Soudan : paix menacée par la multiplication des violences

Publié le 31/01/2012
Soudan, Soudan du Sud
 

Depuis l’indépendance du Soudan du Sud en juillet dernier, la paix n’a jamais été aussi menacée. Des conflits violents surgissent alors que les deux anciens belligérants réactivent leurs querelles. Les Caritas et l’Église appellent au rétablissement de la sécurité.

Le Soudan du Sud a accusé lundi le Soudan, dont il a fait sécession en juillet, d’armer des « miliciens », responsables de la mort de près de 80 personnes dans une attaque intertribale, faisant monter des tensions qualifiées par l’ONU comme ayant déjà atteint un « point critique ».

Armé par Khartoum

Selon le ministre sud-soudanais de l’Intérieur, des hommes armés de l’ethnie Nuer, venus de l’État d’Unité (nord du Soudan du Sud), ont lancé un assaut ce week-end sur des zones Dinka, dans la province voisine de Warrap. « Ils ont attaqué un campement de bétail », précise le ministre. « Nous avons dénombré jusqu’à présent 79 corps et environ 72 blessés. Principalement des femmes et des enfants. Le groupe de miliciens était armé par le gouvernement de Khartoum », affirme le ministre.

Menace majeure pour la paix

Le Soudan a rejeté cette accusation. « Nous ne soutenons aucune opposition armée au Soudan du Sud ou ailleurs », réplique son porte-parole. Pourtant, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, estime que la crise entre le Soudan et le Soudan du Sud est devenue « une menace majeure pour la paix et la sécurité » régionales.

Réunion des humanitaires Caritas

Les personnels humanitaires des Caritas s’inquiètent également. Réunis à Boma le 18 janvier, les Caritas ont constaté que plusieurs milliers de personnes fuyaient les conflits dans l’État de Jonglei. Les violences perpétrées entre communautés Murle et Lou Nuer ont conduit des villages à être entièrement rasés par le feu. Les assaillants s’en sont pris aux femmes et aux enfants.

Parmi les participants à cette réunion de Boma, Renée Lambert, directrice des programmes de Catholic Relief Services (CRS, la Caritas américaine), a exprimé le sentiment général : « La manière dont la situation à Jonglei se développe est particulièrement alarmante. La nature même des conflits actuels a changé. Cela représente une cassure dans le traditionnel tissu social. Cette violence est conduite par de jeunes gens qui ont perdu tout respect pour leurs aînés. »

Terrains d’affrontement

Les deux nouveaux États s’affrontent plus directement sur d’autres terrains. Ceux qui concernent la démarcation de leur frontière commune et le partage des ressources pétrolières.

Au nord des régions frontalières qui séparent les ennemis d’hier, plusieurs populations résistent par les armes au régime de Khartoum et demandent à être réunies au Soudan du Sud. Cette situation qui dure depuis plusieurs mois empire. Le Programme alimentaire mondial (PAM) craint que près d’un demi-million de personnes affamées fuient les violences au Soudan et se réfugient au Soudan du Sud, provoquant une crise humanitaire massive pour ce tout jeune État. Les agences humanitaires se préparent au pire alors que les autorités de Khartoum bloquent les convois d’aide d’urgence dans ces régions frontalières.

Contentieux sur les taxes d’exportation

Quant au partage des ressources pétrolières, le Sud a décidé de stopper sa production estimée à 350 000 barils par jour, en raison d’un contentieux avec le Nord sur les taxes d’exportation et de transit du pétrole sur son territoire. Le Soudan du Sud détient les trois quarts des réserves de brut de l’ancien Soudan. Mais pour l’exporter, il est contraint de passer par le Soudan, d’utiliser ses infrastructures, qui seules lui garantissent un accès à la mer.

Juba, capitale du Sud, conditionne la reprise de sa production à un accord sur la sécurité aux frontières.

 

Jacques Duffaut (avec AFP)
© Kyodo/Maxppp
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