Syrie : « L’enlèvement est contraire au droit international »

Publié le 07/08/2013
Syrie
 

Après deux religieux orthodoxes en avril, un prêtre jésuite a disparu la semaine dernière alors qu’il se trouvait dans la ville de Rakka, au nord de la Syrie. Le même jour, 200 Kurdes étaient pris en otage dans le nord-est du pays. Cette situation inquiète le Secours Catholique, engagé depuis le début des hostilités auprès de la population syrienne.

Les pères Michel Kayyal et Maher Mahfouz en février, les évêques Yohanna Ibrahim et Boulos Yaziji en avril, et, la semaine dernière, le père Paolo Dall’Oglio : la liste des responsables religieux chrétiens enlevés en Syrie s’allonge de mois en mois.

Les circonstances de la disparition du père Dall’Oglio sont aujourd’hui encore difficiles à cerner. Mardi 6 août, la chef de la diplomatie italienne Emma Bonino a admis que le prêtre italien avait « apparemment été kidnappé par un groupe islamiste » avant d’ajouter : « Les heures passent mais nous nous en occupons, même si nous sommes un peu dans le noir, car nous n’avons pas de détails et ne savons pas avec qui il discutait. »

Le prêtre, connu pour son engagement contre les exactions du gouvernement syrien, se trouvait lundi 29 juillet à Rakka, dans le nord de la Syrie. Dans cette région meurtrie par les combats, il cherchait à négocier la libération de personnalités locales enlevées par le groupe appelé l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL), proche d’Al-Qaïda. « Si je ne réapparais pas vendredi matin, alors, vous pourrez tirer la sonnette d’alarme », aurait-il dit à ses proches.

Très vite, les réactions pour soutenir ce jésuite engagé dans le dialogue interreligieux et aux côtés des jeunes chrétiens militant contre la dictature se sont succédé. Lors d’une messe célébrée à l’occasion de la Saint-Ignace, le 31 juillet, le pape a exprimé sa préoccupation en précisant qu’il pensait « à notre frère en Syrie, le père Paolo ».

Dix jours après la disparition du père Dall’Oglio, la situation est incertaine : la Coalition nationale syrienne (de l’opposition) a appelé à la libération du prêtre italien et les jésuites du Moyen-Orient, par la voix de leur provincial le père Victor Assouad, ont manifesté leur « profonde inquiétude ».

« On s’habitue à ce genre de pratiques »

Pour Antoine Sondag, du département Études et recherches internationales du Secours Catholique, « il est dangereux de voir que l’on s’habitue à ce genre de pratiques, que ce soit pour le père Dall’Oglio, les deux évêques de Syrie dont on n’a plus de nouvelles depuis trois mois ou pour 200 Kurdes pris en otage par l’EIIL ce 31 juillet. »

« Ce n’est pas normal d’enlever des gens ni au regard des droits de l’homme, ni dans le cadre du droit de la guerre, ajoute-t-il. Car si c’est une guerre en Syrie – et les témoignages de terrain le prouvent – il y a des règles de droit international à respecter pour toutes les parties en présence. Les affrontements se font normalement entre combattants et la protection des civils et des prisonniers n’est pas une option. »

Dès le 1er août, le Secours Catholique a condamné l’enlèvement du prêtre, « contraire à tous les droits fondamentaux de la personne humaine et aussi au droit de la guerre qui s’applique aux non-combattants ». L’association réitère son appel envers ses ravisseurs, « quels qu’ils soient, de garantir sa vie et de lui restituer sa liberté. Il en va du père Paolo, comme de Mgr Yaziji et de Mgr Ibrahim […] ainsi que de tant d’autres hommes de foi et personnes de bonne volonté : rien ne justifie leur enlèvement. »


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© Caritas Internationalis

 

Sophie Lebrun
© Christophe Petit-Tesson/Maxppp
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