’y a aucun projet d’intégration à la clé ! » Pour lui, comme pour les autres salariés et bénévoles mobilisés pour l’occasion, la journée sera encore longue avant de réussir à traiter la situation de chaque famille…

© M.Co/Secours Catholique
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