Témoignage : « Le bénévolat, être heureux différemment »

Publié le 01/07/2014
Témoignage : « Le bénévolat, être heureux différemment »
 

Manitra Rakotoarison, 24 ans, a remporté en décembre 2013 le prix Jeune et Bénévole pour son travail au Secours Catholique auprès des demandeurs d’asile. En cette journée mondiale du bénévolat, elle revient sur cet engagement qui a changé sa vie.

« Vue de Madagascar, la France est un eldorado. Il y a trois ans, j’ai abandonné mon travail de journaliste et les études que je menais en parallèle pour venir en France et faire la fierté de ma famille. En arrivant à Dijon, la réalité a été toute autre… Je ne connaissais personne, je débarquais sans rien : sans amis, sans ressources, ma première année d’étudiante a été horrible. J’étais en grande précarité physique et psychologique.

C’est une assistante sociale qui m’a orientée vers le Secours Catholique de Dijon. J’y ai rencontré des gens dévoués, qui m’ont tout de suite accueillie puis aidée à trouver un logement et à le meubler. Des dames m’ont confectionné des rideaux, des coussins… J’ai senti à ce moment-là l’importance de l’entraide et de la solidarité.

Débuts difficiles

J’ai proposé au Secours Catholique de devenir bénévole parmi eux ; ils ont accepté, et j’ai rapidement intégré l’équipe d’aide aux demandeurs d’asile qui venait d’être créée. Je ne savais pas du tout dans quoi je me lançais. Au début cela a été très difficile, non pas sur le plan pratique, mais au niveau du ressenti. Moi qui croyais être en difficulté, je me retrouvais face à des gens qui étaient dans une détresse immense, qui ne parlaient pas français, qui ne comprenaient pas les démarches qu’ils devaient engager…

J’ai compris que je n’étais pas si à plaindre que ça, j’ai appris à relativiser. Je me suis enrichie humainement comme je n’aurais jamais pu l’imaginer. J’ai découvert qu’on pouvait être heureux différemment. J’ai pris conscience que chacun a quelque chose à partager. À mon niveau, juste réussir à faire sourire quelqu’un me rendait tellement heureuse... Je n’en reviens toujours pas ! Jusqu’alors, je pensais que le bénévolat était fait pour les retraités, pour les gens qui n’avaient rien d’autre à faire ; c’est totalement faux !

Soutien précieux

Cette expérience a duré deux ans, de 2011 à 2013. Depuis mars, je suis volontaire civique à la délégation de Bourgogne, en tant que chargée de communication.

Cela rentre totalement dans le cadre de mes études, puisque j’ai un Master 2 en communication. En parallèle, j’essaie de trouver du travail pour la suite, mais je suis frustrée car je ne veux pas faire de la communication pour la communication : je voudrais travailler dans une association, et ce n’est pas forcément là que l’on embauche le plus. Quoi qu’il en soit, je dois trouver un poste avant février, sinon je devrais rentrer dans mon pays. En tant que jeune diplômée étrangère, la préfecture m’impose non seulement de décrocher un boulot en rapport à mes études, mais aussi de gagner 1,5 fois le Smic. Cela va être difficile… Là encore, l’équipe du Secours Catholique me soutient énormément dans ma recherche d’emploi, me conseille, m’accompagne. Cela me rassure d’avoir tout ce monde derrière moi.

Je viens aussi de gagner le prix Jeune et Bénévole. Je ne voulais pas trop participer car il fallait déposer son témoignage sur leur site, et je ne voulais pas étaler ma vie privée. Mais tout le monde m’y a poussée, et j’ai finalement accepté car je veux que les gens prennent conscience que l’aide n’est pas seulement financière ou matérielle : elle est aussi humaine. »

Marina Bellot
Crédits photos: © Gaël Kerbaol / Secours Catholique-Caritas France
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