Sans-abri : un rapport pour « dénombrer et décrire » comment la rue tue

Publié le 01/11/2013
France
 

Le Collectif Les Morts de la rue, auquel appartient le Secours Catholique, a rendu public son rapport 2012 et les premiers chiffres 2013 de son étude Dénombrer et décrire, améliorer l’exhaustivité et la description des personnes en situation de rue décédées. Des statistiques qui n’en finissent plus de grimper.

« Vivre à la rue tue. » Cette phrase-choc, dont l’évidence renforce l’impact, ornait en juin dernier les t-shirts des bénévoles du Collectif Les Morts de la rue rassemblés pour rendre un dernier hommage aux personnes sans logement décédées. Se relayant sur une estrade, membres du collectif, dont le Secours Catholique est partenaire, et SDF énumérent les noms des défunts – quand ceux-ci sont connus. Hommes, femmes, enfants... Il y en avait alors 251, recensés depuis novembre 2012, et symbolisés par des silhouettes en carton posées à même le sol.

Aujourd’hui, alors que le rapport pour l’année 2012 ainsi qu’un premier point sur l’année 2013 ont été rendus publics, une évidence frappe : la triste litanie des chiffres et des noms de défunts n’est pas près de prendre fin.

45% de décès en plus par rapport à 2012

Au 30 juin, ce sont en effet 210 décès de personnes sans chez soi (196) ou anciennement sans chez soi (14) qui ont été recensés en 2013 par le Collectif. À la même date en 2012, le Collectif en dénombrait 145. Soit une augmentation de 45%.

Représentant 91,9% des personnes décédées, les hommes restent de très loin les plus touchés. Alors que l’espérance de vie en France avoisine les 82 ans, l’âge moyen de décès des personnes à la rue est de 49,4 ans en Ile-de-France, et de 50 ans en province – l’écart, plus important en 2012 (47 ans contre 55) s’est résorbé notamment en raison de la découverte de quatre enfants "hébergés" morts noyés dans un étang en Ile-de-France.

La rue tue toute l’année

Ce point d’octobre 2013 a également permis d’affiner les chiffres portant sur l’année précédente. Entre le 27 février et le 30 juin derniers, l’association a en effet recensé 26 décès supplémentaires survenus en France en 2012, portant le nombre total à 465.

Au delà des données statistiques, l’étude Dénombrer et décrire, améliorer l’exhaustivité et la description des personnes en situation de rue décédées en 2012 contient d’autres indications précieuses. Ainsi, les décès ont lieu tout au long de l’année, avec une légère baisse au printemps, de quoi appuyer la revendication des associations pour la fin d’une politique d’hébergement menée uniquement sur la saison hivernale. En outre, on y apprend encore qu’une part importante de ces morts est due à des causes externes violentes (agressions, suicides, accidents...) et à la maladie principalement cancers et problèmes cardio-vasculaires.

Très peu d’études existantes

Cette étude marque une avancée notable car les données sur ce sujet, en France, étaient jusqu’ici quasi-inexistantes. C’est seulement en 2012 que le Collectif Les Morts de la rue a reçu une subvention de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) pour mettre en place ces outils afin d’obtenir des statistiques fiables et répondre à ce double objectif : estimer le nombre de décès de personnes sans chez soi survenues en France, et décrire les caractéristiques de ces personnes, en particulier les causes de mortalité et leurs parcours. Reste que ces chiffres ne sont pas exhaustifs – il s’agit seulement des cas qui ont pu être recensés.

« De nombreuses limites restent à dépasser pour que ces résultats soient généralisables à l’ensemble des personnes sans chez soi décédées en France, conclut le Collectif. Mais le travail effectué en 2012 a permis une amélioration de l’exhaustivité et de la complétude des données. Ce travail est donc à poursuivre et à développer. »

 

Julien Fournier
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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