Véronique Fayet : « Il faut un plan de lutte contre la pauvreté au niveau des territoires »

Publié le 03/03/2015
France
 

Manuel Valls a dévoilé ce mardi 3 mars le deuxième volet de son plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Parmi la soixantaine de mesures présentées par le Premier ministre, la création d’une prime d’activité était attendue par le le Secours Catholique-Caritas France. Le plan met l’accent également sur l’accompagnement à l’emploi, sur le logement ou encore sur les services d’accueil des enfants pour les familles monoparentales... Des annonces positives pour la présidente de l’association, même si pour Véronique Fayet, il reste encore beaucoup à faire.

Le Premier ministre vient de dévoiler sa feuille de route pour les trois années à venir afin de lutter contre la pauvreté. Qu’en pensez-vous ?

Il y a des avancées, notamment avec la création, au 1er janvier prochain, de la prime d’activité qui va permettre de fusionner la prime pour l’emploi et le RSA activité. C’est une chose que le Secours Catholique demandait depuis très longtemps. Mais il demeure encore des inquiétudes sur la façon dont cela va être appliqué. Cela sera t-il mis en place automatiquement pour les bénéficiaires ? Si non, on risque de se retrouver dans la même situation que pour le RSA activité, où près de 60 % des personnes éligibles n’y avaient pas recours ! Se pose aussi la question des jeunes : y auront-ils droit ? Enfin, j’ai une petite inquiétude sur le nombre important de ces mesures. Cela me paraît beaucoup, et il faudra voir si le gouvernement se donne les moyens de ses ambitions.

Attendiez-vous des choses plus concrètes ?

Je pense surtout que le gouvernement, seul, n’a pas tous les outils en main pour lutter contre la pauvreté. Beaucoup de choses dépendent des acteurs locaux, et notamment des Conseils généraux, mais aussi des Métropoles, des Centres communaux d’action sociale (CCAS), des Agences régionales de santé, ou encore des Caisses d’allocations familiales... C’est en mettant tout le monde autour de la table, en rassemblant ce que j’appelle des “coalitions territoriales”, que l’on arrivera à avoir des avancées. Par exemple, pour un meilleur accès aux crèches pour les familles monoparentales. Le gouvernement peut le réclamer, mais le pouvoir d’action et de décision se trouve au niveau des mairies et des CAF. Il est vraiment urgent de lancer cette territorialisation de la lutte contre la pauvreté, c’est l’un des gages de sa réussite. Au Secours Catholique, nous sommes bien placés pour le savoir car nous avons des équipes sur tous les départements.

Vous restez pourtant optimiste ?

Oui, bien sûr ! Les associations ont trouvé aujourd’hui le bon niveau de dialogue avec le gouvernement. Le collectif Alerte – qui réunit toutes les associations de lutte contre l’exclusion et dont fait partie le Secours Catholique – a vraiment du poids aujourd’hui. Le gouvernement a en face de lui un interlocuteur fiable et constructif.

Manuel Valls reprend la main, c’est une bonne chose. L’important est de renouer avec la dimension interministérielle telle que Jean-Marc Ayrault l’avait initiée. De fait, il est essentiel d’agir sur tous les domaines en même temps. Nous savons que l’État n’a plus les moyens de tout faire, il faut donc surtout qu’il dise comment faire ensemble !

Une fois les prochaines élections passées, les préfets pourront interpeller les élus locaux et constituer des coalitions territoriales. Car n’oublions pas que, depuis la loi sur la décentralisation, la responsabilité des Conseils généraux est primordiale dans la lutte contre la pauvreté : ils sont les maîtres d’œuvre du RSA, de l’allocation personnalisée d’autonomie pour les personnes âgées, de l’aide sociale à l’enfance, de la politique en faveur des handicapés... C’est donc eux qu’il faut remettre en première ligne.

Gautier Demouveaux
Crédits photos: © Ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes
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