Sans-abri : auprès des personnes à la rue

Publié le 31/12/2014
Paris
 

Alors que la température dégringole sous la barre de zéro la nuit, les plans hivernaux ont été lancés. Plusieurs délégations du Secours Catholique-Caritas France, qui dénonce cette gestion au thermomètre de l’hébergement d’urgence, organisent été comme hiver des tournées de rue pour aller à la rencontre des personnes sans domicile fixe. Reportage avec une équipe du Secours Catholique de Paris.

 

Le rendez-vous est donné à 22h30 au “11 bis”, boulevard de l’hôpital à Paris. Habituellement, le matin, cet accueil de jour, situé juste à côté de la gare d’Austerlitz, propose petits déjeuners, douches et ateliers divers aux personnes sans-abri. Mais, chaque vendredi soir, c’est aussi le point de départ de l’une des tournées de nuit réalisées par les bénévoles du Secours Catholique. Par équipe de trois ou quatre, ils sillonnent les artères de la capitale, en voiture, pour aller à la rencontre des personnes à la rue, celles qui ne viennent pas, ou très rarement, dans les lieux d’accueil “fixes”.

Catherine, bénévole depuis deux ans au Secours Catholique et Didier, bénévole depuis plus de 20 ans, et qui fait aujourd’hui partie des cinq chefs d’équipe des tournées de nuit débordent d’énergie pour venir en aide à ces personnes.

Après avoir chargé la voiture avec des thermos d’eau chaude, des sachets de thé et du café soluble, le duo démarre sous une pluie ininterrompue, l’allure réduite et le regard aiguisé pour repérer les personnes sans domicile. Premier arrêt, boulevard Saint-Antoine où des familles roms sont dispersées le long du trottoir.

Créer du lien

L’équipe s’approche de deux femmes, l’une, visiblement âgée, est calfeutrée dans un sac de couchage, l’autre accueille les bénévoles avec un large sourire. Des poignées de main soutenues, quelques mots échangés, une boisson chaude offerte, les tournées sont uniquement orientées sur le contact humain.

« Nous ne sommes pas dans la distribution, il y a déjà beaucoup d’associations qui apportent des couvertures, des produits d’hygiène, de la nourriture, des vêtements. En tant que bénévole du Secours Catholique, nous nous attachons surtout à créer du lien, à assurer une présence et prendre le temps d’écouter les personnes à la rue », explique Didier.

« Leur bout de trottoir, c’est un peu chez eux »

Place de la Nation, à peine abrité de la pluie sous un porche trop étroit, Malik est bien connu des bénévoles. En les voyant arriver, son visage s’éclaire, il les invite à s’asseoir à ses côtés sur son sac de couchage, pour ne pas être trop mouillés. « La nuit, c’est un moment particulier, on entre au domicile des gens, leur bout de trottoir, c’est un peu chez eux », poursuit Didier. « Pour faire les tournées de nuit, il faut aimer l’inattendu », ajoute Catherine.

Ainsi, certains racontent leurs dernières aventures rocambolesques dans la rue, d’autres évoquent l’importance de l’amitié, etc. Les sujets de conversation tournent rarement autour de leur situation de mal-logement ou d’un éventuel accompagnement social. C’est seulement en fonction des besoins exprimés par les personnes elles-mêmes que les bénévoles suggèrent une orientation vers un dispositif.

C’est le cas de Titi, qui s’est installé pour la nuit au marché aux Fleurs avec trois autres compagnons et leurs chiens. Il prend avec intérêt le prospectus qui présente les activités du “11 bis”, en pensant y aller un matin, pour se poser un peu.

Mais l’arrivée des bénévoles n’est pas toujours bienvenue. Comme ce soir-là, rue de l’hôtel de ville, où une trentaine de personnes sont alignées sous les arcades. Dans ce “dortoir” à ciel ouvert, les personnes ne sont pas en recherche de contact, elles viennent ici en quête d’un lieu où dormir et repartent le lendemain matin. L’approche est alors plus délicate, les bénévoles passent et s’identifient mais n’insistent pas.

Ils seront plusieurs cette nuit à rejeter, avec plus au moins de violence, le moment d’échange proposé par l’équipe. Des réactions parfois difficiles à encaisser pour les bénévoles, et qui nécessitent une grande ouverture d’esprit et une prise de recul importante par rapport à la souffrance des personnes.

Cette nuit, la tournée s’achève avec un passage dans la voirie souterraine qui serpente sous les Halles, un endroit connu des associations où se sont établis des campements de fortune abritant des dizaines de personnes, fréquemment chassées à cause des travaux de rénovation.

Laure Pauthier

Reportage initialement publié dans le magazine de la Fnars et sur leur site internet.

 
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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