Tournées de rue : des lycéens de l’Aisne auprès des sans-abri

Publié le 02/12/2014
Soissons
Tournées de rue : des lycéens de l’Aisne auprès des sans-abri
 

À Soissons, le Secours Catholique emmène une équipe de jeunes lycéens à la rencontre des sans-abri de la ville. Objectif : partager et échanger autour d’un café.

Dix heures sonnent à la cathédrale. Dans le square Saint-Pierre, en centre-ville de Soissons (Aisne), une petite troupe s’est réunie entre la façade d’une vieille église romane et un grand tilleul dont on cherche déjà l’ombre fraîche. C’est ici que chaque semaine, depuis deux ans, des jeunes du lycée Saint-Rémy, partenaires du Secours Catholique de l’Aisne, donnent rendez-vous à une quinzaine de personnes à la rue.

« À notre entrée en classe de seconde, on a eu envie de s’investir dans un projet associatif », se souvient Emma, 18 ans, l’une des huit fondatrices du Relais Saint-Rémy. « Mais nous étions mineures, et plusieurs associations ont refusé notre proposition. »

Surtout que les filles n’entendaient pas se limiter à des actions de soutien, qu’elles organisent par ailleurs pour financer leur projet : elles voulaient aller sur le terrain, à la rencontre des sans-abri. Le Secours Catholique leur a dit oui. « J’ai été surprise par leur démarche », relate Geneviève Couvel, responsable au Secours Catholique. « C’est inhabituel de voir des jeunes s’engager et s’intéresser à cette réalité. Mais les filles en voulaient ! » assure-t-elle, enthousiasmée par leur envie de se rapprocher de ce monde qui leur était inconnu. Depuis deux ans, le Relais a recruté et compte désormais une vingtaine de jeunes, dont 17 filles.

Blousons bleu et blanc, l’équipe arrive au square : Émeline, Maurine et Quentin sont des élèves de seconde. Ils retrouvent Geneviève, Christine, bénévoles, et Ali, bénévole lui aussi, un ancien de la rue aux épaules carrées, qui porte un cœur tatoué sur l’avant-bras. « C’est un beau bébé ! » lance-t-il en poussant un landau chargé de victuailles : café, thé, pain, jambon et fromage…

Beaucoup de volonté, un brin d’appréhension

Campé sur ses jambes, pantalon trop court, Joël accueille le cortège avec un sourire cordial. Sur le banc, des amis. Certains ont trouvé un logement – pas forcément salubre –, tous sont sans emploi depuis trop longtemps. « Vous voulez un café ? » propose Quentin. Les jeunes s’activent : un couteau, une baguette, un gobelet réchauffé par la boisson fumante.

« J’avais une certaine appréhension au départ, confie Maurine. Je me demandais si nous serions bien reçus. » Un doute subsistait : les sans-abri allaient-ils accepter de l’aide ? « Au début, raconte Émeline, on n’échangeait aucun mot de politesse, à peine merci. Mais petit à petit, on a appris le nom de quelques-uns ; eux-mêmes nous ont donné des surnoms. » Ce matin, on l’a accueillie avec un « Bonjour ma biche ! » Parfois, c’est « Bébelle ». Pour Quentin, c’est « Yougoslave ». « Je ne sais pas trop d’où ça vient », s’amuse l’intéressé.

Doucement, une relation se construit

Chaque semaine, patiemment, la relation s’est construite. « Leurs réactions sont parfois imprévisibles, mais je crois qu’ils se sont faits à nous. Quand on se croise dans la rue pendant la semaine, on échange un signe », poursuit Émeline qui déambule sur le trottoir d’une rue commerçante, où le groupe s’arrête auprès de quelques solitaires.

« La conversation tourne autour de nous, des études. Ils parlent très peu de leur vie », observe Quentin. Christophe, assis en tailleur au pied d’un distributeur, accepte volontiers un café et une soupe. Comme il a perdu l’usage de la voix, il articule très largement pour qu’on lise sur ses lèvres, entre deux rires muets.

Onze heures. On fait les comptes : cinq baguettes, huit thés, douze cafés… Tout est allé très vite. Trop vite, estime-t-on. « La rencontre ne peut avoir lieu que pendant l’heure d’animation pastorale », explique Valérie Kowalczik, animatrice de la délégation de Soissons. Mais pour les lycéens, cela ne suffit pas. Ils ont un nouveau projet en tête : à partir de la rentrée, ils viendront auprès des sans-abri pendant le temps de midi pour partager le déjeuner. Et prendre le temps de la convivialité.

Adrien Bail
Crédits photos : ©Sébastien Le Clézio/Secours Catholique
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